En 1974 à Sarasota en Floride, Christine Chubbuck, une journaliste de 29 ans d’une chaîne de télévision locale fit une tentative de suicide en pleine émission. CHRISTINE, troisième long-métrage d’Antonio Campos, relate ce fait divers en se consacrant aux dernières semaines de la jeune femme. Ambitieuse, persuadée de pouvoir proposer des sujets forts et sûre de son fait en matière d’éthique journalistique, elle doit faire face à son chef avec qui elle se retrouve souvent en conflit d’opinion. Sa vie sentimentale n’est pas mieux puisque inexistante. Et en partageant son appartement avec sa mère, dont le caractère de hippie l’exaspère particulièrement, la vie de Christine ne semble comporter aucun plaisir.

On pourrait penser devant un tel portrait que Christine doit faire face à un monde hostile. Mais la réalité est toute autre. Autour d’elle les gens sont bel et bien attentifs à elle. Il ne tient qu’à elle d’accepter l’aide que chacun tente, à sa manière, de lui apporter… en venant la consoler après une crise de larmes, ou en l’emmenant à une réunion d’un groupe de soutien. Mais par sa maladie, une dépression que le réalisateur parvient à induire sans y aller de ses gros sabots, Christine ne peut que se refermer. Ne voyant alors que le négatif et se maintenant dans une forme de malheur. Comme le montre son incapacité à aller consulter un médecin en réaction à des douleurs récurrentes à l’estomac.

image du film CHRISTINE

Malheureusement, il faut alors admettre qu’une forme de frustration vient faire défaut au film, sans que Campos n’y puisse grand-chose, puisque obligé de faire face à la réalité de la vie de cette femme. Par conséquent, à chaque fois qu’une réussite semblera possible pour Christine, celle-ci devra faire face à une nouvelle déception. Idem pour le spectateur, à qui on laisse croire en ces possibles réussites. De nouveau déterminée, innovant dans son travail, trouvant de nouvelles manières de réaliser ses reportages pour capter le spectateur ou simplement en sociabilisant enfin avec un collègue, une forme de satisfaction paraîtra toujours possible mais sera constamment tuée dans l’œuf. Nous voilà alors nous même confronté à un rapport d’espérance / déception en continue, provoquant ainsi nos émotions tel un yo-yo.

Par cet enchaînement d’échecs, CHRISTINE n’est alors pas loin de nous déprimer à notre tour. Mais Antonio Campos fait preuve de talent pour éviter à CHRISTINE de tomber dans le morbide. C’est avec un certain réalisme, dans son scénario, qu’il montre les conséquences de la dépression sur son personnage. Mais il aborde pour autant son sujet avec une réalisation hollywoodienne propre, qui ne tombe pas dans un classicisme froid et sans personnalité. Porté par Rebecca Hall (méconnaissable) ainsi que Michael C. Hall, Maria Dizzia ou encore Tracy Letts, CHRISTINE provoque son spectateur et met parfois à mal ses émotions. Mais le film n’en est au final pas moins un portrait déroutant et tragique d’une femme malade.

Pierre Siclier
CHRISTINE A ÉTÉ PRÉSENTÉ EN COMPÉTITION AU FESTIVAL DE DEAUVILLE DU 2 AU 11 SEPTEMBRE 2016
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[CRITIQUE] CHRISTINE

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