Si l’on connait un peu le travail le travail de , on sait a priori à quoi s’en tenir avec . Sinon, il est évident que le film a de quoi déranger, voire agacer. La preuve avec les retours très froids des festivaliers qui ont pu découvrir le film à Deauville, qui contrastent avec ceux de la presse (notamment américaine) dans l’ensemble positif.

Kelly Reichardt est une cinéaste de l’intime. Qui se penche sur ses personnages, sur leurs interactions entre eux, sur leur manière de vivre et de réagir. Tant pis si pour cela il lui faut filmer de longues séquences où il semble ne rien se passer. Avec CERTAIN WOMEN, la réalisatrice a eu envie de se focaliser sur des femmes. Une avocate (excellente Laura Dern) qui doit gérer un client compliqué qui se considère victime de son employeur. Une femme () qui souhaite construire sa maison avec les pierres présentent sur le terrain d’un vieil homme. Et une jeune fille solitaire qui travaille dans un ranch et essaie de lier une amitié avec une avocate () qui anime des cours du soir.

Photo du film CERTAIN WOMEN

Avec CERTAIN WOMEN, son dernier film, Reichardt ne se trahit évidemment pas. Cependant, si on y trouve des moments particulièrement intéressants, il reste une partie quasi entière (placée au milieu du film) sans grand intérêt et qui fait profondément défaut au film, provoquant souvent un profond ennui. Ceci étant, si l’on parvient à faire outre de cela, CERTAIN WOMEN réserve des éléments touchants et comiques. Notamment dans la relation de l’avocate et son client. Par le naturel de Laura Dern, l’authenticité et l’impression de véracité que parvient à produire Reichardt, le film émeut.

Mais le plus tragique et réussi reste la troisième partie. Une partie où se ressent toute la détresse de la « femme du ranch », bien maladroite et oppressive dans ses tentatives de nouer une relation. Après avoir fait quatre heure de route, elle se présentera devant le bureau de la jeune avocate, simplement parce qu’elle voulait la voir. Une situation embarrassante pour les protagonistes. Reichardt se contente alors, l’instant suivant, de placer sa caméra sur le tableau de bord de la voiture pour capter la déception et la colère, uniquement par le visage de son interprète. Part ces moments de grâce, bien qu’adoptant un rythme très lent (qui rend le film difficile d’accès il faut l’admettre) CERTAIN WOMEN fait preuve d’une sensibilité rare qui en fait une œuvre à part.

Pierre Siclier
CERTAIN WOMEN A ÉTÉ PRÉSENTÉ EN COMPÉTITION AU FESTIVAL DE DEAUVILLE DU 2 AU 11 SEPTEMBRE 2016

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