Annie vient de déménager avec ses parents et son frère. Elle arrive dans un nouveau lycée et fait la rencontre de Jules. Rapidement les deux filles deviennent meilleures amies, et même un peu plus.

Il y a dans TEENAGE COCKTAIL quelque chose de très sucré. Comme un bonbon qui se laisse savourer et fond en bouche. Dans cette atmosphère tendre et chaude, obtenue par la photographie qui joue sur des teintes roses ou bleues, John Carchietta dévoile la vie adolescente. Une période où l’on expérimente, découvre le corps (le sien et celui des autres), et où l’on questionne sa sexualité. Ce que feront Annie et Jules ensemble. Toutes deux s’embrassant et se faisant des câlins en cachette de leurs parents. Le réalisateur filme avec une vraie délicatesse, jamais de manière intrusive ou malsaine, les corps de ses actrices, Nichole Bloom (Annie) et Fabianne Therese (Jules), d’un naturel magnifique. Très vite la séduction opère. On se croirait parfois dans un film de Sofia Coppola. Les choix musicaux donnent au film une atmosphère des années 1980, prolongeant ainsi une certaine nostalgie de cette période d’insouciance inoffensive. Il n’en faut pas plus pour qu’on se sente happé par le film et envoûté par ces deux jeunes filles.

image de TEENAGE COCKTAIL

Et puis, tout en gardant cette force d’attraction, TEENAGE COCKTAIL dévie vers quelque chose de plus sombre. Dévoilant le monde d’internet où on peut gagner de l’argent en se montrant devant sa webcam. Le film évolue ainsi et devient un bonbon acidulé. On y trouve même quelque chose de Spring Breakers (2012) dans le regard porté par Carchietta sur la nouvelle génération, et dans ses choix de réalisation – une scène dans piscine qui rappelle beaucoup le film d’Harmony Korinne. Le film montre alors la vision simpliste d’une génération qui prend les choses à la légère, qui désacralise déjà l’acte sexuel et s’attend à ce que tout lui arrive dans les mains.

Mais pour autant, Carchietta ne tombe pas dans le glauque. Car il présente d’abord et avant tout la face « non dangereux » de ce monde. Un monde où des jeunes filles n’ont qu’à se montrer devant un écran. N’apparaissent même pas dénudées. Ne font parfois que dormir ou parler entre elles. Il n’est même pas encore question de sexe. Et même si cela ne minimise pas la chose, évidemment ce n’est pas le but du réalisateur, cela permet surtout de montrer la naïveté de ces personnages sans repère. La génération du « je veux, j’ai », influencée par l’apologie du vide, dans une société où tout est à portée de clic. Evidemment le film bascule lorsque les filles décident d’aller plus loin pour avoir plus. On pourra alors regretter de la part du réalisateur de pousser son film trop dans l’excès et de se perdre en chemin. Mais il en ressort néanmoins une critique de la société honnête, qui montre autant le point de vue de ces jeunes sans conscience ni compréhension de leurs actes, que des parents impuissants.

Pierre Siclier
TEENAGE COCKTAIL A ÉTÉ PRÉSENTÉ EN COMPÉTITION AU FESTIVAL DE DEAUVILLE DU 2 AU 11 SEPTEMBRE 2016

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[CRITIQUE] TEENAGE COCKTAIL

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