Le 25 janvier 2017, ressortie en salles par le distributeur Carlotta, de 8 films de Kurosawa.
– Le Plus Dignement ★★★☆☆ (notre critique)
– Un merveilleux dimanche ★★★★☆  (notre critique)
– L’Ange Ivre ★★★★★ (notre critique)
– Chien Enragé ★★★★★
– Vivre ★★★☆☆
– La forteresse cachée ★★★★★ (notre critique)
– Yojimbo (sortie en DVD uniquement, édition par Wild Side) ★★★★★ (notre critique)
– Sanjuro ★★★★☆ (notre critique)
– Barberousse ★★★★★

 

YOJIMBO – LE GARDE DU CORPS (1961) et SANJURO (1962) sont deux films centrés autour du même personnage : un samouraï sans nom et sans maître (un rōnin). Un guerrier extrêmement doué dans son art du sabre, mais usant pourtant moins de ce talent que de ruse et d’intelligence.

Avec YOJIMBO, Akira Kurosawa balance une petite bombe dans le genre du film de sabre en faisant de son héros un personnage opportuniste et manipulateur, dont la ligne morale n’est pas dictée par les habituels codes d’honneur et de loyauté, mais plutôt par son appréciation très personnelle des choses. Un héros évoluant en dehors de tout manichéisme, pour qui les notions de vie ou de mort riment avec la question : « quel intérêt pour moi ? ».

Toshiro Mifune, décidément l’homme le plus classe du monde, interprète le fameux Yojimbo.
Celui-ci se retrouve ainsi par pur hasard dans un minuscule village ravagé par une guerre sanglante entre deux clans. Après une phase d’observation de l’organisation de ce microcosme (bordel, tripot, « entreprises » locales) et des métiers, habitudes et caractères de ses différents occupants (aubergiste dépité par la violence, menuisier reconverti en croque-mort, collecteur d’impôts à corrompre, têtes pensantes plus ou moins charismatiques et sous-fifres complètement cons), il vendra ses services au plus offrant tout en fomentant un plan d’éradication de la menace locale par la ruse, en les opposant patiemment l’un contre l’autre.

Ça vous rappelle quelque chose ? Normal.
Pour une poignée de Dollars de Sergio Leone, si génial soit-il, n’est « qu’une » relecture recontextualisée dans l’ouest américain, du langage cinématographique proposé par Kurosawa dans YOJIMBO.

Ainsi, ce divertissement en théorie absolument japonais, apparaît comme très familier. Le Yojimbo, c’est l’ancêtre du blondin de Leone et par extension de la figure du justicier à la morale floue, popularisée dans l’histoire du cinéma américain par Clint Eastwood et ses innombrables copycats. De l’Inspecteur Harry au vieux de Gran Torino en passant par le Popeye de French Connection, Snake Plissken de N.Y. 1997, ou les nombreux personnages de Tarantino.

Yojimbo (3)

Coté technique, le fameux sens visuel de Kurosawa fait encore une fois des merveilles. Nous parlions déjà du pouvoir évocateur de l’Image chez le cinéaste dans notre critique de la La Forteresse Cachée… Ici, il en est de même, mais dans un environnement drastiquement resserré. La mise en image de ce village huis-clos est ainsi pensée de manière très symétrique. Une symétrie très évocatrice, opposant deux entités également corrompues, tout comme elle place le Yojimbo au centre, comme seul indicateur moral et instigateur des enjeux. À cela s’ajoute la phénoménale bande-son mêlant musiques traditionnelles japonaises et jazz. Une bande son ludique et stimulante qui attribue à chaque personnage une mélodie, déclinée en fonction des situations… Préfigurant elle aussi les fameux scores d’Enio Morricone !

On peut même relier ce YOJIMBO au cinéma de Scorsese, lors de la phase d’exposition méticuleuse du fonctionnement de ce village. Une immersion rappelant les fresques mafieuses du cinéaste italo-américain, comme Casino ou Les Affranchis.

