De l’allégresse contagieuse des vendanges bourguignonnes à la déprime parisienne, il n’y a qu’un film : deux ans après avoir dépeint les relations fraternelles dans Ce qui nous lie, brusque changement décor pour le nouveau Klapisch. Si les ingrédients majeurs de la recette du réalisateur demeurent pratiquement inchangés (acteurs fétiches en la personne de et , ville de Paris déjà explorée dans ses précédents films), DEUX MOI, malgré un propos universaliste, peine à embarquer le spectateur dans les prémices d’une histoire d’amour sur fond de monotonie urbaine. Décryptage.

Dans le hors-champ, un bruit de plus en plus caractéristique vient solliciter l’ouïe du spectateur: la symbolique des trottinettes électriques qui pullulent désormais dans les rues de la capitale n’a pas échappé à . Leurs sifflements prolongés n’ont de cesse de rappeler que l’accoutumance au renouvellement des sonorités qui parcourent une ville constitue un passage obligé pour n’importe quel citadin. Parler de ce nouveau Paris moderne qui mue au fil des saisons, des rencontres et des tendances impliquait dès lors d’intégrer cette problématique, surtout au vu du procédé narratif utilisé par le film.

Seuls sur leurs balcons respectifs, en amont de la plaine de Montmartre, Rémy (François Civil) et Mélanie (Ana Girardot) regardent au loin. Uniquement séparés par une cloison mitoyenne, ils partagent, sans le savoir, la même existence routinière: boulots stressants, relations amoureuses inexistantes, liens familiaux délicats. Plongés dans l’inextricable solitude de leur existence, ces voisins qui s’ignorent se croisent pourtant tous les jours. Que ce soit à l’épicerie orientale du coin ou dans le métro, ces derniers se croisent inlassablement sans se voir, ou plutôt, sans jamais prendre le temps de se voir. Véritable phénomène urbain ou pure genèse d’une romance future, ce choix scénaristique est sans doute le point fort du long-métrage.

Photo du film DEUX MOI

Une simple paroi sépare Mélanie et Rémi

Avec un tel titre, DEUX MOI, en plus de signaler la parfaite symétrie de deux êtres destinés à fusionner, pouvait difficilement échapper au traitement de la thématique de la quête de soi. Dans la marée humaine de la métropole, trouver sa place a rarement paru aussi difficile si l’on prend le film au pied de la lettre. Mais cette quête de la superposition parfaite entre les quotidiens de Mélanie et Rémy tourne à la redondance au fur et à mesure que le film suit son cours. Que le chat perdu par ce dernier soit retrouvé par son « double » féminin semble un peu excessif pour que le spectateur puisse véritablement s’en réjouir.

Cédric Klapisch peine ainsi à trouver le bon dosage avec cette peinture résolument universelle d’une jeunesse plongée dans la vie active et compressée par le tumulte parisien. Si le réalisateur neuilléen a identifié certaines ses problématiques actuelles, il peine toutefois à les amener avec subtilité à l’écran. L’évocation de Tinder pouvait dès lors s’éviter quelques clichés embarrassants.

Il est, de ce fait, presque frustrant de ne pas réussir à totalement adhérer à ce film sympathique tant ses protagonistes sont touchants et leurs acteurs justes. Mais peut-être qu’à force de vouloir raconter la banalité, DEUX MOI en perd son pari…et n’en est que plus banal.

Francesco

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DEUX MOI, un pari(s) cacophonique - Critique
Titre original :
Réalisation :Cédric Klapisch
Scénario :Cédric Klapisch
Acteurs principaux :François Civil, Ana Girardot, Eye Haïdara
Date de sortie :11 septembre
Durée :1h50min
2.5moyen
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