Il y a des films qui plaisent, d’autres qui déçoivent ou bien qui divisent. Mais rarement sont ceux qui parviennent à énerver autant. THE FREE WORLD est de ces films. Relativement « propre » en substance (une photographie pas désagréable, de bons acteurs), capable même de proposer une représentation juste de l’Islam (plutôt rare), le film se révèle être totalement inégal et mal maîtrisé, dès l’instant qu’on y porte une attention. Principalement, au sein de la mise en scène qui vient, presque à elle seule, enterrer le film.

Après avoir passé de nombreuses années en prison, Mo tente de s’adapter au monde de dehors. D’un caractère associable, il trouve de la complicité avec les chiens du refuge pour animaux où il travaille. Sa vie bascule lorsqu’il découvre une jeune femme, Doris, couverte de sang. Il décide alors de l’aider en dépit des ennuis qu’il risque.

Photo du film THE FREE WORLD

On sent bien que THE FREE WORLD voudrait tirer du côté du drame coup de poing porté vers l’intime à la Derek Cianfrance (on se met parfois à penser à The Place Beyond The Pine ou à Blue Valentine dans la façon très intime de filmer les lieux et les personnages). Le problème est que son réalisateur, Jason Lew, s’il a bien réfléchi ses situations “fortes”, ne sait pas comment les amener. Que Doris ait l’idée instantanée de se cacher dans une cage de voyage pour chien, plutôt qu’un placard, lorsque deux policiers tapent à la porte de Mo, paraît peu crédible en raison de la réalisation et de la situation des personnages à cet instant précis. Certes, cela provoque par la suite une séquence de tension, puisque l’on songe aux conséquences pour Mo si la police en vient à trouver une femme en sang dans une cage. Constamment le réalisateur bâcle l’évolution des événements et de la relation de ses personnages. Leur rapprochement se faisant de manière artificielle et expéditive – Mo et Doris passant en peu de temps de deux inconnus à deux âmes sœurs. Ainsi l’empathie pour le film dans son ensemble s’efface rapidement.

Mais le pire dans tout cela reste la manière dont Jason Lew semble renier la base même de ses personnages ; leur caractère. Mo trouve tout son intérêt dans son attitude renfermée et sa difficulté à réagir selon certains codes sociaux. Il perdra ces éléments aussitôt qu’il demandera de l’aide à un ancien codétenu. Soudain très amical, cordial et humain, sa personnalité ne fait alors plus sens. Au final, en dépit de tous les efforts de ses acteurs – Elisabeth Moss est toujours très juste et Boyd Holbrook est convaincant en brute taciturne façon Tom HardyTHE FREE WORLD ne parvient qu’à nous désespérer et ne surprend que dans sa capacité à faire constamment les mauvais choix.

Pierre Siclier
THE FREE WORLD A ÉTÉ PRÉSENTÉ EN COMPÉTITION AU FESTIVAL DE DEAUVILLE DU 2 AU 11 SEPTEMBRE 2016
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[CRITIQUE] THE FREE WORLD

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