Déjà remarqué pour la réalisation de GHOST IN THE SHELL (1995) et JINH-ROH – LA BRIGADE DES LOUPS (1999), dont la noirceur et la violence détonnent dans l’univers du film d’animation, Hiroyuki Okiura avait besoin de créer quelque chose plus joyeux. Après plus de dix ans d’intense labeur, son dernier né, LETTRE À MOMO, véritable petit bijou sorti en salles au Japon en 2012, arrivé en France en septembre dernier et seulement actuellement en DVD, est définitivement plus gai, enjoué et enfantin. Prix du Kinder Film Festival près de Tokyo et primé au Festival international du film pour enfants de New York, c’est une vraie réussite et un réel succès notamment auprès du jeune public.
LETTRE À MOMO raconte l’histoire d’un deuil chez une petite fille très imaginative. Histoire de monstres puis d’amitié, solidarité et imaginaire enfantin se mélangent de façon très joyeuse et les scènes cocasses s’enchaînent avec brio. Le scénario est servi par un dessin sur le papier remarquable qui fait appel à des pointures de l’animation.

Arrivée sur l’île de Shio avec sa mère Ikuko pour tenter de se reconstruire après le décès de son père, Momo a du mal à s’acclimater et se renferme dans une tristesse permanente. Peu à peu, des voix qu’elle seule peut entendre surgissent depuis le grenier de la maison familiale et des ombres puis des formes apparaissent… Ce sont enfin des corps bien réels et vivants que Momo découvre en ces trois yôkai (êtres surnaturels et étranges) aussi monstrueux qu’effrayants, dont la mission est de veiller sur les deux femmes le temps que l’âme du défunt gagne le ciel.

Alors que la plupart des films d’animation pour enfants conçoivent leurs créatures imaginaires comme des êtres mignons et charmants, Hiroyuki Okiura a ici recours à des yôkai qui n’ont rien de ces atouts dans l’imaginaire et le folklore japonais. Iwa est aussi massif et trapu que Mame est petit, chauve et aux yeux protubérants. Quant à Kawa, sorte d’humain à tête de poisson desséché, il provoque au prime abord de la répulsion. Le comique est d’autant plus réussi qu’ils s’affichent comme des êtres délicats, même si parfois leur pet les tire de situations bien embarrassantes ! Sauvés par leur drôlerie (ce sont de véritables gloutons) et soucieux de mener à bien leur mission, les trois yôkai occupent vite une place importante dans la vie de Momo. On s’habitue peu à peu à eux et on rit souvent de leur maladresse. Ils finiront même par porter chance à la petite fille…

« Histoire de monstres puis d’amitié, solidarité et imaginaire enfantin se mélangent de façon très joyeuse. »

Le dessin de LETTRE À MOMO a été réalisé à la main par des virtuoses de l’animation : le directeur artistique, Hiroshi Ono, a déjà fait ses preuves sur KIKI LA PETITE SORCIÈRE et l’animateur clé, Masashi Andô, est un ancien des Studios Ghibli. Il émane des dessins une vraie délicatesse, tant dans le choix des couleurs, que dans les expressions et les lignes. Les arrière-plans, réalisés au pinceau, sont de véritables tableaux et nous plongent rapidement dans un décor exotique. On découvre un mode de vie traditionnel tel qu’il peut avoir cours sur l’île qui a inspiré Hiroyuki Okiura pour les décors du film : les vergers que saccagent les yôkai, les mandarines dont ils se délectent ou encore le monorail utilisé pour fuir l’attaque d’un couple de sangliers dans la montagne, sont des éléments tirés du réel.

La lettre inachevée laissée par le père de Momo est au cœur du film, comme un fil conducteur qui rappelle la présence de l’être cher par-delà la mort même s’il ne prend forme qu’à travers quelques lettres. Tandis que le début du film montre le renfermement de la petite fille et sa difficulté à lier de nouveaux contacts notamment avec Yota, un jeune de son âge, les yôkai, qui lui en font voir de toutes les couleurs, vont, par leur espièglerie, la ramener progressivement à la vie. Le déroulement alerte du film, qui s’accélère sur la fin grâce à un dernier rebondissement, crée de l’intérêt et, après la peur liée à la découverte de ces êtres surnaturels monstrueux mais rigolos, on s’amuse beaucoup comme dans une scène de chorégraphie où monstres et humain ont enfin trouvé un semblant de complicité.

LE DVD

Ne lésinez pas sur l’achat de ce DVD car il vaut vraiment son pesant d’or. Couleurs, sons, musique, le tout est excellemment bien rendu, avec une version française et une version originale sous-titrée pour les plus courageux, ce qui permet pour cette dernière version de considérer le travail ardu des voix de doublage (Karen Miyima pour Momo). Les suppléments (une heure) sont d’une rare qualité entre l’interview du réalisateur qui revient sur la genèse du film (plus de dix ans tout de même!) et nous éclaire sur certaines scènes, et un making-of impressionnant qui suit tous les aspects de la conception et de la production du film (repérages, scénario, story-board, layout, planches d’animation, doublage…) et où l’on voit les acteurs clés au travail. Bref, un puits de renseignements pour qui désire aller au-delà du simple visionnage du film.

CASTING
Titre original : Momo e no tegami
Réalisation : Hiroyuki Okiura
Scénario : Hiroyuki Okiura
Acteurs de doublage, voix originales : Karen Miyima, Yûka, Toshiyuki Nishida, Yûichi Nagashima, Kôichi Yamadera, Daizaburo Arakawa, Cho.
Pays d’origine : Japon
Sortie : 5 février 2014 (DVD)
Durée : 2h
Distributeur : Les Films du Préau
Synopsis : Trois gouttes d’eau tombent du ciel et rebondissent sur l’épaule de Momo qui tient dans sa main une lettre inachevée écrite par son père, océanographe, disparu en mer. Cette lettre, qui commence par « Chère Momo », est restée blanche. Après ce décès, Ikuko, la mère de Momo, décide de quitter Tokyo avec sa fille et de rejoindre son île natale, l’île de Shio, située dans la mer intérieure de Seto. Les deux femmes vont habiter chez l’oncle et la tante d’Ikuko qui se réjouissent de voir arriver un peu de sang neuf sur leur île vieillissante. La maison de famille n’a pas changé depuis des années. Ikuko rayonne de bonheur à l’idée de la retrouver. Pour elle, ce décor est tout simplement merveilleux ; pour Momo, il est propice à l’ennui d’autant qu’elle n’y connaît encore personne.
Guidée par sa mère pour faire la connaissance des jeunes de l’île et aussitôt prise sous la protection du gentil Yota, Momo ne parvient cependant pas à intégrer la sympathique bande. Le jour où elle est invitée à sauter dans l’eau du haut d’un pont, elle n’y arrive pas. Elle a la tête ailleurs. Elle aimerait savoir ce que son père a voulu lui écrire avant de disparaître. Elle se souvient de la dernière fois où elle s’est disputée avec lui et se sent coupable. Un jour, elle distingue une ombre aux côtés de sa mère. Puis, dans le grenier de la maison, elle découvre que les figures d’un roman illustré ont disparu et elle entend des bruits suspects. Elle prend peur…
BANDE-ANNONCE