LITTLE BIRD est le premier long métrage du réalisateur néerlandais Boudewijn Koole. Bien reçu par la critique, il a reçu le prix du meilleur premier film et le grand prix du jury de la section génération au festival international de Berlin 2012. Boudewijn Koole a déjà réalisé un moyen métrage, Maite est passée par ici (2009) et a été le scénariste de Gilliard (1998), un documentaire sur un petit garçon de 8 ans après son opération d’une tumeur au cerveau. Mais, plus que la maladie, Boudewijn Koole s’intéresse à l’enfance et à sa part d’imaginaire qui permet d’affronter les drames de la vie.

Dans LITTLE BIRD, Jojo, 10 ans, paraît ainsi bien plus solide que son père face à l’absence de sa mère, une chanteuse de folk “partie en tournée”. Jojo a encore cette espérance en la vie, ce désir de transcender le chagrin en s’inventant des histoires, notamment grâce à ce choucas, un oiseau qu’il recueille chez lui. Même si cet oiseau fait un peu office de chimère dans ce déni de la réalité dont l’acmé sera une fête d’anniversaire fictive en l’honneur de sa mère, Jojo reste pourtant bien ancré dans le réel : face à un père colérique et au bord du gouffre, c’est lui qui tient la baraque. Il conserve toutefois des occupations de son âge et tombe même amoureux gardant cette part de naïveté souvent attendrissante. Rick Lens, choisi pour ce rôle, a une vraie crédibilité. La douceur de son visage contraste bien avec la rudesse du monde qui l’entoure comme ce père joué par Loek Peters, peu présent à l’écran.

Il y a quelque chose de très terrien dans LITTLE BIRD. On sent les personnages bien enracinés dans leur vie faite d’un quotidien souvent dur. La mère n’étant plus là, Jojo et son père sont livrés à eux-mêmes. Le Jojo de LITTLE BIRD rappelle un peu Rosetta des frères Dardenne, pour le côté terrien et cette détermination farouche du personnage principal. Boudewijn Koole nous plonge ici dans un univers au plus près de la nature, dans cette campagne hollandaise, le waterland, à l’est d’Amsterdam. Les couleurs vertes et bleues, omniprésentes dans le film, ont une profondeur et une douceur très réussies, entre les scènes dans la nature, à la maison et à la piscine où Jojo s’entraîne.

Photo du film LITTLE BIRD

On se prend de compassion pour ce petit garçon qui affronte la vie avec, pour seules armes, son choucas et son imagination. Bien que physiquement absente, la mère de Jojo (Ricky Koole dans le rôle de July) semble veiller quotidiennement sur son petit garçon : il lui parle au téléphone, lui raconte sa journée… et sa très belle voix folk berce le film avec beaucoup de douceur et de profondeur.

“Un film esthétiquement très réussi, une plongée dans le monde de l’enfance et un deuil rendu possible par l’imaginaire.”

N’oublions pas de parler du choucas, qui tient lui aussi la vedette. Le choix de cet oiseau n’est pas anodin : fidèle à vie, solidaire et affectueux, il tient le rôle idéal pour combler l’absence de July. Le choucas destiné à voler ressemble un peu à cette mère absente dont la voix clame : “I got to be free… I hope you understand”. Beaucoup de rôles sont inversés / interchangés dans le film. Jojo materne son oiseau “Chou” comme le ferait une mère – il lui apprend à traverser la route par exemple – et tient la maison comme une – presque – parfaite ménagère. Le choucas pourrait également incarner l’âme de la mère partie dans un ailleurs inconnu que Jojo tente de retenir. Lorsque le père, hostile à cette intrusion, veut relâcher l’oiseau, c’est un peu le souvenir de la mère qu’il veut libérer. On peut ainsi voir beaucoup de métaphores dans ce LITTLE BIRD. La double libération réelle et figurée (l’envol et la mort) du choucas marquera une réconciliation – jusqu’alors impossible – entre les deux hommes et le passage de Jojo au monde adulte : au générique de fin, on le verra tenter un baiser envers Yenthe en mimant son père.

LITTLE BIRD est un film esthétiquement très réussi, une plongée dans le monde de l’enfance et un deuil rendu possible par l’imaginaire.

LE DVD

Pas de bonus pour ce dvd distribué par Les films du paradoxe. La qualité des images est excellente tout comme la bande-son composée des chansons de Ricky Koole, une actrice et chanteuse célèbre aux Pays-Bas, qui interprète donc le rôle de la mère, July.

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CASTING
Titre original : Kauwboy
Réalisation : Boudewijn Koole
Scénario : Boudewijn Koole, Jolein Laarman
Acteurs principaux : Rick Lens, Loek Peters, Cahit Ölmez, Susan Radder, Ricky Koole
Pays d’origine : Pays-Bas
• Sortie : 20 mars 2014 (dvd)
Durée : 1h21mn
Distributeur : Les films du Préau
Synopsis : Jojo, dix ans, est souvent livré à lui-même. Entre une mère absente et un père qui perd pied, il trouve secrètement un peu de réconfort auprès d’un choucas tombé du nid. Ce petit oiseau, pourtant plus fragile que lui, va lui donner la force d’affronter la réalité…
BANDE-ANNONCE

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[CRITIQUE DVD] LITTLE BIRD

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