À LIRE ÉGALEMENT : une critique positive de FOXCATCHER

L’histoire : Mark et Dave Schultz, lutteurs médaillés olympiques, modestes et humbles, vivent tranquillement leur petite vie. Si Dave concilie famille et carrière, Mark, lui, vit seul, n’a pas d’autre perspective que de lutter (pour la médaille d’or, comme au quotidien).
Donc lorsque le milliardaire John du Pont lui propose de monter une équipe capable de remporter l’or aux prochains Jeux Olympiques, il accepte, incrédule. Surtout qu’il s’agit également d’une lutte de pouvoir fraternelle.

Difficile, au début, de voir ou veut en venir Bennett Miller. Spectateurs influencés par le sujet et la mise en scène de son précédent film, LE STRATÈGE, on s’imagine d’abord un film détaillé et documenté, sur la lutte. Le début du film observe effectivement de façon clinique Mark Schultz effectuer les gestes du quotidien. Quelques scènes étirées, de luttes, montrent aussi le travail effectué par les acteurs pour être crédibles.

Puis arrive John Du Pont, et commence une seconde partie étrange ou il est question d’adaptation pervertie par la manipulation : Mark doit suivre et s’adapter à John, personnage à l’air bienveillant mais dont quelque chose dans la façon d’être, dérange.
Puis petit à petit, quelques éléments viennent perturber doucement l’utopie que Mark s’était intérieurement construite, à savoir enfin prouver au monde, et surtout à son frère, son importance.
En effet, Du Pont, par quelques détails savamment mis en scène, montre un « léger » désordre psychologique, il commence à vouloir transformer Schultz, à son image.

Photo du film FOXCATCHER © Mars Distribution

© Mars Distribution

Impossible de déceler clairement s’il s’agit d’un œdipe défaillant – rapport à cette figure maternelle écrasante, ou une homosexualité refoulée, ou un complexe d’infériorité, ou les trois à la fois, ou plus encore. Bennett Miller et Steve Carrell réussissent à rendre John Du Pont totalement nébuleux.
Sauf que ce n’est pas à force de subtilité, mais plutôt parce que ces indices de désordres psy sont complètement noyés au milieu des différentes et LONGUES scènes de . Et pourtant, là est bien le sujet du film : la surprenante conclusion du film ne laisse aucun doute.

Le gros problème du film est indubitablement son rythme.
Bennett Miller prend le parti d’étaler sur 2h12 le cheminement tragique de John Du Pont. Mais cela ne fonctionne pas. La limite entre : immersion dans la psyche de John Du Pont et ennui est franchie à partir du moment où Bennett Miller commence à chercher la performance d’acteur dans l’étirement des scènes. Il montre également un excès formel beaucoup trop appuyé (esthétique grise, plans brumeux…), et semble mû par une conscience trop sûre de son propre scénario.
Son style factice ennuie et lasse. Sur la fin du film, il ne s’agit plus que de répéter ce qui à déjà été dit et illustré. Une boucle dans laquelle le détail est censé indiquer le désordre mental et la manipulation subtile.

Cette volonté de raconter l’histoire par le détail est en général une forme de narration que j’adore, peut être même celle que je respecte le plus car c’est une façon intelligente d’inclure le spectateur dans le processus de décodage d’un film.
Pour la première fois, je remarque que cela ne fait pas tout. Bennett Miller, comme moi, semble être persuadé de la richesse de ce procédé, mais n’a pas le talent nécessaire à l’exécution de cette technique. Il échoue à intégrer un contenu suffisamment riche et donc passionnant, et noie ce manque de profondeur dans une recherche de performance d’acteurs.

« Un film au scénario intéressant mais peu étoffé, qui masque son manque de richesse par l’excès, dans la performance d’acteur et l’aspect formel. »

Hormis les peu nombreux moments, mais très bien amenés, surprenants et même drôles, où la personnalité déviante de John Du Pont fait surface, l’interprète de façon trop monocorde : normal, il n’a rien à dire.
Ruffalo, est naturellement charismatique sous l’apparence bonhomme, rien de plus.
, lui, est finalement plus subtil que les deux autres. Son personnage, semi débile / semi conscient de sa stupidité, compense comme il peut ce que son frère et son père de substitution ont, pouvoir et charisme – Le personnage et l’acteur le plus intéressant à observer.

L’interaction entre ces trois personnalités très différentes mais complémentaires lorsqu’il s’agit de donner de la puissance à un scénario et de l’emmener dans une direction imprévisible, à l’écran, ne provoque malheureusement aucune vraie étincelle car étouffée par trop de nombrilisme : Bennett Miller se regarde filmer de bons acteurs ; son dispositif de mise en avant est trop, beaucoup trop visible.

Pour résumer, je pense que le scénario du film est intéressant, mais pas suffisamment travaillé.
Bennett Miller compense cela par ce pour quoi il est reconnu (Oscar du meilleur acteur pour P.S. Hoffman, dans TRUMAN CAPOTE), trouver la performance d’acteurs. Résultat, un film inutilement long qui pourrait se résumer à une succession de mimiques insupportables.

CASTING

21 janvier 2015 Foxcatcher



CRITIQUE
– CONTRE-CRITIQUE
– FOXCATCHER – nominations aux oscars

Titre original : Foxcatcher
Réalisation : Bennet Miller
Scénario : Dan Futterman, E. Max Frye
Acteurs principaux : Channing Tatum, Steve Carell,
Pays d’origine : Etats-Unis
Sortie : 21 janvier 2015
Durée : 2h14min
sociétés de productions :Annapurna pictures; likely Story; Media Right
   Synopsis : L’histoire vraie des frères Schultz et du milliardaire John du Pont. 

BANDE-ANNONCE