On notera juste une toute petite baisse de rythme au cœur du film, bien qu’elle exprime en filigrane la patience nécessaire pour mettre en œuvre le fameux plan de déconstruction de ces deux clans.

« YOJIMBO est un pilier de l’inconscient collectif, à travers la figure du rōnin opportuniste et calculateur, repris à la lettre par Leone, Eastwood et de nombreux autres. »

Au delà, on ne peut s’empêcher de se dire que la culture américaine à elle aussi, indirectement influencé Kurosawa. Par les codes visuels du western (Ford-ien et autres), mais également d’une façon plus allégorique.

On peut effectivement assimiler ce récit de ruse et d’opportunisme, à la percée du capitalisme au Japon après la seconde guerre mondiale, dont nous parlions par ailleurs dans notre critique du Cimetière de la Morale. Une recherche du profit à tous prix au dépends des valeurs d’honneur et des codes moraux culturels, composante première des personnages du film. Le Yojimbo, lui, évolue sur la frontière ténue située pile entre les deux. On imagine donc le choc que dut constituer ce film, mettant en exergue par le prisme du divertissement les contradictions d’un pays qui se cherche. Sa « modernité » peut ainsi expliquer son immense succès au box-office de l’époque.

En somme, découvrir YOJIMBO en 2015, c’est se prendre un bon gros retour de bâton culturel dans la gueule. Décidément, après La Forteresse Cachée (influence notamment, de Star Wars), on commence à comprendre l’importance de Kurosawa dans l’inconscient collectif.

INFORMATIONS

Yojimbo

Titre original : Yojimbo
Réalisation : Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa, Ryuzo Kikushima
Acteurs principaux : Toshirô Mifune, Tatsuya Nakadai, Yoko Tsukasa
Pays d’origine : Japon
Sortie: 1961
Durée : 1h50min
Distributeur : –
Synopsis : Au milieu du XIXe siecle le samourai Sanjuro loue ses services a une des bandes qui regnent sur un village au détriment des villageois. Voyant qu’on veut se debarrasser de lui apres qu’il eut accompli la salle besogne, Sanjuro va decimer les deux bandes qui se dechirent le village.

SANJURO (1962)

SANJURO (1962) lui aussi, possède sa petite histoire. Suite au succès phénoménal de YOJIMBO, le studio Tōhō, bien évidemment, souhaita réitérer l’exploit en donnant une suite au film, un peu plus conventionnelle et donc confiée à un cinéaste un peu plus « yes-man ». Mais Kurosawa, finit par se retrouver à la tête du projet, et d’orgueil, emmena à nouveau son personnage vers un bouleversement des codes du genre.

SANJURO quant à lui, n’est « que » la suite très réussie d’un film crucial dans l’histoire du cinéma. »

Ainsi, SANJURO est à la fois l’héritier pur de YOJIMBO, en gardant les codes révolutionnaires proposé par celui-ci (le rōnin à la ligne morale ambigüe), mais agrémenté d’un scénario aussi sérieux que parodique, extrêmement chiadé et stimulant – bien plus que celui du film original.
Akira Kurosawa joue ainsi avec le charisme de Toshiro Mifune, allant jusqu’à dénaturer par l’humour sa fonction de samourai ultra-classe et réfléchi. Si dans sa forme le film est très classique, il n’en reste pas moins plus ludique et bien mieux rythmé que YOJIMBO. À voir comme complément génial du premier film, mais à contextualiser comme suite réussie d’un film crucial dans l’histoire du cinéma.

