Il est des personnages qui étonnent, agacent ou remuent. Alain Guyard en fait partie. Ancien prof de philosophie au lycée, Alain Guyard est devenu “philo forain“ et, tel un nouveau Diogène, prêche la philosophie auprès du peuple. Il sillonne les routes de France et, loin de tout académisme, donne des cours accessibles à tous qui relèvent davantage du one man show. Alain Guyard intervient aussi bien en prison qu’auprès des puéricultrices, des assistantes sociales et bien sûr du peuple. Ses interventions visent avant tout à permettre à chacun de se ré-approprier la pensée. Car sans langage pas de pensée (et pas d’insurrection). Citant Guy Debord pour qui engager une guerre sociale passe avant tout par le terrain du langage, il affirme qu’un des grand enjeux aujourd’hui est bien la maitrise de la langue.

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Alain Guyard a une vraie gouaille et ressemble davantage à un ancien prisonnier qu’à un prof d’université. Par moment il ressemble même un peu à Lucchini version bombers et tatouages. Sa parole est belle et ses intentions aussi : convoquer les plus grands philosophes pour faire réfléchir chacun sur la valeur de sa propre existence. Une jolie façon de “foutre la merde“ comme il dit, et d’appeler à l’insurrection. Son but n’est donc pas de délivrer un concept ou une philosophie “tout en un“ mais de leur donner les outils pour les aider à construire leur propre existence.

“On va de frustration en frustration (…). La priorité c’est peut être d’arrêter de travailler et passer à autre chose, on en a les moyens“.

On l’aura compris Alain Guyard croit davantage à la tradition anarchisante des communes libres autogérées qu’à notre régime capitaliste qui selon lui fabrique des pathologies et contribue à annihiler le monde intérieur des hommes. Plus le film avance, plus on adhère à son discours plein de bon sens.

“Je fais passer des éléments de philosophie sans négliger la dimension populaire. Je suis entre Coluche et la métaphysique“

Alain Guyard

Yohan Laffort filme en parallèle des interventions du philosophe forain les hommes et les femmes qui viennent à sa rencontre : un boulanger, une assistante sociale, des personnes dans le public. Ce parti pris est d’ailleurs assez discutable dans la forme car ressemble parfois plus à un micro-trottoir qu’à une immersion dans le changement en marche insufflé par Guyard. Yohan Laffort a trouvé en Guyard un véritable personnage, et c’est bien quand il reste sur lui que son film se déploie.

Alain Guyard a deux tatouages sur les mains “Tout“ et “Rien“ comme d’autres ont le bien et le mal. Entre les deux, il y a l’Homme qui ne doit jamais perdre de vue que sa vie vaut d’être vécue. LA PHILO VAGABONDE nous rappelle cela et c’est déjà beaucoup.

 

Anne Laure Farges

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[CRITIQUE] LA PHILO VAGABONDE

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