THE WORLD OF US apparaît comme une version longue du premier court-métrage de Yoon Ga-eun, The Taste of Salvia. On y retrouve en effet des lieux communs et la thématique de l’enfance. Cette thématique, la réalisatrice l’a travaillé tout au long de ses différents courts-métrages ; The Taste of Salvia donc, mais aussi l’adorable Sprout dans lequel une petite fille vit une vraie aventure en allant chercher des pousses de soja au marché, ainsi que Guest. Chacun émettait déjà avec une finesse notable des questionnements sur le monde adulte qui fait trop souvent défaut à l’enfant. Dans Guest, une jeune adolescente s’emporte devant les infidélités de son père, tandis que The Taste of Salvia rappelle très subtilement le danger potentiel qu’encourent les enfant – présence d’un pédophile – et que Sprout laisse toujours planer, par des détails, une atmosphère tendue.

Mais avec ces films, il ressort surtout du cinéma de Yoon Ga-eun plein de tendresse, même dans les moments les plus tragiques pour ses protagonistes. Sélectionné au Festival de Berlin de 2016, THE WORLD OF US est dans la continuité de ses réalisations précédentes ; une représentation de l’enfance d’une grande beauté, extrêmement touchante et parfois même déchirante.

Photo du film THE WORLD OF US

Sun est une enfant mise à l’écart par ses camarades de classe. Lorsque Jia, une nouvelle élève, arrive, Sun se fait enfin une amie. Les deux jeunes filles seront inséparables, du moins le temps des vacances. Car à la rentrée, Jia change de comportement et met à l’écart Sun. Il y a évidemment de la cruauté dans le monde des enfants. Mais Yoon Ga-eun évite de tomber dans le pathos le plus profond pour capter en toute simplicité une certaine réalité. Il n’y a qu’à voir la famille de Sun. Sa mère travailleuse n’en est pas moins aimante et compréhensible à l’égard de sa fille. Son père, bien que souvent absent et trop porté sur la bouteille, reste humain et ne tombe jamais dans la violence. Car la violence, se fait par les actes les plus anodins, comme la trahison d’une amie. Yoon Ga-eun mettant ainsi en avant l’importance des mots et des moqueries, elle parvient, avec la complicité de ses deux jeunes et formidables actrices, Choi Soo-In et Seoul Hye-In, à nous toucher bien davantage.

« The World of Us est dans la continuité des réalisations précédentes de Yoon Ga-eun : une représentation de l’enfance d’une grande beauté, extrêmement touchante et parfois même déchirante. »

Cette violence des mots, parfois plus forte que la violence physique, la réalisatrice nous la montre d’ailleurs avec une certaine ironie. Comme avec le petit frère de Sun, régulièrement blessé lorsqu’il joue avec un ami. Prenant avec beaucoup de légèreté le fait que son copain le frappe de temps en temps – il rétorquera à sa sœur, inquiète, que s’il le frappe à chaque fois en retour il n’aura plus le temps de jouer -, il est un élément comique mais toujours pertinent au discours de Yoon Ga-eun. Nous disant qu’après tout, c’est aussi ça l’enfance, et que les disputes et les réconciliations sont finalement un quotidien trop vite oublié des adultes. Quelque chose d’absolument charmant et d’émouvant se dégage ainsi de THE WORLD OF US.

Car c’est tout en simplicité que Yoon Ga-eun parvient à dépeindre le monde de l’enfance et de l’innocence, tout en évoquant le monde adulte. Evitant d’alourdir son film par une dramaturgie trop conséquente, elle fait avant tout de la fiction aux allures de réel, où l’espoir prédomine.

THE WORLD OF US a été présenté au 11e Festival du Film Coréen à Paris du 25 octobre au 1er novembre 2016 au Publicis Cinémas.
Pierre Siclier

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