Pour son premier film, choisit le mélange des genres avec une série B simple mais efficace produite par . Le français ne perd pas de temps à mettre en place son survival post-apocalyptique : un désert, une héroïne badass, un flingue et un gros 4×4 à la Mad Max… Le décor est planté.

Une efficacité de mise en scène installe très vite les enjeux du film dans une exposition prometteuse. Nourri d’une influence très américaine, Mathieu Turi nous envoie deux séquences brillamment orchestrées histoire de nous annoncer qu’en termes de genre, le frenchy en a sous le capot. Alors qu’un zombie infecté est enfermé dans une caravane, Juliette (la survivante interprétée par ) entre à son tour pour un face à face explosif. La caméra reste à l’extérieur et commence à tourner autour du véhicule comme pour suivre le duel qui fait rage à l’intérieur. A travers cette scène, le réalisateur fait la démonstration de sa parfaite maîtrise du genre, une bonne gestion du hors champ, une importance particulière accordée au sound design ainsi qu’un sens averti du timing. Mathieu Turi peut alors dérouler son intrigue et développer son personnage en toute quiétude, les premières vingt minutes ont fait leur taf.

Photo du film HOSTILE

© 2018 Next Film Distribution

est fragmenté en deux parties distinctes, chacune relevant d’un genre différent. La première, le présent, est régit par les codes du survival post-apocalyptique et la seconde, celle des flash-back, est soumise aux conventions du drame romantique. La construction dramaturgique du film repose sur cet aller-retour, certes, original mais non moins dangereux. Car s’ils apportent une back story sensée étoffer le personnage de Juliette et ainsi justifier sa survie héroïque, les retours dans le passé cassent plus d’une fois le rythme du survival, emportant avec eux tous ses enjeux. Le réalisateur fait le choix d’accorder la même importance aux deux parties, ce qui peut engendrer une sensation de mouvement cyclique légèrement redondant.

Photo du film HOSTILE

© 2018 Next Film Distribution

De plus, la mise en scène de Mathieu Turi se montre davantage virtuose dans la partie survival. C’est en effet dans ce genre que le français se montre le plus efficace et le plus percutant, redoublant d’inventivité et de fraîcheur là où la partie des souvenirs se révèle plus laborieuse, cantonnée à une grammaire en champ/contre-champ et ne parvenant pas à éviter certains clichés relatifs au genre. Malgré ces quelques points faibles, l’auteur-réalisateur fait preuve d’ingéniosité dans la conclusion de son film qui voit s’entremêler les deux genres initialement opposés. Dans un final surprenant, Mathieu Turi offre une dialectique bienvenue à son procédé narratif.

Photo du film HOSTILE

© 2018 Next Film Distribution

Par ailleurs, le cinéma de série B est une zone d’expérimentation idéale, elle sert à façonner un genre et à en éprouver les limites. Par de nombreux aspects, HOSTILE est une pierre de plus ajoutée à l’édifice cinéma de genre à la française encore en construction. Avec un budget de 1 million d’euros, dérisoire comparé aux moyens mis en œuvre par la concurrence étrangère,  Mathieu Turi et ses producteurs font la démonstration d’un savoir-faire indéniable. La filiation avec Xavier Gens, auteur du cultissime Frontière(s)  et co-producteur d’HOSTILE, est plus que symbolique. C’est le passage de témoin d’une génération à une autre pour pérenniser un combat mené de longue halène. Il est indéniable qu’une culture du film de genre s’enracine peu à peu dans le paysage cinématographique français. Il serait temps de rendre hommage à ceux qui luttent dans l’ombre pour l’avènement d’un cinéma de genre à la française. Loin des essais pompeux et des coups de productions sans âme, HOSTILE propose une série B séduisante à l’écriture sincère.

Aurélien Milhaud

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HOSTILE, une série B à la croisée des genres - Critique
Titre original : Hostile
Réalisation : Mathieu Turi
Scénario : Mathieu Turi
Acteurs principaux : Brittany Ashworth, Gregory Fitoussi,
Date de sortie :
Durée : 1h23min
3.0pas mal
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