La Corée du Nord a essayé mais elle a échoué. Oui, après un mois de « Gate » et diverses péripéties (dont vous pouvez retrouver un très bon résumé sur notre site), THE INTERVIEW est bien sorti dans les salles américaines le 25 décembre. Le parc de 300 salles est bien inférieur à celui de 3000 prévu initialement mais peu importe, l’essentiel est là : Sony n’a pas cédé. Le geste est fort, la pression l’était encore plus. On parle quand même de cyber-attaques et de menaces d’attentats, des arguments de poids qui auraient de quoi décourager plus d’un distributeur. En l’espace d’un mois, on se serait cru plonger au beau milieu d’un thriller à la Michael Mann. C’est peu de dire que nous avons fantasmé le film avec toute cette affaire. Alors qu’à la base, inutile de mentir, c’était une sortie à laquelle nous allions être attentifs sans pour autant faire preuve d’une impatience démesurée. Tout d’un coup l’aura du projet s’est décuplée, nous sommes tous devenus défenseur de la liberté d’expression. Il n’était même plus question de l’hypothétique qualité du métrage. L’engouement collectif au sein de la communauté geeks s’est traduit sur IMDB, où le film a atteint la note globale de 9.9/10 à la veille de sa sortie en salles. Avec une telle note, il a accédé, l’espace de quelques temps, au statut de meilleur film de tous les temps. Rien de moins. THE INTERVIEW était donc devenu plus qu’un film, c’était devenu un objet sacré destiné à l’appellation souvent galvaudée de  » film culte ». Il y a comme ça, dans l’histoire du cinéma, des métrages dont la conception ou une simple anecdote hors du commun vient bouleverser la façon dont ils seront perçus par le public. Et on sait que les amoureux de la pop-culture raffolent de ces cas.

© Sony Pictures Releasing GmbH

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Au fond, Seth Rogen, James Franco et (réalisateur de This is the End) peuvent remercier la Corée du Nord. Sans toute cette histoire, le film aurait sûrement fait son petit bruit dans les premières semaines de sa sortie avant d’être rangé gentiment dans la catégorie des comédies américaines sympathiques. Ce déroulement aurait été bénéfique au film à l’heure de livrer un verdict sur son cas. Impossible de nier qu’avec tout ce battage médiatique, l’exigence s’est vue considérablement démultipliée. Oui, THE INTERVIEW est une déception. Rogen et sa clique livrent un film égocentrique, en forme de private joke où ils exaucent leurs fantasmes de cinéphiles. Cette entreprise a débuté avec Délire Express pour se prolonger avec This is the End l’an dernier et THE INTERVIEW aujourd’hui. Petit à petit, cette bande de fous furieux est en train de se constituer une œuvre somme destinée à assouvir leurs délires de geeks. Comme si The Big Bang Theory avait muté en des films disposant de budgets plus conséquents. Des œuvres s’adressant à une certaine communauté (les geeks, pour ceux qui ne suivent pas) et basées sur un assemblage de délires. Puis au diable les contraintes scénaristiques et l’écriture des personnages. Le fossé entre ces films et ceux d’Edgar Wright (Le Dernier Pub avant la fin du monde) se situe sur ce point. Parce que le réalisateur/scénariste britannique a compris que la qualité de l’écriture était une composante essentielle, même lorsque son cœur de cible n’est pas forcément le très grand public. A partir de là que reste-t-il ? On ne peut pas reprocher l’humour con-con et gras si on connaît un peu le style de la maison. Par contre la relative sagesse de l’ensemble a de quoi nous laisser sur notre faim. Rien de bien sulfureux ou de polémique au menu. Tout ça pour ça ? La formule est facile et pourtant tellement justifiée.

« THE INTERVIEW peut remercier la Corée du Nord. Sans ce Sony-Gate, le film aurait sûrement fini rangé dans la catégorie des comédies américaines sympathiques »

THE INTERVIEW n’est rien d’autre qu’une grosse blague inoffensive de la part de trentenaires encore adolescents mentalement. Ils ne tentent pas de critiquer la figure tyrannique Kim Jong Un et d’en faire un film mordant. Ils préfèrent s’amuser avec cette figure en lui faisant faire n’importe quoi comme des enfants avec leur nouvelle figurine. Le point plus réjouissant dans tout ça reste la liberté de tons. Digressions à foison, show omniprésent, blagues lourdingues, passage d’un genre à l’autre. Cette liberté dépasse le cadre purement filmique lorsque Sony décide de ne pas céder en sortant le film ou quand le duo Rogen/Franco se moque de la censure en dévoilant, lors d’un show assez drôle, des (fausses) photos de leur intimité. Seth Rogen, James Franco et Evan Goldberg seront certainement contents, tout est en place pour que THE INTERVIEW laisse une marque indélébile dans le folklore de la pop-culture dont ils sont issus. On ne doute pas une seule seconde que ces rigolos doivent déjà discuter, autours de dizaines de bières et un joint à la bouche, de leur prochaine farce. Dans quelques années, lorsqu’il s’agira d’évoquer le film rétrospectivement, il ne sera même pas nécessaire de l’avoir vu pour en parler. Il suffira simplement de connaître l’histoire qui a précédé sa sortie. Et c’est probablement ce qui pouvait lui arriver de mieux.

INFORMATIONS

L'Interview qui tue



CRITIQUE
CONTRE CRITIQUE
SONY GATE / THE INTERVIEW

Titre original :
Réalisation : et Evan Goldberg
Scénario : Dan Sterling, Seth Rogen et Evan Goldberg
Acteurs principaux : James Franco, Seth Rogen, Lizzy Caplan
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 28 janvier 2015
Durée : 1h52min
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Synopsis : Un animateur de talk show et son producteur se retrouvent impliqués dans un complot meurtrier à l’échelle internationale.

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