L’idée du tableau autobiographique documentaire n’est pas nouvelle. Le lituanien Jonas Mekas en a même fait sa marque de fabrique avec le genre du journal filmé dont revêt les couleurs. chronique sa propre famille – la mort, la naissance, la vie. Des séquences parfois décousues, quasiment abstraites malgré leur identité réelle : que cela soit volontaire ou non, la référence à Le Miroir de Tarkovski semble pertinente, dans cette construction chaotique et dans cette approche du cadre distante, iconique.

Le dispositif est néanmoins compliqué à définir. Difficile de séparer l’idée du hasard, la pose du réel : c’est la limite du journal filmé, qui, au-delà de son amorce fascinante – plonger dans le quotidien véritable d’un individu – peine à pousser son champ d’action plus loin que la simple documentation. THE RIVER OF LIFE ne possède pas des thèmes fondamentalement transcendants, formellement le film tombe parfois dans les travers de la laideur (cet effet « vieilli » ajouté aux rushs en post-production est franchement hideux, l’utilisation des titres est maladroite) ; laissant finalement l’impression d’assister à un film de vacances érigé en long-métrage de cinéma.

Photo du film THE RIVER OF LIFE

Ce serait pourtant mésestimer Yang Pingdao que de dénigrer ainsi son film. Le réalisateur imprime de sa personnalité dans ce témoignage, et c’est ce qui fait finalement tout son charme, toute sa sincérité. THE RIVER OF LIFE est d’une rare dureté, une tragédie à l’intensité pourtant inexistante qui parvient à interagir avec le spectateur de par la nature de ses images. Une nature originelle, puisqu’on ne peut pas y lire grand-chose.

« Le regard que porte le metteur en scène sur son propre foyer est à la fois tendre et terrible, mais il manque de recul. »

THE RIVER OF LIFE est un concept, mais il n’est pas une vision. Le regard que porte le metteur en scène sur son propre foyer est à la fois tendre et terrible, mais il manque de recul, d’ensemble, de finalité : tout ceci a beau émouvoir quelque peu, on peine à trouver une justification créative au film, qui tente peu et au final n’invente rien. Un objet d’art bien monotone.

KamaradeFifien

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?