Presque trente ans jour pour jour après sa disparition, (Comme T’Y Est Belle, LOL, LOL USA, Une Rencontre) livre plus qu’un biopic, une hagiographie sur . Quelle aubaine pour cette réalisatrice engagée pour la cause des femmes que de se pencher sur la vie grandiose mais tragique de cette icône aux 140 millions de disques vendus, qui a décidé un soir de mai 1987 de mettre fin à ses jours, jugeant sur un bout de papier que la vie lui était « trop insupportable ». Adorée par beaucoup de monde, son geste cachait un mal-être profond que Lisa Azuelos tente de décrypter en se concentrant sur la période la plus passionnante mais aussi la plus dure, 1967-1987.

Coloré et pailleté, ce film est un condensé, une certaine vision de la vie de la diva. Si les passages les plus connus de son existence sont là, ce qui intéresse par-dessus-tout Lisa Azuelos, ce n’est pas vraiment sa glorieuse carrière, mais plutôt son intimité, ses drames, ses déceptions amoureuses. Ainsi, la réalisatrice se concentre avant tout sur la tristesse et la fatalité de son destin, et se crée en conséquence une obsession du malheur, ce qui se remarque dans plusieurs scènes où la dramatisation tombe dans la maladresse parce que trop soutenue. Cela dit, en mettant en toile de fond ses grandes chansons sur les passages marquants de sa vie dans des séquences souvent magiques, émouvantes et tendres, elle montre combien les chansons et son vécu ne faisaient qu’un. En ce sens, elle a capté l’essentiel chez la star : sa quête d’amour. En développant assez originalement une chronologie qui se détache du cadre traditionnel naissance-vie-mort, elle y décrit la fragilité de la femme, elle rappelle le manque d’affection d’un homme et d’un enfant, elle retrace ce côtoiement régulier avec la mort.

Photo du film DALIDA

L’amour selon Dalida (Sveva Alviti) et Richard Chanfray ()

Mais, en se focalisant sur Yolanda, elle oublie un peu trop Dalida : une immense chanteuse qui adorait ses fans, une travailleuse exigeante et perfectionniste qui a tout fait pour devenir ce qu’elle était, une star du show-business aux très nombreux amis artistes, une interprète entourée d’auteurs et de créateurs, une icône gay aux engagements politiques parfois involontaires (Mitterrand et sa supposée liaison sentimentale, Chirac,…), une image moderne de la femme dans une société où les revendications féministes étaient fortes, une personnalité en proie aux rumeurs les plus folles ou aux critiques, parfois physiques.

[bctt tweet= »« En réalisant DALIDA, la réalisatrice partage son admiration sans éviter les lourdeurs » » username= »LeBlogDuCinéma »]

Dans ce film, seuls son intimité et ses drames semblent compter. Dans une ambiance quasiment plombante, tout semble noir, triste et morose, de sa naissance jusqu’à sa mort. Or, même s’il est impossible de tout dire dans un film de 2h et qu’il faut automatiquement faire des choix, c’est pourtant la glorieuse et adorée Dalida qui permet de mieux comprendre la triste et fragile Yolanda, qui derrière le sourire scénique se réfugiait dans son immense demeure de Montmartre pour retrouver son vide sentimental. Omettre ce contraste saisissant ici trop peu appuyé, c’est omettre les clés de compréhension de son amertume du quotidien et le chemin qui l’a mené à la dépression, la lassitude de son personnage public puis à l’acte final – ce dernier élément étant pourtant le cœur de la réflexion que la réalisatrice souhaitait développer. En lieu et place, une première partie monotone et déroutante, bien maladroitement focalisée sur sa psychologie et inutilement jonchée de répliques à la punchline qui enlèvent toute vraisemblance, toute vérité. L’esthétisme semble d’ailleurs plus important que l’exactitude des faits ou que le récit, qui semble léger parce qu’élagué de toutes nuances de personnalité.

Comme si elle avait pris conscience un peu trop tard de tout cela, Lisa Azuelos finit par enclencher la seconde pour faire monter son film en puissance en évoquant (ou plutôt, en effleurant) ces dimensions de la personnalité évoquées plus haut, dans une sorte de medley gigantesque qui a de la gueule, jusqu’à ce que le tout glisse dans une fin larmoyante sans être pour autant magistrale parce que vite expédiée.

Ainsi, même si on prend notre pied au son des tubes Disco de la chanteuse, cette deuxième partie ne rattrape pas la première car tout s’enchaine mais rien n’est approfondi. Cela transforme alors le film en une œuvre esthétiquement très belle mais complètement superficielle.

Photo du film DALIDA

Un film rythmé au son des tubes disco de la chanteuse

Car finalement, on se rend compte que la réalisatrice ne donne à voir qu’une image biaisée de Dalida/Yolanda. Une image comparable à un joyau ou à un esprit élevé au rang de sainteté, une image donc lisse et sans défauts, fataliste et tragique. Bref, l’image du mythe construit, entretenu et surveillé par son frère … qui a participé à l’élaboration du scénario. Le tout rafraîchi par la réalisatrice pour accentuer, une fois de plus, la marque Dalida : après les diverses compilations, les coffrets, les livres, le téléfilm, il y a maintenant le film pour nourrir et dépoussiérer tout ce qui a été fabriqué autour d’elle pendant sa carrière et surtout, surtout !, après son suicide.

Alors, DALIDA n’est pas vraiment à la hauteur de la diva qu’elle était. Mais en se basant surtout sur son mythe, difficile de ne pas admettre que ce biopic arrive tout de même à faire revivre ce qu’il y a de plus passionnant en elle, et à entretenir la magie qu’elle délivre encore grâce à ses chansons, trente ans plus tard. En ce sens, le sentiment d’admiration nous submerge… C’est cela, au fond, le but principal du film.

Yohann Sed

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