Sympathique, le nouveau film de Clint Eastwood est sympathique. Voilà ce qu’il faudra retenir de cette énième tentative de biopic autour d’un artiste. Ou de plusieurs, comme ici présent, puisque JERSEY BOYS narre – avec peu de crédibilité – le quotidien et surtout les déboires des Four Seasons, un groupe atypique qui faisait de la pop rock dans les années 1960. Produit par Bob Gaudio et Frankie Valli (deux des membres des Four Seasons), JERSEY BOYS a tout du film de commande. Et c’est finalement ça qu’on lui reproche ! Explications.

Il est communément admis que chaque histoire possède différentes versions, en fonction du nombre de protagonistes. En insistant pour que Clint Eastwood (INVICTUS, GRAN TORINO) réalise un film autour de leur propre groupe, Bob Gaudio (joué par Erich Bergen) et Frankie Valli (interprété par John Lloyd Young) ont permis de donner leur version des faits. Du coup, pas étonnant que tous deux soient représentés de manière très manichéenne : Bob est la poule aux œufs d’or, le compositeur sans qui les Four Seasons n’auraient jamais été #1 des charts américains, tandis que Frankie est le parfait meilleur ami qui vous couvre, constamment, même après que vous ayez commis l’irréparable. L’un est accablé de tous les maux du monde, principalement parce qu’il est loyal et qu’il veut toujours trop bien faire, tandis que l’autre est un jeune puceau qui a grandi et est devenu un homme grâce au groupe, tout en restant pragmatique et fdèle à ses valeurs. Les deux autres membres, Tommy (incarné par Vincent Piazza) et Nick (joué par Michael Lomenda), devront se contenter des restes. Tommy est dépeint comme quelqu’un de vaniteux, d’imbus de sa personne, un arnaqueur hors pair qui finit par devoir payer ses dettes. De son côté, Nick est la quatrième roue du tricycle, soit le gentil chanteur dont la présence sur scène et en studio ne change pas grand-chose, mais dont on a besoin parce qu’il est le seul à supporter Tommy. Mais jusqu’à quand? Car c’est tout là l’enjeu de l’intrigue du film : pour des hommes qui n’ont connu que la misère au début de leur carrière, il est certain qu’ils finiront par se cramer les ailes.

“Un sympathique biopic, et ce malgré sa lenteur.”

Avec cette comédie musicale, Clint Eastwood en aura étonné plus d’un. Lui que l’on a tendance à assimiler à la figue du mâle viril et macho change complètement d’orientation, de registre avec JERSEY BOYS. Ce qui n’est pas plus mal. Si son film n’est pas exceptionnel, il se regarde et s’avère plutôt plaisant. A moins que vous ne soyez allergique aux chansons d’amour et aux choristes. S’il savait où il mettait les pieds en acceptant JERSEY BOYS, le réalisateur de J. EDGAR n’est pas pour autant changer ses habitudes. Ainsi, il n’est pas étonnant de voir qu’au moment de perdre sa virginité, le personnage de Bob regarde l’un de ses films. Et pour décrire Bob Crewe (interprété par Mike Doyle), on évoque un personnage “curieux” et “théâtral” pour ne pas avoir à dire explicitement qu’il est homosexuel. Une manière pour Clint Eastwood de ne pas se mouiller, de ne pas dire ce qu’il ne veut pas dire sans pour autant cacher ce qu’il pense. Autre mauvais point, l’intrigue du film est d’un banal des plus assommants. Le film ne fait pas dans l’originalité en nous montrant, étape par étape, comment se sont formés les Four Seasons, leurs petites galères, quelques anecdotes et leur tout nouveau rapport à la célébrité. Bien évidemment, on n’oublie pas l’image du producteur avide, l’oncle italien qui gère la mafia d’une main de fer, la relation de couple qui commence merveilleusement bien et se termine dans la douleur ainsi que le traditionnel élément perturbateur qui va venir sceller pour de bon le destin des héros, avant de les faire se réunir une dernière fois lors d’une scène finale chargée de sens. Bref, on s’ennuie devant ce scénario des plus convenus.

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Cela ne veut pas pour autant dire que JERSEY BOYS est un mauvais film. Bien au contraire. Avec le sérieux et la rigueur qu’on lui connaît, Clint Eastwood réussit à livrer ici un film qui ne déroge pas à son genre premier, la comédie musicale, tout en respectant (un peu trop) les codes du biopic. Si l’on aime très peu le traitement apporté à chacun des personnages principaux et le manque de punch dans l’écriture, JERSEY BOYS possède des qualités évidentes. A commencer par sa mise en scène. La direction est maîtrisée, la photographie est jolie, sans jamais être racoleuse ou fade et la musique est parfaitement mixée. Que demander de plus à ce stade là? Pas grand-chose, si vous voulez mon avis. On notera tout de même l’abondante utilisation des regards caméra qui ont pour but de nous faire entrer un peu plus dans le récit, de nous faire participer à l’intrigue et de nous donner plus d’objectivité via la subjectivité des personnages qui y ont recours. Si cela ne fonctionne que très peu, ce n’est pas bien grave: l’important c’était d’essayer !

Bien que l’on ne sache pas vraiment pour qui le film s’adresse vraiment (les nostalgiques, les groupies, les amateurs de comédie musicale?), JERSEY BOYS est tout de même un sympathique biopic, et ce malgré sa lenteur. Grâce à une excellente direction artistique et quelques répliques bien senties, Clint Eastwood parvient à nous garder éveiller pendant les 2h14. C’est déjà ça.

CASTING

Le champs-Élysées Film Festival 2014

Titre original : Jersey Boys
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Rick Elice, John Logan
Acteurs principaux : John Lloyd Young, Erich Bergen, Vincent Piazza, Michael Lomenda, Christopher Walken, Mike Doyle
Pays d’origine : Etats-Unis
Sortie : 18 JUIN 2014
Durée : 2h14mn
Distributeur : Warner Bros. France
Synopsis : Quatre garçons du New Jersey, issus d’un milieu modeste, montent le groupe «The Four Seasons» qui deviendra mythique dans les années 60. Leurs épreuves et leurs triomphes sont ponctués par les tubes emblématiques de toute une génération qui sont repris aujourd’hui par les fans de la comédie musicale…
BANDE-ANNONCE
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[critique] JERSEY BOYS

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