She’s pregnant, and wants revenge ; she’s prevenge“* 

PREVENGE est le diagnostic que le titre impose devant la folie qui anime Ruth (Alice Lowe). Bien sûr, ce terme n’appartient pas au vocabulaire du planning familial que Ruth suit scrupuleusement. Les médecins n’ont pas imaginé qu’un jour un fœtus puisse manipuler sa mère pour la pousser au meurtre. De toute façon Ruth ne dit rien, elle n’a confiance qu’en son enfant. Sa fille qui croît en son sein réclame vengeance.

Véritable zombi par intermittence, Ruth déambule dans ce qui semble être une traque aléatoire avant que les meurtres ne fassent sens par rapport aux événements passés. Ruth est liée à ses victimes comme elle l’est à sa fille par son cordon ombilicale. Elle professe des accusations envers ses victimes pour légitimer ses actes, mais leur égoïsme en est-il la véritable raison ?

Image tirée du film Prevenge d'Alice Lowe

Copyright Western Edge Pictures

Ruth dissimule son identité pour approcher des victimes qui pourraient la reconnaître si elles n’étaient pas enfermées dans leur bulle. Elle se déguise, change de prénom voire de personnalité. Les meurtres sont horribles, les situations qui précèdent souvent hilarantes. Nous faire rire autant que sursauter d’effroi est déjà en soi une belle réussite. Alice Lowe va plus loin en interrogeant la condition sociale et psychologique des victimes, et dresser en creux le portrait de leur meurtrière. In fine, c’est le spectateur lui-même qui est invité à s’interroger sur l’égoïsme dans sa propre vie.

“Prevenge permet à Alice Lowe d’accoucher de deux créatures. Son propre bébé dont on peut voir la grossesse à l’écran et le film qu’elle a écrit, mise en scène et interprétée”.

En suivant les échanges entre Alice Lowe et l’infirmière un peu bébête qui la suit durant sa grossesse, on se dit qu’elle a du entendre plus d’une énormité durant la gestation de son enfant. “C’est elle qui vous contrôle” lâche l’infirmière à Ruth, à qui cela convient bien pour décharger sa conscience. Les interactions avec les victimes sont aussi de véritables tranches de vie. Loin d’une caricature attendue, ces séquences traduisent la généralisation de comportements pathologiques dans la société. Ruth apparaît alors comme le révélateur d’un mal bien plus insidieux. L’égoïsme n’est plus un vice ou un choix personnel, c’est toute la société qui s’est ainsi transformée dans un individualisme radical.

Image tirée du film Prevenge d'Alice Lowe

Copyright Western Edge Pictures

PREVENGE permet à Alice Lowe d’accoucher de deux créatures. Son propre bébé dont on peut voir la grossesse à l’écran et  le film qu’elle a écrit, mise en scène et interprétée. Cette double gestation est à la fois très centrée sur elle-même et ouverte à une réflexion sur la société occidentale. Pour un premier film, Alice Lowe évite l’écueil de l’autobiographie plate et transcende sa condition physique pour renaître en cinéaste. Une femme à l’écoute de son époque.

Thomas Coispel

Votre avis ?

*(Elle est enceinte, elle veut sa vengeance : elle est… Enceingeance ? vencheinte ?)

 

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Please Login to comment
avatar
  S'abonner  
Notifications :

[DINARD] PREVENGE

0