On n’irait pas jusqu’à qualifier GIVE ME LIBERTY de « puissant ». Pourtant ce film énergique, qui fait le constat d’une société américaine dysfonctionnelle, reste bien assez fort pour nous secouer intelligemment.

Quoi de plus évocateur que GIVE ME LIBERTY, « Donne moi la liberté » en français. s’enfonce dans l’Amérique des déclassés pour offrir un tableau social fiévreux et percutant.
Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs et à Sundance, le film a tout de la caricature du cinéma indépendant : Un jeune homme qui cherche sa voie dans la misère du quotidien. Le film commence avec la leçon d’un homme tétraplégique faite à ce jeune garçon, répondant au nom de Vic. « Quand on a l’amour on a tout » lui fait-il remarquer. Si cela semble encore plus caricatural que ça l’est vraiment dans le film, c’est bien l’amour du prochain qui pulse notre héros, empêtré dans un sacré bordel sociétal. Selon GIVE ME LIBERTY, l’amour nous fait tenir.

Vic a 25 ans, il a des origines russes. Il gagne sa croûte en tant que chauffeur de bus pour handicapés. A peine le soleil se lève qu’il est déjà levé, lui. Il souffle, il court, il se crève. Sur les starting blocks pour venir en aide, toujours venir en aide. Entre papi qui manque de faire sauter l’appartement et cette personne obèse qu’il faut amener jusqu’à son restaurant préféré, il faut également venir à la rescousse d’une petite troupe de septuagénaires russes voulant se rendre à l’enterrement de la voisine. Les clients s’accumulent à mesure que les routes causent, elles aussi, leurs problèmes… Du retard, du retard, du retard : les nerfs sont à vif mais ne craquent pas, le jeune conducteur dévale dans un road-trip infernal.
La journée devient affreusement incontrôlable, entre menaces de licenciement et clients ‘attachiants’. Il faudra bien quelques moments d’humour, et des effets de style de la part du réalisateur, pour contrebalancer avec cette histoire déprimante.

Photo du film GIVE ME LIBERTY

La mise en scène est cash, énergique, alignée au rythme du jeune garçon sans qu’on ne s’attarde, paradoxalement, vraiment sur lui. Vic est une ombre et ne vit qu’à travers les autres personnages, si présents. A travers lui cependant, le portrait d’une jeunesse coincée. Pas le temps de penser à soi ni de réfléchir sur son avenir. Encore moins d’avoir une once d’ambition : ici il faut d’abord conjuguer avec les obstacles d’un quotidien rabaissant. Le visage gris et les yeux fatigués, il transpire cette vie sans illusions, partagée avec des millions d’autres jeunes compatriotes. Le sourire est pourtant beau lorsqu’il fait marcher un tourne-disque bricolé par ses soins. La magie de l’instant, partagé avec l’une de ses clientes en fauteuil, semble enfin arrêter le temps. Ce sera la seule véritable étincelle revigorante.

Et derrière tous ces gens, l’Amérique des laissés-pour-compte. Les noirs, les vieux, les handicapés, la dépendance, l’insécurité, la misère et le quotidien que cela engendre… Le mix est désolant. Au cours du film, « Born in the USA » (Bruce Springsteen), chantée lors d’un concours entre déficients mentaux, résonne fortement.« Né aux Etats-Unis », oui. Voilà ce qu’elle est, cette Amérique minable et dysfonctionnelle, balayant d’un trait ceux qui ne rentrent pas dans le moule. Et, en voyant les sourires des russes tout au long du film, on se demande si la vie ne serait pas mieux à l’Est… Make America Great Again.

« Vivre sa vie le mieux possible » sera la dernière leçon du film. C’est ce qu’il reste à faire, effectivement…

Yohann

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GIVE ME LIBERTY, les U.S.A. des laissés-pour-compte - Critique
Titre original :
Réalisation : Kirill Mikhanovsky
Scénario : Kirill Mikhanovsky, Alice Austen
Acteurs principaux : ,
Date de sortie : 2
Durée : 1h50min
3.5Percutant
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