Dallas, 1986. Un cow-boy homophobe, Ron Woodroof (, LA DÉFENSE LINCOLN, MUD), est diagnostiqué séropositif. Il ne lui reste que 30 jours à vivre. Face à l’inefficacité de l’AZT, seul médicament antirétroviral autorisé aux Etats-Unis, il se lance dans la contrebande de médicaments « alternatifs » avec l’aide d’un travesti également séropositif, Rayon (, REQUIEM FOR A DREAM, Mr NOBODY) et de leur médecin Eve Saks (, LE ROYAUME, JUNO). Ensemble, ils fondent le Dallas Buyers Club, premier des douze clubs qui permettront aux séropositifs américains de se fournir en médicaments antirétroviraux étrangers. Mais cela attire l’attention des compagnies pharmaceutiques, qui vont alors tout faire pour stopper leurs activités.

Dans la courte liste des films nommés à l’Oscar du Meilleur film de l’année, DALLAS BUYERS CLUB fait partie des six (sur neuf) qui sont des adaptations d’œuvres préexistantes ou basés sur une histoire vraie. Avec un budget de production quatre fois inférieur à celui de 12 YEARS A SLAVE, huit fois inférieur à celui de AMERICAN BLUFF, mais surtout vingt fois inférieur à celui du LOUP DE WALL STREET, DALLAS BUYERS CLUB s’avère tout aussi bon – si ce n’est meilleur. Preuve que l’on on peut aujourd’hui encore faire des grands films sans jamais devoir sacrifier le scénario, la distribution ou la technique.

Photo du film DALLAS BUYERS CLUB

Tiré d’une histoire vraie donc, DALLAS BUYERS CLUB est un drame comme l’Amérique les aime, mais pas seulement. Doté d’une dimension sociale imparablement éloquente, le nouveau film de (C.R.A.Z.Y., VICTORIA : LES JEUNES ANNEES D’UNE REINE) se permet de brasser plusieurs thèmes importants de l’Histoire des Etats-Unis. Qu’il s’agisse d’homophobie, de séropositivité, du système de santé, des logiques de marché ou tout simplement de l’American dream, tout y passe et de manière plus que pertinente. Bien qu’au début sans intérêt, le quotidien de Ron Woodroof se révèle très prenant dès lors qu’il est confronté à ses propres excès et rejeté par ses proches, amis et collègues, qui ont appris sa séropositivité. Homophobe au possible, il se retrouve malgré lui mis dans le même sac que ceux qu’il a passé tant de temps à haïr, à une époque où le sida était considérée comme « la maladie des pédales ». Plus qu’ironique et un brin paradoxal, le destin de ce grand macho se retrouve amélioré grâce à la présence d’un travesti et d’une femme docteur. Malgré le fait qu’on ne lui ait donné que 30 jours à vivre, la détermination de Ron lui offrira sept années supplémentaires. Certes très romanesque, le récit de sa fin de vie est fascinant car imprévisible. Plein de ressources, le cow-boy épate et forcerait presque à l’admiration.

« Une belle ode à la vie, à la jouissance consciente et à la recherche acharnée du bonheur. »

En se plaçant presque uniquement du côté des malades, DALLAS BUYERS CLUB n’est pas sans rappeler PHILADELPHIA de Jonathan Demme, dans lequel un avocat séropositif poursuit en justice ses anciens associés pour licenciement abusif. Légèrement manichéen, DALLAS BUYERS CLUB place les séropositifs en victimes (du système de santé) et fait de l’industrie pharmaceutique le grand méchant loup de cette histoire. Néanmoins, c’est un drame comme on en voit peu et sa narration pousse à l’empathie et à la compassion. En effet, bien que le destin des deux protagonistes (Ron et Rayon) soit scellé dès le début du film, on espère tout au long qu’un événement permettra de les sauver et viendra égayer cette histoire. Car oui, DALLAS BUYERS CLUB est une histoire de mort. Au-delà de celle des protagonistes, le film évoque aussi celle du rêve américain, la lente prise de conscience liée au VIH et au sida et la perte de tout espoir face à la maladie. Drame social, le film peut être lu comme antisocial tant l’Amérique qu’il dépeint n’est pas belle à voir.

Photo du film DALLAS BUYERS CLUB

Petit budget (5,5M$) ne signifiant pas pour autant petit casting, Jean-Marc Vallée peut compter sur les incroyables Matthew McConaughey et Jared Leto. Après son retour en grâce en 2011 dans LA DEFENSE LINCOLN et le changement de cap de sa carrière qui a suivi, Matthew McConaughey excelle ici dans ce rôle d’homophobe rattrapé par la mort. Délesté de 20 kg, le Texan de 44 ans surprend et impressionne, aussi bien lorsqu’il joue au cow-boy que lorsque son corps lui fait défaut. Oui, personne ne tombe à terre comme Matthew McConaughey ! Absolument parfait ici, il vient très certainement de nous offrir l’une des meilleures prestations de l’année passée et de celle en cours. A l’instar d’un certain Jared Leto dont le magnétisme crève l’écran. Brillant en travesti toxicomane, l’acteur-compositeur-chanteur-interprète-musicien de 42 ans prouve à nouveau qu’il est aussi bon sur scène que mis en scène. Méconnaissable en Rayon, il fait rire et émeut à tel point que l’on en vient à se demander « Mais qui, autre que Jared Leto, aurait bien pu interpréter un tel rôle ? » Quatorze ans après le sublime REQUIEM FOR A DREAM de Darren Aronofsky, Jared Leto incarne à nouveau un drogué, mais un drogué qui devrait lui permettre de remporter l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle tant il le vaut. Époustouflant, l’acteur apporte un peu de fraîcheur à ce drame macabre. Enfin, pour compléter ce tandem parfait, Jennifer Garner sert à merveille de tampon entre les séropositifs représentés par Ron Woodroof et l’industrie pharmaceutique et la FDA.

Aidé par un montage intelligent et des sons intradiégétiques poussant à l’immersion totale, DALLAS BUYERS CLUB possède un récit linéaire d’une effarante simplicité. Rapide dans l’évocation de ce qui ne doit qu’être évoqué et lent, long et pesant lorsqu’il faut accentuer l’arrivée imminente de la mort, le film de Jean-Marc Vallée est une belle ode à la vie, à la jouissance consciente et à la recherche acharnée du bonheur. A aucun moment moralisateur lorsqu’il s’agit des homosexuels, le film illustre à merveille l’expression « Ça n’arrive pas qu’aux autres ». En faisant se confronter l’univers d’un cow-boy hautement viril et d’un travesti dépassé par la maladie, il met en scène une amitié certes prévisible mais non moins touchante. Porté par un duo d’acteur au sommet, DALLAS BUYERS CLUB est un grand film qui fait réagir et réfléchir. Et bien qu’interdit aux mineurs lors de sa sortie américaine, le film n’en demeure pas moins le must-see absolu de la saison !

Wyzman

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