La tristesse de la ville dans laquelle je réside lorsque j’habite dans le Jura est « l’ Absurdité ambivalente ». Oui, j’invente un concept, et alors ? Bon. Passé l’étonnement, laissez moi clarifier cet obscur propos dénué de tout sens grammatical, philosophique ou quelconque. Cette honteuse et paysanne bourgade qui tente vainement de jouer à la parisienne est en perpétuel conflit avec elle-même : triste échec de n’être alors qu’une façade artificielle. En effet vouloir être une grande dame ne signifie pas seulement mettre du maquillage. En cela, ma ville n’est qu’une épaisse couche de fond de teint graisseuse qui fond allègrement au soleil et dont la teinte ne se fait même plus. En effet, nous avons de nombreux bars. Mais ils n’ouvrent jamais. Nous avons des librairies. Mais les gens vont y acheter des cadres. Nous avons de nombreux commerces. Mais personne n’a d’argent à dépenser. Et nous avons trois cinémas. Mais quatre films à l’affiche.

Alors lorsqu’un vendredi soir, à vingt-deux heures, une séance de Watchmen est proposée, eh bien, on se réjouit et on y va ! Et quel plaisir de découvrir un film à l’esthétique renversante et au potentiel orgasmique plutôt élevé ! Bien calé dans mon siège, je me suis alors laissé porter par la capacité de à délivrer un film de pur plaisir.

Le démarrage du film transpire les éléments classiques d’un jeune réalisateur à la patte pourtant déjà définie : photo à l’esprit bande dessinée, ralentis… Mais la mise en bouche se prolonge par un générique habile et plutôt jouissif. Surprise et bonheur se mêlent alors lorsque retentit « Times they are a changin’ » de Bob Dylan et qu’une succession de flashbacks (toujours très beaux) pose sereinement et consciencieusement les bases d’une histoire mondiale modifiée. Tout est clair, rapide et précis et permet de se plonger directement dans l’histoire sans avoir recours à d’autres artifices pesant et/ou longuets.
De là, Zack Snyder déroule alors son film avec un sens du rythme maîtrisé de bout en bout. L’alternance entre les personnages et les histoires va de paire avec une alternance entre des scènes plutôt dirigées vers l’action et d’autres plutôt dirigées vers l’avancement du récit. Chef d’orchestre donc, il n’en reste pas moins également artiste peintre. La débauche de couleur est splendide et chaque parcelle du film est imprégnée d’une ambiance particulière et unique reconnaissable et bluffante. On rajoute finalement Disc jockey pour le réalisateur qui signe une BO forcément plaisante et le tableau est complété.

Le film est donc une bulle dans le monde des justiciers masqués : en créant une fausse réalité, la prouesse de l’histoire est de tout de même les ancrer pleinement dedans.

C’est contagieux, passionnant, rythmé, unique et joli. Alors pourquoi ne pas tenter le coup ?

Certes, les louanges pleuvent, mais elles sont à partager. En effet, pour ma part, j’avais été déçu de « ». Lorsque Snyder est au scénario, on a envie de dire qu’il faut encore bosser un petit peu. Mais son style est en parfaite adéquation avec les adaptations de bandes dessinées. Et adapter Watchmen a été une bonne initiative !

C’est donc après avoir fait 80 km pour dénicher la BD éponyme (eh oui, ma ville n’a pas changée depuis le début de l’article !) que la force de la réalisation m’est apparue encore plus forte. En effet, retrouver la majorité des planches des scènes mythiques adaptées au détail près est juste un pur bonheur ! Snyder a réellement donner vie à la bande dessinée et on l’en remercie ! Il faut donc remercier Alan Moore et Dave Gibbons pour leur travail resplendissant et leur BD hallucinante, complexe et maîtrisée.

Certes, la fin diffère entre la BD et le film. Mais celle du film n’est au final pas déplaisante et pour réaliser celle du roman graphique, le film aurait dû faire 4 heures pour tenter d’adapter l‘astuce et la liberté offerte par la BD pour créer un final renversant.

Le bilan est donc plus que bon et s’inscrit dans la lignée des films de genre : c’est une bouffée d’air frais pour un style cinématographique qui peut s’avérer redondant (« Tiens, le 24ème Iron Man est sorti ! » « T’as vu le dernier Spider-Man ? bof, c’est comme le 36ème Avengers, sauf qu’il est tout seul ! »). La qualité de la réalisation englobe tout ça grâce à des plans dopés aux couleurs léchées et un plaisir de la part du réalisateur qui se transmet au spectateur. C’est contagieux, passionnant, rythmé, unique et joli. Alors pourquoi ne pas tenter le coup ?