INFORMATIONS

Titre original :
Réalisation :
Scénario : Thomas Cailley,
Acteurs principaux : , ,
Pays d’origine : France
Sortie : 20 août 2014
Durée : 1h38min
Distributeur : Haut et Court

 Synopsis :
Entre ses potes et l’entreprise familiale, l’été d’Arnaud s’annonce tranquille…
Tranquille jusqu’à sa rencontre avec Madeleine, aussi belle que cassante, bloc de muscles tendus et de prophéties catastrophiques. Il ne s’attend à rien ; elle se prépare au pire.
Jusqu’où la suivre alors qu’elle ne lui a rien demandé ?
C’est une histoire d’amour. Ou une histoire de survie. Ou les deux.

Interview de THOMAS CAILLEY
réalisateur du film LES COMBATTANTS

Il s’agit du premier long métrage de Thomas Cailley, après le court Paris Shanghaï.
Et c’est peu dire que LES COMBATTANTS est réussi. Le réalisateur parvient à capter énormément de choses, à filmer avec expressivité et à tout canaliser sur pellicule. Le blog du Cinéma avait, du coup, pas mal de questions à lui poser. ça tombe bien !  Thomas Cailley a  beaucoup de choses passionnantes à nous dire à propos de son film.

© Droits réservés

Thomas Cailley © Droits réservés

le Blog du Cinéma – Comment vous est venue l’idée du film ?

Thomas Cailley : D’une promenade dans les Landes de Gascogne. Un paysage magnifique, constitué de plaines, de routes droites, de forets, et de plages.  Mais de temps à autre, on croise un relief accidenté, une foret brulée. C’est la confrontation entre ces deux types de paysages qui m’a inspiré Madeleine et Arnaud. Lui, ça serait ces étendues plates et mornes, comme son univers, son parcours de vie. Tracé, rectiligne. Madeleine, à l’inverse, serait ce feu qui peut ravager subitement ce paysage, et par là, ramener une forme de beauté.

Parlez nous de vos personnages, Madeleine et Arnaud.

T.C. La personnalité de Madeleine, je l’ai développée en m’inspirant d’une émission télé : Man Versus Wild. Le protagoniste principal, Bear Grylls, se place volontairement dans un milieu hostile et cherche, par des techniques de survie, à rejoindre la civilisation. Un homme à la limite de la folie mué par un instinct autant suicidaire, qu’ existentiel. La Madeleine des COMBATTANTS possède un peu de ça. Arnaud, lui, est défini par le creux. C’est un personnage dont la vie est tracée, sans irrégularités. Un personnage « réalité ». Madeleine incarne ce plein qui vient le remplir, et leur union constitue un tout.

Votre film pourrait s’apparenter à une comédie romantique…
Pourtant, ni vos personnages, ni les situations dans lesquelles vous les placez, n’appartiennent au stéréotypes du genre .

T.C.  Les retours que j’ai eu mettaient souvent en avant la dureté virile de Madeleine et la délicatesse sensible d’Arnaud ;  cette opposition dans la caractérisation à tendance à  désigner mes personnages comme étant de simples stéréotypes… Inversés, mais tout de même.
Pour moi, Arnaud et Madeleine sont normaux. Ce sont les stéréotypes véhiculés par le cinéma, qui ne le sont pas. J’avais donc envie de faire un documentaire sur mes personnages, car je pense représenter la réalité, avec ce couple.

Je ne voulais pas non plus raconter une histoire d’amour entre deux êtres opposés, ni même faire que mon film s’apparente à un genre. J’imaginais plutôt créer un lien, un transfert entre réalité et fiction. Cette fiction, c’est l’univers de Madeleine. Convaincue qu’il faut se préparer physiquement à la survie, car la fin du monde est proche, Elle se mure dans un monde de rigidité, de droiture, convictions illusoires. Elle représente cette alternative à la « réalité » dans laquelle Arnaud évolue. Le récit est donc centré sur elle. Suite à l’effondrement de leurs univers respectifs, ils cherchent à se créer leur propre bulle… Mais les angoisses de Madeleine prennent forme, jusqu’à se matérialiser. Le combat continuera donc après la fin du film. Malgré tout, l’évolution de Madeleine reste positive : elle aura appris, grâce à Arnaud, la confiance en l’autre.

