Affiche du film JIMMY P. (PSYCHOTHERAPIE D'UN INDIEN DES PLAINES)

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Jimmy Picard, un Indien Blackfoot ayant combattu en France, est admis à l’hôpital militaire de Topeka, au Kansas, un établissement spécialisé dans les maladies du cerveau. Jimmy Picard souffre de nombreux troubles : vertiges, cécité temporaire, perte d’audition… En l’absence de causes physiologiques, le diagnostic qui s’impose est la schizophrénie. La direction de l’hôpital décide toutefois de prendre l’avis d’un ethnologue et psychanalyste français, spécialiste des cultures amérindiennes, Georges Devereux.

Note de l’Auteur

[rating:9/10]

Titre original : Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des Plaines)
Réalisation :
Scénario : Arnaud Desplechin, ,
Acteurs principaux : Benicio del Toro,
Pays d’origine : France
Sortie : 11 septembre 2013
Durée : 1h56min
Bande-Annonce :

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Arnaud Desplechin (Rois et reine, Un conte de Noël), figure de proue du cinéma d’auteur français, nous revient en cette rentrée avec JIMMY P. (PSYCHOTHÉRAPIE D’UN INDIEN DES PLAINES). Le film, présenté au dernier festival de Cannes, bien qu’ayant reçu un accueil positif n’a remporté aucun prix.

JIMMY P. (PSYCHOTHÉRAPIE D’UN INDIEN DES PLAINES) est assurément un film estampillé Desplechin © : la psychanalyse pour trame narrative (ici de manière plus prégnante encore) et la présence de son alter ego de toujours, Mathieu Amalric. Le film tient pour base le livre de l’analyste George Devereux (fondateur de l’ethnopsychanalyse), « Psychothérapie d’un indien des plaines – réalités et rêve ». Donc premier indice, pour Devereux la réalité est plurielle. Elle est multiple car subjective et multifactorielle. Devereux ne limite pas son approche à la théorie psychanalytique, il lui additionne l’anthropologie, l’ethnologie et la linguistique. Résultat conscient et inconscient d’une série de déterminants, le patient suit l’analyse afin de devenir son propre maitre, de s’affranchir de son héritage familial, moral, religieux, culturel…

Photo du film JIMMY P. (PSYCHOTHÉRAPIE D'UN INDIEN DES PLAINES)

Le film s’articule autour de l’analyse suivie par Jimmy Picard et de la relation qui se noue avec Devereux. En fait, les deux choses se confondent dans les yeux d’Arnaud Desplechin. L’analyse est cette relation. Grâce à son talent de metteur en scène (les champs/contre champs deviennent des tourbillons, une conversation devient un duel de western aux très gros plans à la Sergio Leone), Desplechin rend compte de la porosité des personnalités de Devereux et Jimmy P. L’analyse devient une dialectique entre deux chagrins, deux âmes interpénétrées. Les deux hommes sont en situation de « dissonance cognitive ». L’un et l’autre ont fui une identité socio-culturelle lourde et douloureuse (Jimmy est issu de la tribu Black Foot et Devereux est juif hongrois) ; ils ont tous deux changé de noms.

Cette psychanalyse assimilée à une quête de légèreté, incarnée par cette relation si touchante où un indien des plaines à l’esprit lourd et encombré gagnera, in fine, les sommets.

Audace de réalisation, Desplechin filme le rêve. Habituelle pierre d’achoppement du cinéma tant la frontière avec le ridicule est mince. Ici, le pari est plutôt réussi car ces scènes ne figurent pas le rêve en lui-même mais plutôt son récit a posteriori lors des séances. Ainsi, elles sont la reconstruction commune aux deux hommes et deviennent un outil de compréhension pour le spectateur/analyste.

Photo du film JIMMY P. (PSYCHOTHÉRAPIE D'UN INDIEN DES PLAINES)

Arnaud Desplechin est un grand auteur doublé d’un excellent metteur en scène (on regrette néanmoins qu’il ne fasse pas assez confiance à son écriture et qu’il alourdisse bêtement les séances d’analyse par une musique ampoulée). Cette psychanalyse assimilée à une quête de légèreté, incarnée par cette relation si touchante où un indien des plaines à l’esprit lourd et encombré gagnera, in fine, les sommets. Honte à cette critique, j’évacue en quelques mots ce à quoi il faudrait consacrer des pages, l’interprétation. Bien qu’épaulés par une brillante mise en scène, Mathieu Amalric et surtout Benicio del Toro portent le film et sont parfaitement justes. Quelque part entre SPIDER, IN TREATMENT et LES SOPRANO, on prend notre pied avec cette expatriation du cinéma d’auteur français.