JUST KIDS, le long métrage de , a été présenté en avant-première en Séances Spéciales du Festival du Film de Sarlat. On a rencontré en exclusivité le réalisateur et le jeune acteur Andrea Maggiulli, révélation du film.

JUST KIDS, réalisé par Christophe Blanc, aborde avec beaucoup de réalisme la brutalité du décès du père d’une fratrie de trois enfants. On comprend que le père était un magouilleur à la petite semaine, un joueur de poker malheureux, qui avait fait preuve de plusieurs excès de violence. Il a décidé de prendre la tangente une bonne fois pour toutes et son départ ressemble finalement à la vie qu’il semble avoir toujours menée : celle d’un égoïste, un peu lâche sur les bords. En laissant des dettes et sans donner d’explications, que va longtemps chercher son fils aîné, jeune adulte, Jack (, remarquable comme toujours).

C’est d’ailleurs le réalisateur, qu’on a rencontré au Festival du Film de Sarlat, qui interprète lui-même brièvement le père. Il admet « non pas un film autobiographique stricto sensu, mais une intimité très forte et des sensations avec des scènes précises du film qu’il a pu vivre. Jouer le rôle du père était certes un peu cathartique, mais vécu plutôt comme une appropriation, quelque chose à réinventer ».

Photo du film JUST KIDS

Le film s’attache donc aux pas de Jack et de Mathis, son jeune frère de dix ans et à leur capacité à se relever, chacun à leur manière, de ce drame. C’est le premier rôle de Andréa Maggiulli, véritable révélation du film. Le réalisateur dit qu’ « il y a beaucoup d’Andrea dans Mathis, car le jeune acteur est arrivé avec son énergie et son appétit de la vie, alors que le personnage imaginé au départ était plus solitaire et taiseux ».

Les deux frères vivaient ensemble à Grenoble avec leur père et souhaitent continuer. Car il faut bien maintenir un certain socle pour le jeune Mathis. Un juge ordonne donc la tutelle de Mathis par Jack, avec l’accord d’un oncle (Yves Caumon) et de sa femme (Véronique Volta), qui surveilleront depuis Lyon. La troisième de la fratrie, Lisa (, croisée dans L’Échange des princesses) vit déjà ailleurs et ne semble pas très impliquée dans la famille. Sans doute une façon pour elle de se protéger du malheur qui n’en finit pas de les ronger depuis quatre ans, après avoir déjà perdu leur mère d’un cancer.

JUST KIDS se révèle un film très émouvant, qui aborde bravement la solitude des orphelins et l’amour indispensable que doit se porter une fratrie pour faire son deuil.

Prendre en charge un enfant, alors qu’on est soi-même à peine sorti de l’adolescence, n’est évidemment pas une sinécure. Le film Amanda abordait déjà avec beaucoup de tendresse ce sujet du tutorat de sa nièce par son jeune oncle, suite à la disparition brutale de leur mère et sœur. Malgré la meilleure volonté du monde, et même si les deux frères sont très complices, Jack en souffre, d’autant qu’il s’oblige à ne pas s’attarder sur son deuil. En effet, sur qui pleurer quand on n’a plus d’épaules, lui qui accueille déjà le chagrin de Mathis et essaye de palier le plus possible à sa douleur ?

Jack veut montrer qu’il est fort et à la hauteur de son engagement familial, et Christophe Blanc justifie le manque d’implication émotionnelle de l’oncle et de la tante auprès de leurs neveux, et qui serre le cœur, en montrant « ces gens qui peuvent être plein de bons sentiments mais qui ne sont pas prêts, par lâcheté ou renoncement, à chambouler leur vie et à s’impliquer dans la vie future de ces jeunes ».

Photo du film JUST KIDSJUST KIDS donne très bien à voir au spectateur empathique les efforts de Jack, qui essaye tant bien que mal à mener sa vie de jeune homme. Il tombe amoureux mais il est vite rattrapé par ses nouvelles responsabilités administratives et de tuteur. Car les limites ne sont pas évidentes à donner à ce petit garçon qui, lui aussi, grandit plus vite qu’il n’aurait dû. Maintenir les habitudes scolaires, l’ordre et la propreté dans l’appartement est bien difficile et il est si tentant de manger n’importe quoi, n’importe où et n’importe quand. JUST KIDS interroge ainsi subtilement sur la construction d’un jeune qui n’a pas eu de modèle auquel se référer, sur ses failles potentielles et les doutes qui l’assaillent, et sur ce fameux passage forcé à l’âge adulte et à la maturité. Or, on sait bien que l’on ne peut rien contre le temps du deuil et des étapes, dont la colère fait partie.

Le réalisateur et ses co-scénaristes Beryl Peillard et Pierre Erwan Guillaume ont eu la bonne idée de donner à voir Jack regardant de vieilles photos et cherchant des traits de ressemblance avec son père, tout en les rejetant. Son chagrin s’exprimera d’une manière inattendue, mais finalement salvatrice. Quant à Mathis, il se prend d’affection pour un pogona qui le suit partout, et s’amuse à le photographier avec le fameux appareil photo paternel, seul héritage dont la carte mémoire n’a pas été vidée. Le petit garçon « se découvre artiste et investit un monde imaginaire, qui lui permet de se réparer et se construire ».

Avec ces photographies, le spectateur en apprend ainsi un peu plus sur l’histoire de cette famille, l’air de rien. Malgré quelques flous à propos de la vente de l’appartement, JUST KIDS se révèle un film très émouvant, que le réalisateur souhaitait « traversé par la vie malgré ces thèmes graves », qui aborde bravement la solitude des orphelins, l’assise d’une famille tout autant que l’amour indispensable que doit se porter une fratrie pour faire son deuil.

Sylvie-Noëlle

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JUST KIDS, ou comment entrer brutalement dans l'âge adulte - Critique
Titre original : Just kids
Réalisation : Christophe Blanc
Scénario : Christophe Blanc, Béryl Paillard
Acteurs principaux : Kacey Mottet-Klein, Andréa Maggiulli, Anamaria Vartolomei
Date de sortie : NP
Durée : 1h43min
3.5Émouvant
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