INFORMATIONS

Yojimbo (6)

Titre original : Sanjuro
Réalisation : Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa, Ryuzo Kikushima, Hideo Oguni, d’après Shugoro Yamamoto
Acteurs principaux : Toshirô Mifune, Tatsuya Nakadai, Yûzô Kayama
Pays d’origine : Japon
Sortie: 1962
Durée : 1h36min
Distributeur : –
Synopsis : Le samouraï rônin Sanjuro Tsubaki prend sous son aile une bande de jeunes guerriers inexpérimentés et les aide à déjouer un complot contre le chambellan. Jouant de ruse avec les conspirateurs, Sanjuro se révélera un tacticien hors pair, avant de se confronter avec le redoutable Muroto, bras droit du chef des comploteurs.

Le FESTIVAL LUMIÈRE sur Le Blog du Cinéma
MARTIN SCORSESE: Analyse de ses films

MARTIN SCORSESE: portrait de l’auteur

Ses films présentés au festival Lumière :

Hugo Cabret (2011)
Les Infiltrés (2006)
Casino (1995)
Le Temps de l’innocence (1993)
Les Nerfs à vif (1991)
Les Affranchis (1990)
La dernière tentation du Christ (1988)
La valse des pantins (1982)
Raging Bull (1980)
New York, New York (1977)
Taxi Driver (1975)
Alice n’est plus ici (1974)
Mean Streets (1973)
Boxcar Bertha (1972)
Who’s that knoocking at my door (1968)

Chroniqués par Georgeslechameau

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AKIRA KUROSAWA : les années Toho

AKIRA KUROSAWA: PORTRAIT

Le Plus dignement (1944)
Qui marche sur la queue du tigre… (1945)
Je ne regrette rien de ma jeunesse (1946)
Un merveilleux dimanche (1947)
– L’Ange ivre (1948)
– Chien enragé (1949)
– Vivre (1952)
– Vivre dans la peur (1955)
La Forteresse cachée (1958)
– Les Salauds dorment en paix (1960)
Yojimbo – Le Garde du corps (1961)
Sanjuro (1962)
– Entre le ciel et l’enfer (1963)

Chroniqués par Georgeslechameau

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8 films de JULIEN DUVIVIER

JULIEN DUVIVIER: portrait de l’auteur

David Golder (1931)
La Bandera (1935)
La Belle Équipe (1936)
Pépé le Moko (1937)
Un carnet de bal (1937)
La fin du Jour (1939)
Panique (1946)
– Le Temps des Assassins (1956)

Chroniqués par Louis

DUVIVIER

quelques films: BAD BOY BUBBY, BLADE RUNNER, LES NÉGRIERS

BAD BOY BUBBY, de Rolf de Heer (1993)

Affiche du film BAD BOY BUBBY

+ CRITIQUE

Titre original : Bad Boy Bubby
Réalisation :
Rolf de Heer
Scénario :
Rolf de Heer
Acteurs principaux :
Nicholas Hope, Claire Benito, Ralph Cotterill, Carmel Johnson
Pays d’origine : Australie, Italie
Sortie :
1 novembre 1995 – (ressortie 11 novembre 2015)
Durée :
1h48
Distributeur :
Nour Films
Synopsis :
Séquestré depuis sa naissance par sa mère, Bubby ignore tout du monde extérieur qu’il croit empoisonné. L’arrivée de son père, dont il était tenu éloigné, va bouleverser sa vie. Le jour de ses 35 ans, Bubby va enfin sortir. Il découvre un monde à la fois étrange, terrible et merveilleux où il y a des gens, de la pizza, de la musique et des arbres…

« Ode à la différence et à l’acceptation de soi. »

Bad Boy Bubby

BLADE RUNNER, de RIDLEY SCOTT (1982)

Blade Runner

CRITIQUE

Titre original : Blade Runner
• Réalisation : Ridley Scott
• Scénario : Hampton Fancher et David Webb Peoples sur une idée de Philip K. Dick (adaptation de la nouvelle « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? »
• Acteurs principaux : Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young
• Pays d’origine : USA
• Sortie : 
15/09/1982, ressortie restaurée le 14 octobre 2015
• Durée : 1h57min
• Distributeur : Warner Bros. France
• Synopsis : 
Deckard, flic alcoolique en pré-retraite, est sommé de reprendre du service en tant que « Blade Runner » pour dérouiller des « Répliquants » en fuite, dissimulés quelque part dans un Los Angeles condamné à une nuit pluvieuse éternelle.

