Dans J’AIMERAIS QU’IL RESTE QUELQUE CHOSE, le documentariste Ludovic Cantais offre une ode très émouvante à la mémoire de ceux qui sont restés après la déportation de leurs familles.

J’AIMERAIS QU’IL RESTE QUELQUE CHOSE est un film d’une infinie tristesse, qui fait la part belle à la mémoire. Le documentariste Ludovic Cantais donne à voir des bénévoles du Mémorial de la Shoah qui accueillent des familles de déportés, recueillent leurs témoignages et collectent les archives personnelles dont elles souhaitent faire don au Mémorial. Accueillir, recueillir et se recueillir ont d’ailleurs la même étymologie latine : recolligere, à savoir « rassembler, réunir pour ne pas laisser perdre, consigner quelque chose par écrit ou d’une autre façon ». Car il s’agit ici de veiller à ne jamais oublier et faire en sorte que la mémoire vive.

Photo du film J'AIMERAI QU'IL RESTE QUELQUE CHOSE
Sous nos yeux en larmes défilent alors photographies, lettres, faux papiers, brassards de ghetto, objets sculptés. La plupart des documents collectés font référence ou ont appartenu à des personnes juives disparues dans les camps de concentration. Il faut beaucoup de courage et de confiance pour se séparer de souvenirs aussi personnels, parfois les derniers et devenus sacrés après le décès de leurs détenteurs. Car le Mémorial souhaite le plus possible conserver des pièces originales pour les exposer en tant qu’objets de musées.

J’AIMERAIS QU’IL RESTE QUELQUE CHOSE a ainsi été tourné pendant l’organisation de la cérémonie commémorative en mémoire du convoi n°67 vers le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau et le recueil de témoignages évoquant le camp d’internement de Pithiviers, dans lequel ont été internés les hommes avant leur déportation. Des hommes parfois immigrés de l’Europe de l’Est, qui avaient foi et espoir en la France, pour eux et leurs propres enfants.

J’AIMERAIS QU’IL RESTE QUELQUE CHOSE est un film indispensable, véritable hommage à la mémoire de vies humbles aux tragiques destinées.

Tous les documents et objets sont commentés par les témoins, encouragés et questionnés par les bénévoles. Des photographies parfois heureuses ou les faux-papiers salvateurs pour la famille du déporté. Les souvenirs de plus de soixante-quinze ans par les enfants des disparus sont glaçants et encore extrêmement précis. Certains témoignages de vie et de choix familiaux sont poignants, d’autres un peu moins mais on comprend que la distance dans la parole n’est qu’apparente, comme s’il leur fallait à tout prix éviter de sombrer dans le désespoir de la perte.

Une émotion est toujours présente dans J’AIMERAIS QU’IL RESTE QUELQUE CHOSE: celle de la conscience de la dernière étreinte, de la dernière lettre reçue, de la dernière preuve d’amour. Comment, en effet, ne pas avoir le cœur serré quand un témoin prononce cette phrase qui claque, mortelle et définitive : « c’est la dernière fois que j’ai vu mon père» ?  Tous les témoins expliquent qu’ils « aimeraient qu’il reste quelque chose ». Leurs dons sont effectivement utiles à la mémoire collective, preuves tangibles que les génocidaires ne sont pas parvenus à effacer la culture et la mémoire juives.

Photo du film J'AIMERAI QU'IL RESTE QUELQUE CHOSE

Lors du dépôt de documents au Mémorial, plutôt que le classique champs contre-champs, le réalisateur a eu la bonne idée de choisir un procédé plan séquence-fixe frontal. Bénévole et témoin sont ainsi filmés épaule contre épaule, dans une mise en scène qui favorise l’intimité de la confidence et inclut le spectateur dans l’échange, le faisant participer activement. La patience et la diplomatie des bénévoles sont montrées, ainsi que leurs maladresses, mais toujours leur humanité et leur empathie.

D’autres recueils se font en province, à la faveur d’un déplacement de bénévoles. La caméra est alors plus mobile, s’adaptant aux conditions moins statiques et moins formelles. Malgré un montage non linéaire des séquences qui risque de faire un peu perdre le fil au spectateur, J’AIMERAIS QU’IL RESTE QUELQUE CHOSE est un film indispensable, véritable hommage à la mémoire de vies humbles aux tragiques destinées.

Sylvie-Noëlle

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J'AIMERAIS QU'IL RESTE QUELQUE CHOSE : sauvegarder la mémoire
Titre original : J’aimerai qu’il reste quelque chose
Réalisation : Ludovic Cantais
Date de sortie :
Durée : 1h19min
3.5Note finale
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