Il faut le reconnaître, Michael Moore distille avec un certain talent ses idées lorsqu’il se met en scène. C’est d’ailleurs, en général, l’un des points de dénigrement fondamental de ses plus féroces détracteurs, le jugeant de déformer la réalité. Toutefois, l’infatigable sexagénaire américain aux idéaux tranchés et charpentés s’est toujours débattu pour tenter, avec humour et empathie, d’ouvrir en grand les yeux de ses compatriotes. Depuis Bowling for Coloumbine, Michael Moore s’est forgé un style, une patte de réalisateur voire de metteur en scène. De fait, c’est aussi bien les thématiques que les objets cinématographiques sous-jacents qui fascinent, entraînant une vague généralisée d’enthousiasme à l’annonce d’un nouveau documentaire.

Presque dix ans (ou plus exactement sept années) que Michael Moore n’avait plus écrit, interviewé et filmé le monde. Il revient en 2016 avec WHERE TO INVADE NEXT dans un concept singulier : envahir tous les pays dont il foule le sol. Ou plus précisément, leurs idées démocratiques, susceptibles d’être importées aux États-Unis sous la banderole étoilée. La séquence d’entrée donne comme à l’accoutumée l’exposition d’un défi surréaliste: Michael Moore, sous couvert de l’état major américain, ne faillira pas, c’est certain. Et ce n’est pas son regard lointain, déterminé, fixant l’horizon à bord d’un imposant cuirassé qui nous contredira.

photo de WHERE TO INVADE NEXT

La stratégie de Michael Moore ne change pas. Vraiment pas. Pour mieux faire accepter les défis majeurs qui attentent les américains et même le monde, il s’exile momentanément à l’étranger, vient toujours admirer l’Europe avec des yeux, cette fois-ci, un peu trop naïfs. Ainsi, comme on a pu déjà le voir dans Sicko, sont déballés à coup de gros sabots les avantages des démocraties du vieux continent : les syndicats, les congés payés, les systèmes de protections sociaux, la qualité et gratuité de nos services publiques… Non pas que ces aspects ne constituent aucun intérêt, loin de là, mais Michael Moore semble ressasser ce qu’il a déjà montré, en moins tranchant même. Il n’évoque en rien la grande dépression de la zone Euro, la crise des dettes souveraines, ou l’affaiblissement démocratique… Par conséquent, le déni semble doucement gagner le documentaire alors qu’une analyse omnisciente de la situation y est souvent exigée. Michael Moore adule l’Europe mais parfois, il s’y perd dans un excès de bons sentiments quelque peu dérangeant.

Passé cette première partie moyennement convaincante, de nouveaux sujets bien plus prenants, sont dévoilés à l’écran. Par exemple, Michael Moore n’hésite pas à faire front devant l’innommable tuerie Norvégienne de 2011  – dans un passage terriblement déchirant, ou retrace avec panache la respectable lutte féministe islandaise. La caméra devient alors plus percutante, et l’historique bien plus instructif. Malgré tout sa mise en scène pâtit, par certains moments, d’un surplus de pathos étrangement facile. Certaines images renvoyant aux méthodes américaines, deviennent insoutenables en même temps que les pupilles s’humidifient, à la limite de l’empathie et du tire-larme. Michael Moore veut favoriser l’identification, choquer ses concitoyens dans un but politique… Alors, parfois il y va franco. C’est une habitude chez lui.

« Un Michael Moore mineur, pas indispensable mais pas non plus inutile »

WHERE TO INVADE NEXT conclut sur un extrait de l’oeuvre de Victor Fleming, Le Magicien d’Oz, encourageant dès lors les américains à reprendre en main toutes les bonnes idées qu’ils ont insufflées au monde entier. Michael Moore égrène un grand nombre de sujets, dont certains ne seront que survolés. Il restera néanmoins, quelques moments d’émotions bien amenés et, à l’évidence, des rires sincères. WHERE TO INVADE NEXT picore à droite à gauche des orientations vertueuses pour l’humanité, pour l’égalité durable. Si on pense forcément à ce documentaire français co-réalisé par Mélanie Laurent et Cyril Dion, Demain, il n’est pas certain que le dernier documentaire du maître Moore soutienne la comparaison: pour une fois, on a l’impression que le documentariste ne s’adresse exclusivement qu’au peuple américain dans son noble dessein, celui d’éveiller les consciences. Pour les autres, il faudra certainement patienter et guetter la prochaine cuvée pour en apprécier pleinement les qualités, on l’espère. Autrement dit WHERE TO INVADE NEXT est un Michael Moore mineur, pas indispensable, mais pas non plus inutile.

Sofiane

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