Le cinéma coréen a connu une renaissance depuis plusieurs années, et a vu sa popularité croître à l’étranger avec l’explosion du genre du polar noir. Souvent avec la police au centre de l’action, dépeinte par la corruption importante qui la gangrène. ASURA : THE CITY OF MADNESS ne fait pas exception et se place sans surprise au niveau d’autres grands films du genre, qui parviennent à combiner une forme de divertissement – dans le sens blockbuster, il a d’ailleurs eu un bon succès à sa sortie en Corée du Sud – à des scénarios très sombres.

Han est un inspecteur véreux qui gère régulièrement des sales affaires du maire. Alors que celui-ci est sous enquête, Han se charge de faire taire l’unique témoin prêt à témoigner contre le maire. Seulement, après une bavure menant à la mort accidentelle d’un de ses collègues, Han se retrouve sous les projecteurs d’un procureur insatiable, décidé à faire tomber le maire. Han n’a alors pas le choix que de collaborer en trahissant le maire.

Photo du film ASURA : THE CITY OF MADNESS

Cela aurait pu être l’histoire un peu classique d’un homme corrompu, qui ira vers la rédemption en œuvrant pour le bien. Mais cela serait mal connaître le cinéma coréen. Dans ASURA : THE CITY OF MADNESS, tout réside dans la construction de ce personnage qui, étonnamment, se démarque par son incapacité à prendre une décision. En refusant de s’allier entièrement au procureur, ou de rejoindre définitivement les rangs du maire – les deux choix sont complexes puisque dans tous les cas Han risque la prison pour ses crimes du passé -, Han n’acquière jamais vraiment le statut de héros ni d’antihéros. Apparaissant toujours à contre-courant, au milieu d’une guerre qui le dépasse. Et pourtant ce n’est pas faute de croire qu’il peut dominer les batailles, se la jouant désinvolte devant les menaces du procureur, ou lorsqu’il assiste aux règlements de compte du maire.

Mais au final, chaque action qu’il entreprend lui fera mordre la poussière et il se retrouvera toujours battu. Han évolue ainsi de manière fascinante, car il se trouve au sein d’un univers qui lui est bien supérieur, mais n’en a pas conscience. On lui porte dès lors un regard bienveillant, à la fois dans la pitié et la désillusion. Car évidemment, comme lui, on ne cessera d’y croire et d’espérer qu’une victoire lui sera enfin accordée.

« Asura : the City of Madness ne fait pas exception et se place sans surprise au niveau des grands films du genre. »

Dès lors on mettrait presque de côté le reste du scénario. Une intrigue principalement composée de corruptions et de trahisons, au milieu desquelles ne pourra résister la relation entre Han et son ami d’enfance, qu’il considère comme son frère. Le dépassement de celui-ci, insistant toujours davantage sur l’inertie de Han. Kim Sung-su (dont c’est le septième long-métrage, après entre autres Musa, la princesse du désert en 2001), emporte par la qualité de sa réalisation. Sobre mais maîtrisée dans son ensemble. Le réalisateur se permet même une certaine virtuosité dans les rares séquences d’action. Une course poursuite composée de multiples mouvements de caméra, dont l’usage d’effets numériques permet d’aller d’une voiture à une autre. Ou cette scène de combat final, un massacre sanguinolent et enragé, où se succèdent les combats au corps avec une caméra à l’épaule au plus près de l’action.

Porté par le charisme de ses acteurs – Jeong Woo‑seong, mais également Hwang Jeong‑min, extrêmement inquiétant dans ce rôle de maire, totalement à l’opposé de Veteran -, et sa belle photographie, ASURA : THE CITY OF MADNESS est une plongée captivant dans un monde cruel et sans espoir, où personne ne peut ressortir vainqueur.

a été présenté au 11e Festival du Film Coréen à Paris du 25 octobre au 1er novembre 2016 au Publicis Cinémas.
Pierre Siclier

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