Présenté hors compétition au 27e Festival de Gérardmer, le premier long-métrage de Léo Karmann déploie une mise en scène ambitieuse dont le souffle romanesque rafraîchit le cinéma français.

LA DERNIÈRE VIE DE SIMON choisit le fantastique pour raconter l’histoire d’un orphelin qui veut trouver sa place au sein de sa famille d’adoption. Car si le jeune garçon possède un don, celui de prendre l’apparence de chaque personne qu’il a touché, c’est avant tout pour échapper à sa propre identité et à la peur de ne pas être aimé. Ainsi s’ouvre le film de Léo Karmann co-écrit avec , à la manière d’un véritable conte fantastique.

Pour construire sa mise en scène, le jeune réalisateur s’appuie sur une cinéphilie revendiquée où l’on reconnaît, dès la séquence d’ouverture, l’influence manifeste de Spielberg. D’abord dans la façon quasi expressionniste d’éclairer les décors qui suggère l’idée d’un surnaturel latent toujours prêt à se répandre sur le monde. C’est donc tout à fait logiquement que l’on retrouve les même puits de lumière qui viennent littéralement transpercer les intérieurs pour mieux les révéler. Un jeu fait d’ombres et de lumières pour masquer ou bien faire jaillir les vérités enfouies.

Photo du film LA DERNIÈRE VIE DE SIMON

Madeleine et Thomas © Ciné Sud

Comme chez Spielberg il y a cette volonté de placer le point de vue à hauteur d’enfant pour aller chercher l’émerveillement qui l’accompagne. Toute la première partie se construit autour du trio que forment Simon, Thomas et Madeleine, entre jeux de rôles, rêveries enfantines et pacte de sang irrévocable. Léo Karmann sait parfaitement reconstituer ce cocon merveilleux, dans une opposition du monde de l’enfance à celui anxiogène des adultes. Car c’est aussi un univers menacé par le drame et la noirceur du monde extérieur. La question du devenir est au centre des thématiques du film. Pour Simon, grandir c’est se cacher derrière un autre visage, et parmi tout ceux possibles, peut être le plus dur à affronter, le sien.

Une influence Spielbergienne que l’on retrouve également dans les mouvements de caméra, toujours ludiques, élaborés pour dynamiser l’action et le récit. Il y a dans cette mise en scène un désir criant de cinéma que le réalisateur réussit à nous communiquer à travers la générosité des moyens déployés. Une telle ambition est un souffle vivifiant sur le paysage cinématographique français habitué à des postures nettement plus confortables. Un réel tour de force tant il est facile d’imaginer le budget dérisoire alloué à ce premier long-métrage qui vient bousculer les conventions de genre.

Le film croit dur comme fer à la force de son récit ainsi qu’à la magie du cinéma pour nous le raconter. Les auteurs utilisent le registre fantastique comme une force allégorique qui porte leurs problématiques à merveille. La thématique de l’identité est renvoyée à de nombreuses reprises à travers le motif récurrent du miroir. Sans oublier la place symbolique de la forêt, le lieu du passage par excellence, celui de l’enfance à l’âge adulte, de la métamorphose et du changement. Elle devient le sanctuaire indispensable au scénario, ultime refuge intimiste et merveilleux, autour duquel se nouent et se dénouent les pistes de l’intrigue. Un topos du genre, parfaitement réutilisé par le film.

Photo du film LA DERNIÈRE VIE DE SIMON

Simon & Madeleine © 2020 Ciné Sud

Il est également important de souligner la formidable ambition romanesque qui traverse le film, insufflée dans le scénario puis transcendée par la réalisation. Lorsque la deuxième partie prend le chemin du mélodrame, de nouvelles références semblent se dessiner. Le traitement de l’histoire d’amour entre Madeleine et Simon laisse entrevoir une probable filiation avec le cinéma de Jaco Van Dormael, on pense alors à Mr. Nobody ou encore à Toto le héros. Les dimensions de l’intrigue et les arcs narratifs des personnages continuent à croître pour atteindre une grande intensité dans les émotions qu’ils convoquent. Les auteurs n’ont jamais peur du sillon que trace leur film et s’y engouffrent même avec panache, une audace qui, on l’espère, se retrouvera récompensée.

LA DERNIÈRE VIE DE SIMON raconte le parcours initiatique du jeune orphelin et matérialise ce passage à travers ses décors, de la première partie intimiste dans les intérieurs chaleureux jusqu’aux extérieurs ouverts des paysages bretons en passant par la forêt magique. Quitter le monde des enfants pour affronter celui des adultes. Une dialectique reprise dans les différents genres abordés, du film fantastique au thriller familial sans oublier le mélodrame adolescent. Le film sillonne ces paysages cinématographiques avec une légèreté virtuose et une ferveur juvénile. Sabrina B Karine et Léo Karmann ont construit un vrai projet de grand cinéma mené brillamment de bout en bout.

Hadrien Salducci

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LA DERNIÈRE VIE DE SIMON, un premier film inspiré et inspirant - Critique
Titre original : La Dernière Vie de Simon
Réalisation : Léo Karmann
Scénario : Léo Karmann, Sabrina B Karine
Acteurs principaux : , , , , , , Julie-Anne Roth, Nicolas Wanczycki,
: 05 février 2020
Durée : 1h43min
3.5prometteur
Avis des lecteurs 3 Avis

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