Aviez vous en tête Adèle Haenel dès le début ?
T.C.
  Je n’ai pas écrit le scénario en pensant à un acteur ou autre. Nous avons lancé l’étape de préparation après l’écriture du scénario, des personnages.
Mais Adèle (Haenel) a été la première personne que nous avons casté pour le rôle de Madeleine,… Et ce fut une évidence. Elle nous a immédiatement bluffé, par sa personnalité folle. Elle nous à surpris car on s’imaginait la Adèle Haenel « sérieuse » de L’Apollonide, des Diables, de la Naissance des Pieuvres. Adèle, c’est une pile, qui évolue à 300 à l’heure, qui parle avec ce débit mitraillette. Sa force est d’arriver à transformer le dialogue en matière. Puis elle a dans ses yeux, ce mélange de rationnel et d’irrationnel. C’est cette énergie qu’il nous fallait pour Madeleine.

Et Kevin Azaïs ?
T.C.  Ce fut plus laborieux. Kevin était au départ, embauché pour le rôle de Xavier – un pote d’Arnaud. Nous voulions à la base, opposer à l’expérience d’Adèle, un acteur plus amateur, trouver par là, une forme d’équilibre. C’est pourquoi nous avons lancé des casting sauvages… Sans succès. Il y avait toujours quelque chose qui ne marchait pas.
Kevin, lui, assistait aux casting, pour donner la réplique aux possibles interprètes d’Arnaud. Du coup, au bout d’un moment, on l’a observé, puis déduit que c’était lui notre Arnaud.
Les personnalités de Kevin et Adèle, ont par ailleurs, considérablement fait évoluer les personnages.

© Gareth Cattermole Getty Images Europe

Kevin Azaïs, Thomas Cailley et Adèle Haenel © Gareth Cattermole Getty Images Europe

L’humour de votre film est très spécial.

T.C. Oui… On à fait le choix de miser sur le contre-temps, les transitions entre les scènes. Je cherchais une certaine musicalité dans le dialogue. Ce sont les réactions des personnages qui sont drôles, pas leur vannes. Nous voulions éviter le comique frontal : Un regard perplexe suite à une situation ou un dialogue étrange… On le faisait durer ! C’est très burlesque.
C’était dur d’ailleurs, de ne pas lâcher ça. Au bout de trois ans de tournage, après avoir vu 20 000 fois la même moue, entendu la même blague, difficile de ne pas se se demander si c’est la bonne direction à prendre. Mais on a tenu. La plus grande satisfaction a été d’entendre ce rire franc aux premières projections. À Cannes, on à montré le film 4 fois, dans une salle de 1000 personnes… Et la réaction du public, toujours positive, a vraiment validé notre entreprise.

Votre film est très drôle, mais également sensible et sensuel.

T.C. Oui, mais c’est un vrai travail à effectuer avec le spectateur. D’abord, il fallait l’immerger. Dans leurs quotidiens, leur conception du monde. C’est pourquoi on à vachement travailler à étoffer l’univers d’Arnaud, son entreprise, sa famille ses potes, puis celui de Madeleine, l’armée. La mise en scène accompagne cela, en plaçant le spectateur comme observateur distant puis en se rapprochant petit à petit des protagonistes. Ensuite, L’émotion vient vous cueillir au moment ou vous ne vous y attendiez pas. Je voulais faire intervenir le viscéral à travers le trivial.
La sensualité, elle, découle tout cela. Du rapport entre les deux acteurs principaux, de nos choix de cadrages qui rapprochent Arnaud et Madeleine presque malgré eux.

