En suivant une histoire d’amour chaotique entre deux femmes dans le quartier de Skid Row à Los Angeles, GAME GIRLS dresse un portrait intimiste d’une Amérique déchue.

Le film démarre sur une longue logorrhée nocturne de Teri, jeans baggy blanc sous les fesses, qui jure comme une folle et insulte tout le monde. Le décor est planté. Une rue avec des tentes de fortune, des murs taggés, des déchets éparpillés, des âmes perdues dans l’enfer de Skid Row, quartier insalubre et “capitale“ des sans-abri de Los Angeles, renommé “cité des anges déchus“.  Nous sommes très loin de l’image carte postale des villas avec piscine qui caractérise d’habitude LA au cinéma.

Teri attend devant la prison où son amoureuse Tiahna est incarcérée depuis plusieurs mois pour trafic de drogue. Pas le choix pour survivre dans ce ghetto. “Faut bien gagner un peu d’argent”. Entre minima sociaux et débrouille solidaire, ces “anges déchus” tentent tant bien que mal d’accepter un destin qui ne laisse que peu d’horizon. Reste l’amour, parfois violent, parfois très tendre qui s’exprime comme une fleur sort du béton.Photo du film GAME GIRLSLa réalisatrice Alina Skrzeszewska a vécu plusieurs années à Skid Row où elle a tourné son premier documentaire Song from the Nickel en 2010. Elle connait donc bien ce quartier, ces hommes et ces femmes  brisés. C’est en montant des ateliers d’art thérapie avec ces femmes, que la cinéaste a rencontré Teri. De son histoire d’amour avec Tiahna a émergé l’idée d’un film, à la fois portrait collectif d’une population en marge et récit d’un amour aussi tumultueux que salvateur.

Lors de ces ateliers, les paroles des femmes de Skid Row se libèrent. Elles ont vécu des tragédies familiales inconcevables. Chacune tour à tour raconte ses blessures, ses traumas en mettant en scène des petites figurines. Au-delà de l’émotion qui traverse ces confessions,  les scènes d’atelier dévoile le terrible sort auxquelles leurs vies semblent les avoir condamnées d’avance.

Reste l’amour, parfois violent, parfois très tendre qui s’exprime comme une fleur sort du béton.

Alina Skrzeszewska a su trouver la bonne distance, celle qui lui permet de filmer ce couple atypique et bancal comme elle l’aurait fait dans une fiction. Elle sait aussi éloigner sa caméra et éviter ce qui pourrait devenir de la condescendance. Si parfois leur accoutrement ou leur manière violente de se parler peut prêter à sourire ou nous embarrasser une demi seconde, on est très vite rattrapé par leur histoire, leurs présences, leur combat pour se débattre dans cette jungle entre espoir, amour et déchirement. En filmant les deux amantes écorchées, GAME GIRLS, loin de tout jugement, témoigne de leur calvaire tout en réhabilitant leur dignité d’êtres humains animés par le même moteur universel : l’amour.

Le film évoque également le mouvement né en 2013, “Black Lives matter”, les violences policières subies, les souffrances et difficultés incommensurables qui ponctuent leur quotidien et les détours presque inévitables vers la case prison. Comment survivre dans un lieu qui ne promet rien de meilleur ? Comment continuer à aimer et à croire en la vie ? L’une des réponses de GAME GIRLS semble se trouver dans la solidarité et la bienveillance qui continue de les relier au monde.

Anne Laure Farges

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GAME GIRLS, portrait d'une Amérique déchue - Critique
Titre original : Game Girls
Réalisation : Alina Skrzeszewska
Date de sortie : 21 novembre 2018
Durée : 1h25min
3.5L.A. confidential
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