« Noir et sensuel, le film plonge le spectateur dans un abîme, au fil d’une enquête au rythme imprévisible. »

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« Avec BLADE RUNNER, Ridley Scott démontre sa capacité à faire du neuf avec de l’ancien. Un paradoxe pour un film de science-fiction.« 

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LES NEGRIERS, de Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi

Les Négriers (3)

+ CRITIQUE

Titre original : Addio zio Tom
Réalisation :
Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi
Scénario :
Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi 
Acteurs principaux :
Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi
Pays d’origine :
Italie
Sortie :
1971
Durée :
2h04min
Distributeur :
Jacques Leitienne
Synopsis :
Faux documentaire sur la traite négrière dans les États-Unis du 19e siècle. 

Atroce, dérangeant, cruel. Les mots ne manquent pas pour qualifier LES NÉGRIERS, dont le titre original est Addio zio Tom (Adieu Oncle Tom). Mais attention, ni le film, ni son propos ne sont immondes. L’horreur réside dans le traitement inhumain qu’ont subi des millions d’Africains déportés et qu’évoque crument ce film. Un choix osé qu’a fait le festival Lumière 2015, laissant carte blanche à Nicolas Winding Refn (Drive, Only God Forgives).

LES NÉGRIERS est un faux documentaire réalisé en 1971 par une deux metteurs en scène controversés italiens, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi. Il imagine comment les deux cinéastes arriveraient par miracle à atterrir dans les États-Unis du 19e siècle afin d’y tourner un documentaire sur l’esclavage. La forme adoptée est surprenante : des Américains y parlent librement, avec force regards caméra, de la façon dont ils considèrent les Noirs comme étant tout juste des animaux […]

Les Négriers (2)

la cinéaste russe LARISSA CHEPITKO

Un portrait de la Larissa Chepitko

– Chaleur torride (1963)
– Les Ailes (1966)
– Le Début d’un siècle inconnu – composé de L’Ange d’Andrei Smirnov et de Le Pays de l’électricité de Larissa Chepitko (1967)
Toi et moi (1971)
L’Ascension (1977)

larissachepitko

LUMIERE 2014 : Pedro Almodovar

Programmation de Lumière 2014

PEDRO ALMODOVAR :

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier de Pedro Almodóvar (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón, 1980, 1h18)
Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? de Pedro Almodóvar (¿ Qué he hecho yo para merecer esto !!, 1984, 1h47)
Matador de Pedro Almodóvar (1986, 1h45)
La Loi du désir de Pedro Almodóvar (La ley del deseo, 1987, 1h44)
Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar (Mujeres al borde de un ataque de nervios, 1988, 1h35)
Attache-moi ! de Pedro Almodóvar (Átame !, 1989, 1h41)
Talons aiguilles de Pedro Almodóvar (Tacones lejanos, 1991, 1h53)
La Fleur de mon secret de Pedro Almodóvar (La flor de mi secreto, 1995, 1h42)
En chair et en os de Pedro Almodóvar (Carne trémula, 1997, 1h39)
Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar (Todo sobre mi madre, 1999, 1h40)
Parle avec elle de Pedro Almodóvar (Hable con ella, 2002, 1h52)
Volver de Pedro Almodóvar (2006, 2h02)
La piel que habito de Pedro Almodóvar (2011, 2h01)

SAGA MUSASHI MIYAMOTO : CRITIQUE des 6 films

PARADIS PERDU, d’Abel Gance: CRITIQUE

OPENING NIGHT, de John Cassavettes : CRITIQUE

Une Femme Dangereuse, avec Ida Lupino: CRITIQUE

Chroniqués par Georgeslechameau

La traversée de Paris

Chroniqué par Louis

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