On retrouve dans certaines scènes, l’énergie des Beaux Gosses de Riad Sattouf… Par la musique mélancolique et éthérée, la précision des blagues, le jeu des comédiens…

T.C. Non, je ne me suis pas particulièrement inspiré de ce film… Mes goûts lorgnent plutôt du coté d’ Apatow, du buddy movie. Du burlesque à la Keaton. Des films d’aventures… Spielberg. Coté comédie française, je citerais plus Pierre Salvadori, son film : Les Apprentis, ou Les Valseuses de Bertrand Blier.
Pour le personnage de Madeleine, j’ai beaucoup pensé à Javier Bardem, dans No Country For Old Men pour sa rigidité, sa coiffure ! De manière générale, les frères Coen sont également une grande source d’inspiration. Je perçois chez eux, un grand respect envers leurs personnages, ainsi qu’une envie de coller au réel par la fiction.

Le film semble laisser le loisir aux acteurs d’improviser…

T.C.  Moi, je ne crois pas à l’improvisation, à cet héritage franco français qui impose aux comédiens : le naturel… Pour moi, ça ne fonctionne pas. Ca force les acteurs à sortir de leur rôle. Dans  Chaque dialogue était écrit. A part peut-être… Ah oui ! Ce passage ou Madeleine et Arnaud mangent autour du feu dans la forêt. c’est le seul moment ou on a laissé les comédiens apporter ce qu’ils voulaient.

L’histoire du film n’est absolument pas linéaire, imprévisible. C’est une grande force.

T.C. Notre conception du film s’est faite comme ceci :
Avec ma co-scénariste Claude Laland, on est partis d’un tableau de liège, comme ceux de l’école, sur lequel on avait mis des post-its correspondant aux étapes de notre scénario. Le film du coup, se divise en scénettes, chacune ayant un ton bien précis. Le film possède une forme d’hétérogénéité totalement assumée. On aurait pu effectivement, par la mise en scène, y apporter une unité. Au lieu de ça, on à choisi de raconter l’histoire par la forme qu’elle prend.

Vous souhaitiez raconter l’histoire et vos personnages par la mise en scène ?

T.C.  Comme je vous le disais, LES COMBATTANTS est divisé en petites scènes qui composent au final, quatre parties distinctes de l’histoire. Avec mon frère (David Cailley, Chef op du film – ndlr) on avait pensé à joindre à chaque post-it, une photo de paysage, d’une atmosphère, tirée d’un film, ou non. Notre but était d’inscrire une ambiance précise à chaque scène. Plutôt bleue, épurée au début – la partie Arnaud. Ensuite on passe sur des tons verts, l’univers de Madeleine, militaire, plus dur. Puis on avance sur une atmosphère jaune, très ocrée, lorsqu’ils se créent leur monde à eux, enfin le final, plutôt rouge, crépusculaire. Nous cherchions à illustrer la trame littéraire par une trame chromatique. Nos repérages ont suivi cette logique. Les décors correspondent à ce schéma initial. On voulait qu’ils soient un prolongement des personnages, une extension d’eux mêmes.
La mise en scène, elle aussi évolue avec leur histoire. On crée vachement de distance entre Arnaud et madeleine au début du film. Des plans américains, toujours : soit Madeleine, soit Arnaud à l’écran. L’un regarde l’autre, vice versa. Ce n’est qu’au bout d’une demi heure qu’on les a mis dans le même plan. Puis dans la troisième partie, on pouvait les placer cote à cote, la distance se réduisait. On privilégiait les plans larges au début, pour finir en augmentant les gros plans.
Le film prend ainsi la forme d’un glissement : il démarre comme une chronique, puis raconte une histoire d’amour sous des atours de film d’aventure.

LES COMBATTANTS de THOMAS CAILLEY sera à l’affiche le 20 Août 2014
Courrez y ! C’est notre film du mois.

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