Ria (Juno Temple) fuit un homme tandis que Joseph (Timothy Spall) essaye de s’évader avec des tonnes d’alcool. Tous deux ont des choses à se reprocher et vont passer un bout de temps ensemble alors que « tout les sépare » (« away from each other » expliquerait donc le titre). Difficile d’en dire plus tant l’intérêt du film réside uniquement dans l’exploration de la personnalité de ces deux individus. AWAY est composé de flashs back et aperçus de l’avenir. Le montage non-linéaire donne au spectateur le défi de reconstruire lui-même le puzzle de leur relation et des événements qui les ont mené à se rencontrer.

Premier problème de ce dispositif artificiel : même avec toutes les pièces entre les mains on réalise que personne n’explique jamais pourquoi l’un désire passer du temps avec l’autre. Si la relation s’étoffe bien dans la durée, l’accident initial qui les met l’un en contact de l’autre ne suffit pas à comprendre ce que Ria cherche en Joseph. Du coup, la complexité du montage renvoie à un vide, on se sent floué. Les péripéties, même mises sans dessus-dessous, sont à la fois des poncifs et des événements inintéressants. AWAY apparaît alors comme un mélodrame à la trame ultra-classique, jalonnée de clichés éculés qu’un montage alambiquée tente d’élever à la dimension de puzzle cérébral.

Image tirée du film Away de David Blair

Copyright Ratio Films

Le seul intérêt de ce montage est de faire saillir des scènes fades quelques cadres à la composition originale. Fête foraine en contre-point de ce drame intime, ces joliesses voudraient nous faire croire à un conte de fée au vitriol.

AWAY dispose bien de plusieurs couches d’interprétation, mais elles sont isolées les unes des autres. L’aspect féérique ou la dimension criminelle n’interagissent pas entre elles. Dans AWAY, 1+1+1 = 0. Pourtant l’émotion est parfois à la surface, grâce au travail des acteurs et à leur direction.

Image tirée du film Away de David Blair

Copyright Ratio Films

Quelle que fut l’intention du scénariste Roger Hadfield, tous les tours de passe-passe du réalisateur David Blair n’ont réussi qu’à opacifier un lieu commun sous une tonne de maquillage. AWAY est un peu comme Divines de ce côté de la Manche. On se dit qu’en ce moment le grandiloquent misérabiliste a la côte. La recette pour faire illusion commence a être éculée : mettez une tonne de paillettes sur quelques clichés à propos des classes populaires, désamorcez l’esprit critique par une ou deux ruses de mise en scène, attendez 1h50. À déguster si on a vraiment très faim de cinéma, sinon attention à l’indigestion.

Thomas Coispel

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