Sur l’île écossaise de Todday, le whisky vient à manquer. Jusqu’au jour où un navire du gouvernement britannique vient à s’échouer. Ses cales sont pleines à craquer du précieux alcool. Histoire vraie déjà adaptée en 1949 dans Whisky à gogo, le film de reprend cette anecdote de la seconde guerre mondiale. Si les prémisses prêtent bien sûr à sourire, la voix off, la photographie désincarnée et le jeu outrancier des comédiens nous mettent rapidement sur la voie d’une adaptation bâclée. Le réalisateur de WHISKY GALORE ! ne sort jamais des stéréotypes de la comédie, et l’histoire qu’il nous raconte ne dépasse pas le cadre trivial de ses prémisses. Sans véritable enjeu, les personnages se courent après dans une succession de péripéties basées sur le jeu du gendarme et des voleurs. Ça et là, on retrouve le sourire devant quelques situations un poil plus original. Malheureusement, ces deux ou trois sketchs ne sauvent pas l’ensemble.

Image tirée du film Whisky Galore !

Avec une mise en scène de téléfilm et des dialogues paresseux, on cherche encore où les auteurs ont pu insuffler leur créativité. Par exemple, les personnages s’échangent des informations qu’ils savent déjà, seulement pour dire au spectateur ce dont il a besoin. Il en ressort l’impression de regarder une pièce de boulevard avec une île écossaise pour décors de théâtre.

Malgré l’époque reculée des événements rapportés, le matériau de base était assez riche pour créer des liens avec notre quotidien, donc nous faire rire. Ainsi, la figure de l’officier n’est jamais employée comme miroir de nos propres figures d’autorité. On veut nous faire croire que l’île de Todday s’est arrêtée dans le temps, mais tout le scénario est mené par la nécessité de terminer l’histoire au plus vite. Ainsi dans cette course effrénée d’une cause à un effet, on aura raté l’opportunité de vivre aux côtés de ces habitants.

La seule corde sur laquelle Gillies MacKinnon joue sa partition est celle de la nostalgie. Couleur sépia des intérieurs et vignettage de l’image renforcent l’idée que ce passé était idéal. Sauf qu’à part les voir boire et déclamer leur amour pour le whisky, on ne semble pas autorisé à en savoir plus sur leur quotidien. Les Écossais de WHISKY GALORE ! sont alors inséparables d’une imagerie folklorique et caricaturale. Et ce ne sont pas les « r » roulés avec insistance par des comédiens en flagrant délit de cabotinage qui vont nous aider à les cerner au-delà du cliché.

« Le réalisateur de WHISKY GALORE ! ne sort jamais des stéréotypes de la comédie, et l’histoire qu’il nous raconte ne dépasse pas le cadre trivial de ses prémisses. »

A la différence de La part des Anges de Ken Loach, où le vol d’un tonneau de whisky donnait à voir avec empathie une classe sociale défavorisée, WHISKY GALORE ! n’est qu’une carte postale envoyée d’un passé qui n’a jamais existé. Il n’a pas non plus ce « petit plus » qui transforme un amas d’images, de voix et de texte en incarnation filmique. La comédie ne devrait pas être une excuse : ce n’est pas parce qu’on a envie de rire en entrant dans la salle, qu’on ne veut pas aussi rencontrer les personnes avec qui on s’amuse. Les insulaires de WHISKY GALORE ! sont restés des étrangers alors qu’on aurait aimé en faire des amis.

Thomas Coispel

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