Dans WHILE WE’RE YOUNG, le réalisateur Noah Baumbach persiste dans son introspection transposée sur pellicule mais pourtant, à l’inverse d’un Greenberg, l’enrobe d’atours beaucoup plus mainstream: un rythme soutenu, un casting multi-générationnel et (relativement) glamour, des personnages et situations assez caractérisés, un scénario et des « péripéties ».
Cela ne fonctionne toutefois, pas vraiment. L’écart est bien trop grand entre la surprenante et intelligente réflexion socio-culturelle proposée par le film, et une accessibilité qui paraît peu sincère ou spontanée; le cinéma de Baumbach y perd au final, de sa personnalité et de sa subtilité…

Il y a d’abord dans WHILE WE’RE YOUNG la désagréable impression que , 46 ans pourtant, traite de façon impersonnelle – hollywoodienne dirons-nous même, un sujet qu’il devrait en théorie connaître et maîtriser: « une » crise de la quarantaine.
Pour nous présenter son point de vue, Baumbach utilise une très classique confrontation entre deux générations ; une observation cynique d’un miroir reflétant une jeunesse disparue.
Mais là ou l’on pourrait s’attendre à retrouver l’habituelle finesse d’écriture de personnages Baumbach-ienne, en lieu et place d’une certaine vacuité scénaristique n’ayant pas tant d’importance, WHILE WE’RE YOUNG adopte une position inverse dans sa première partie. Étalage de clichés, constats effarés (et effarants) sur le new-yorkais moyen et différents humour tombant globalement à plat (dialogues truculents, mais comiques de situation ridicules, ou un ton burlesque hors-sujet)
Exactement ce que l’on avait repéré dans le trailer, et qui nous avait déjà surpris de la part du cinéaste (voir notre article)

Les présentations de Josh et Cornelia (quarantenaires) puis de Jamie et Darby (les « jeunes ») sont ainsi une succession de lieux-communs:
– être parent, c’est s’abrutir dans l’élevage de « monstres malodorants et/ou incapables d’intellectualiser quoi que ce soit »; une forme de mort d’une partie de soi.
– ne pas être parent est synonyme d’immaturité et de fuite de responsabilités
– être jeune à new-york, c’est être hipster, connecté (ou non), libre sexuellement et politiquement, et spirituellement magnifique…
– Vieillir sans enfants, implique de se comparer à la jeunesse…

« un atour mainstream peu convaincant masque une intelligente réflexion socio-culturelle… Décevant et déroutant, pour un film de Noah Baumbach. »

Pourtant, progressivement, quelques dissonances se font ressentir dans ce programme aussi divertissant qu’inconséquent; on retrouve chez Josh, le comportement dépressif de Greenberg, mais débarrassé de sa misanthropie. Quant aux jeunes, leur attitudes de plus en plus contradictoires se révèlent être pure matière scénaristique (Cornelia est totalement squizzée);
Si ces personnages ne nous apparaissent jamais comme sympathiques, c’est parce que Baumbach ne nous parle pas d’eux mais de ce qu’ils représentent. Leur caractérisation abusée sert au final un raisonnement aussi intelligent que déroutant; l’auteur interroge ce qu’est notre époque, ce qui reste du rapport à l’autre, tant dans la transmission (parent-enfant / vieillesse-jeunesse) que par le prisme de l’internet et du tout connecté; il observe l’influence du progrès sur le quotidien, sur l’art, sur la communication. C’est somme toute, assez passionnant… Dommage toutefois que cette réflexion doive s’imposer via des règles très hollywoodiennes d’entertainment et non via la personnalité du cinéaste. Car lorsque l’auteur nous parlait de lui dans les Berkman, cette réflexion socio-culturelle se faisait peut-être plus discrète, presque subliminale, mais indéniablement plus puissante, car fusionnée avec le charme du film… Qui n’existe pas ici.

En cela, WHILE WE’RE YOUNG rejoint le Men Women & Children de Jason Reitman, lui aussi étalage de personnages clichés au service d’un discours somme-toute neuneu sur les mêmes sujets. Mais même s’il apparaît certain que Baumbach possède un certain recul par rapport à Reitman, il est surprenant de l’observer noyer tout cela dans une accessibilité assez surfaite.

@Georgeslechamea

LES AUTRES SORTIES DU 22 JUILLET 2015

INFORMATIONS


– TRAILER
– MISTRESS AMERICA, l’autre Baumbach de 2015 – trailer

Titre original : While We’re Young
Réalisation : Noah Baumbach
Scénario : Noah Baumbach
Acteurs principaux : , , ,
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 22 juillet 2015 
Durée : 1h37min
Distributeur : Mars Distribution
Synopsis : Josh (Ben Stilleret Cornelia (Naomi Watts), la quarantaine, sont mariés et heureux en ménage. Ils n’ont pas réussi à avoir d’enfants mais s’en accommodent. Alors que Josh s’acharne sur le montage de son nouveau documentaire, il devient évident que l’inspiration n’est pas au rendez-vous. Il lui manque quelque chose… La rencontre de Jamie (Adam Driver) et Darby (Amanda Seyfried), un jeune couple aussi libre que spontané, apporte à Josh une bouffée d’oxygène et ouvre une porte vers le passé et la jeunesse qu’il aurait aimé avoir.


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