Amélie Poulain. Difficile de ne pas invoquer son nom dès que le personnage de Miss Bella Brown nous est présentée, avec sa fantaisie friponne mais aussi sa zone de confort. Une bulle de conte de fée qui ne demande qu’à être percée afin qu’elle puisse s’ouvrir au monde. Bella Brown souffre de « chlorophobie » ; les plantes la répugnent. Dommage, car son voisin à la main verte agonise de voir son jardin dépérir. THIS BEAUTIFUL FANTASTIC est bien l’histoire de leur rencontre et doit énormément à la performance des deux acteurs ( et pour le voisin). Ils arrivent à donner à leur archétype des strates d’émotions qui nous donnent envie de croire à leur relation. Les seconds rôles sont eux plus caricaturaux et servent surtout une fonction bien trop définie pour les doter d’une aura similaire.

THIS BEAUTIFUL FANTASTIC avance sur le fil très ténu qui sépare la naïveté de l’émerveillement. Rarement, il arrive au réalisateur Simon Aboud de tomber dans un excès de mièvrerie (cet arc-en-ciel guimauve, argh); la plupart du temps le film sème ici et là une poésie bucolique sans fard.

« Dans THIS BEAUTIFUL FANTASTIC, l’histoire de Bella est donc au miroir de celle de son voisin, comprendre comment cultiver son jardin (en soi comme au monde). »

Qu’est-ce qui empêche-donc THIS BEAUTIFUL FANTASTIC de tomber dans la naïveté ? La direction artistique en premier lieu est exemplaire. Des costumes aux décors en passant par l’organisation du jardin ou les motifs des dessins de Bella, le moindre détail visuel fait sens. On pourrait presque être dans du Wes Anderson, si ce n’est que jamais le cadre ou le mouvement de la caméra n’en souligne l’harmonie. Ici ou là un effet visuel nous rappelle un certain Michel Gondry, mais l’illusion se veut trop discrète pour tomber dans l’onirisme. Plutôt que de révéler l’Art comme distinct du monde réel, Simon Aboud veut nous convaincre qu’il l’est déjà incarné, partout autour de nous. Il n’y a que l’artiste « dysfonctionnel » qui ne s’aperçoit pas que son monde intérieur et celui de l’extérieur ne font qu’un. L’histoire de Bella est donc au miroir de celle de son voisin, comprendre comment cultiver son jardin (en soi comme au monde).

Image tirée du film This Beautiful Fantastic

Copyright L’Atelier d’images

Au-delà de la querelle assez anecdotique entre les deux voisins, THIS BEAUTIFUL FANTASTIC pourrait se rapprocher des « romans d’apprentissage » (« Bildungsroman »), qui ont fleuri depuis l’Allemagne du 18ème siècle. S’il y a donc bien un peu de fantastique et non de romantisme dans THIS BEAUTIFUL FANTASTIC, ce n’est pas pour nous transporter dans un autre monde mais pour nous apprendre à habiter celui ici-bas. Par les yeux de Bella on s’aperçoit alors que les plus étranges et mystérieuses créatures sont autour de nous.

Thomas Coispel

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