« PEOPLE’S PARK, le parc des gens »

PEOPLE’S PARK est classé dans la catégorie documentaire, mais il n’en n’est pas vraiment un. Il s’agit plutôt d’une captation, en un plan séquence unique, d’un jour dans un parc en Chine (à Chengdu). L’occasion d’une immersion absolue dans le quotidien et la culture chinoise.

La démarche est absolument anthropologique. La caméra ne cherche jamais à se faire oublier, et le fait que de nombreuses personnes la voient (notamment les un milliard de gosse squ’il y a dans ce parc) cherchent à interagir avec elle, fait partie du dispositif visuel; en cela, le film peut être vu comme un documentaire. Pourtant, la caméra ne s’arrête jamais sur rien. Elle filme dans un mouvement continu d’une fluidité exemplaire. Cette image avance et ne fait que ça. Lentement, très lentement… mais inexorablement. Elle donne ainsi au film l’aspect d’une photographie de famille mouvante renforcé par l’absence de sons compréhensibles ou même de sous-titrages, et captant une succession d’instantanés tout à fait banals mais également assez fascinants. Fascinants, oui. Mais pourquoi ?

Photo du film PEOPLE'S PARK

Déjà, parce que qu’il y a beaucoup de choses à observer. Approximativement 1 MILLION de personnes passent devant la caméra, et nombre d’entre eux racontent quelque chose par leur naturel. Puis, il y a l’observation anthropologique: chaque individu est différent du précédent mais pourtant lié par une familiarité sociale qui, à nous, spectateurs, peut facilement échapper. La culture chinoise est fantastiquement éloignée de la notre, et PEOPLE’S PARK autorise par sa « mise en scène », cette portée pédagogique discrète qui nous en apprend finalement autant que si tout avait été explicite.

J’en retiens par exemple que les chinois sont VRAIMENT très nombreux à occuper ce parc, et qu’ils le rendent ainsi particulièrement vivant. PEOPLE’S PARK présente une conception du dimanche en famille très éloignée de notre monotone sortie au parc du quartier. Justement, la notion de famille semble également radicalement différente. Ici, peu de couples, de gens solitaires. Surtout, de très nombreux groupes de 4 à 8 personnes, composés de 3 voire 4 générations ! Du gamin de 4 ans à la mamie de 80, il y a cette notion du « vivre ensemble » qui là encore, est très éloigné de nos visites à mamie 2 dimanches par an.

« Par ce plan séquence unique captant la réalité d’un parc chinois, PEOPLE’S PARK se fait un paroxysme d’anthropologie ainsi qu’une expérience unique. »

Puis, les activités existantes dans ce parc sont là aussi, variés et nombreuses, plus ou moins exotiques, plus ou moins communes. Si marcher semble être la principale, manger apparaît vite comme la seconde. Puis, faire du bateau, s’asseoir sur des bancs, jouer aux dames chinoises, calligraphier sur des pavés, faire de la poterie… Puis en groupes, danser, faire de la gym, des karaokés, des chorales ou autres orchestres… La musique est prépondérante. Qu’elle soit traditionnelle, kitsch ou moderne, la musique de ce parc est populaire, fédératrice. Elle anime toutes les activités tout en réunissant chaque génération autour d’elle.

people's park - 3

Bref, énormément de choses à observer, à déduire et à comprendre. La limite de l’ensemble est évidemment son accessibilité, puisque si les personnes passant devant la caméra ne se gênent pas pour interagir avec elle, il n’y a pour autant, aucune interaction avec le spectateur. La caméra est justement, ici, un intermédiaire qui bloque tout dialogue, tout échange. Nous déchiffrons ce que nous voyons, les « intervenants » poursuivent leur quotidien. C’est à la fois frustrant et hypnotique, c’est en tous cas une expérience qu’il est intéressant de vivre en salles, et que nous vous recommandons fortement !

Georgeslechameau

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INFORMATIONS

Peoples Park

BANDE ANNONCE

Titre original : 人民公园 Renmin gongyuan
Documentaire
Réalisation : et
Année de production : 2012
Durée : 78 minutes
Synopsis : People’s Park est un documentaire expérimental tourné dans le Parc du Peuple de Chengdu, dans la province du Sichuan. Dans un plan-séquence unique de 75 minutes, les deux jeunes cinéastes américains capturent la diversité des loisirs urbains présents dans un parc public. La caméra glisse, de manière continue, à travers le parc, filmant en panoramique des centaines de citadins chinois qui s’approprient l’espace visuel et sonore en toute liberté. Ils s’amusent, se relaxent, discutent, mangent, déambulent, chantent, pratiquent la calligraphie, et s’observent les uns les autres… jusqu’au moment où le film s’accélère, rythmé par un musique délirante. Le regard du spectateur est alors happé par une danse euphorique, semblable à une transe, où se mêlent personnes, mouvements, musique, images, et sons, marquant le point culminant du film. Ce moment procure du plaisir à l’état pur, autant que le cinéma peut le faire.