Ken Loach revient à l’Irlande, après LOOKING FOR ERIC et LA PART DES ANGES (et le très oubliable ROAD IRISH), aux conflits qui ont animé ce pays à la fresque historique.

Détendons tout de suite l’atmosphère. Oui, ce nouveau Ken Loach ressemble à ses autres films, notamment LE VENT SE LÈVE, par son sujet, son classicisme, la photographie magnifique des paysages Irlandais.
Le sujet n’est pas le même, le budget n’est pas le même, mais l’esprit Ken Loach est là. Pour le meilleur et pour le (petit) pire.

Comme d’habitude chez Ken Loach, précisément chez son très bon scénariste Paul Laverty, une grande fluidité anime le déroulement du film.

D’abord, nous sont présentés les personnages, puis le lieu éponyme, puis les enjeux.
Le vécu de Jimmy est présenté rapidement sous forme de flashbacks, qui indiquent une forme de destin dans la répétition. Jimmy Gralton, interprété avec charisme par Barry Ward, est un leader. Un rôle ingrat dans cette Irlande en conflit, mais aussi gratifiant, car il redonne au peuple l’espoir que les guerres, civile et celle contre l’état britannique, ont amoindri. Un espoir qui se manifesterait dans le rapprochement de l’autre, une vision humaniste, plus que communiste.
Les habitants du conté de Leitrim, nombreux forment un microcosme qui parvient sans peine, grâce aux très bon dialogues de Laverty à rendre compte de l’état d’esprit d’un pays en poie à des conflits intérieurs, à un niveau humain comme politique.
Sans exagérer les personnages mais en leur donnant suffisamment de profondeur, à part peut-être le propriétaire violent, Ken Loach et Laverty donnent un aperçu exhaustif de la situation tout en orientant le film pour ne laisser aucun doute quant à sa nature engagée.

Photo du film JIMMY'S HALL

Photo du film JIMMY’S HALL

Paul Laverty prend également de donner une vraie présence au Jimmy’s Hall, cet espace très spécial mixant générations, cultures, animé en permanence, par danses, chants, lectures ou juste discussions. Un lieu qui, comme s’il était de chair, transpire la joie de vivre et d’apprendre, souffre lorsqu’on l’agresse, et réussit à faire passer ces émotions au spectateur.

La présentation assez détaillée de chaque parti participe également au lien affectif du  spectateur envers la cause de Jimmy.
Chacun à un “temps de parole” qui permet d’évaluer dans leur globalité les problèmes posés, en dehors de quelques caractérisations comme celle des intérêts économiques.

C’est donc passionnant, didactique, léger ou dur quand il le faut. Un film qui réunit les qualités qu’on lui demande. Sauf que…

“Un très bon film, mais à la réalisation trop classique et lisse pour marquer les esprits.”

Le véritable problème du film, finalement, c’est cette perfection .
Car qui dit perfection dit manque d’aspérités. Le film est tellement définitif qu’il n’y à rien à en dire, sinon détailler les aspects réussis. Ce qui fait de lui, quelque part, un film inconséquent.
JIMMY’S HALL ne fournit au final, que très peu d’émotions mémorables. Sitôt fini et débriefé :
” – C’était bien?
– Ouais c’était bien.
– OK.”
Il ne reste rien à en dire. C’est souvent  le cas chez Ken Loach ; sa dernière Palme d’Or m’avait fait le même effet. C’est la conséquence du classicisme de sa mise en scène et de l’angle très fluide avec lequel il aborde ses films, de façon à laisser très peu de zones d’ombres, que ce soit pour les personnages ou concernant son point de vue engagé. En résulte un très bon film politique, mais qui ne parvient pas vraiment à provoquer le débat.
Triste, non? C’est JIMMY’S HALL de Ken Loach.

CASTING
Titre original : Jimmy’s Hall
Réalisation : Ken Loach
Scénario : Paul Laverty, Donal O’Kelly
Acteurs principaux : Barry Ward, Simone Kirby, Jim Norton
Pays d’origine : U.K., France
• Sortie : 02 Juillet 2014
Durée : 1h49mn
Distributeur : Le Pacte
Synopsis : Jimmy Gralton revient chez lui après un exil forcé aux States. Il décide de rouvrir un espace communautaire, un Dancing ou chacun peut donner et prendre des cours multiples et variés.
BANDE-ANNONCE

[critique] JIMMY’S HALL

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