Le prix du succès, le second long-métrage de Teddy Lussi-Modeste après l’intense Jimmy Rivière, nous emmène cette fois-ci dans les coulisses du one-man-show.

LE PRIX DU SUCCÈS aborde les nombreux renoncements qu’un homme, éprouvant le besoin de passer à l’âge adulte, doit faire. Cet homme, c’est Brahim / Tahar Rahim (Réparer les vivants). Cela fait dix ans qu’il a percé dans le monde du stand up. Il a puisé l’inspiration de ses vannes dans son milieu social, ses origines et son observation de l’évolution de la société. Sa famille, qu’il chouchoute, est très présente dans sa vie. Il lui a acheté une belle maison avec piscine, signe de nombreux chèques. Son frère Mourad / Roschdy Zem (Les hommes du feu) est une sorte d’éminence grise et de gare de triage pour Brahim. Tout passe par lui : à la fois manager, gestionnaire, chauffeur, garde du corps. Mais son comportement n’est plus à la hauteur de son rôle: il se met souvent en colère et provoque chez Brahim une grande gêne, parfois de la honte. Le monde dans lequel évolue Brahim est bien brossé: les frérots de la musique, les potos de l’humour, les soirées, le business.

Photo du film LE PRIX DU SUCCÈS

Mais Brahim est à un carrefour de sa vie d’humoriste. Il commence à s’essouffler et sa créativité est au point mort. Il est conscient d’un monde qui change et de l’importance de son image à travers les réseaux sociaux. Il a besoin de se renouveler, de ne pas rester dans le seul humour communautariste, de se professionnaliser, de passer dans la Cour des Grands. Il a tout à fait compris qu’il lui faut du sang neuf autour de lui, et que celui qui lui a mis le pied à l’étrier à ses débuts l’empêche de s’envoler plus haut.

Sa nouvelle compagne Linda / Maïwenn (Mon Roi) lui offre ce nouveau souffle. Non seulement elle le regarde comme un homme, mais elle le conseille comme metteur en scène, un peu à la manière de l’épouse de Dany Boon qui collabore à ses spectacles. Car il est connu que les auteurs humoristes sont des êtres fragiles, qui travaillent souvent en famille et ont besoin d’être rassurés par leur amour et leur bienveillance. Linda lui présente un nouveau producteur Hervé / Grégoire Colin avec lequel Brahim se sent en confiance. C’est un peu comme s’il quittait l’entreprise familiale pour monter sa propre boite, en indépendant, en homme libre.

Photo du film LE PRIX DU SUCCÈS

Evidemment, cette transition va créer le chaos pour Mourad, et dans une moindre mesure pour sa famille, qui aura bien du mal à rester objective. S’affranchir de son passé, mais surtout du regard que les siens s’obstinent à porter sur lui, sera source de souffrances. Le réalisateur et sa coscénariste Rebecca Zlotowksi (Planétarium) n’ont d’ailleurs pas hésité dans l’escalade.

 Le souci avec LE PRIX DU SUCCÈS, c’est qu’on ne peut s’empêcher d’y voir en filigrane la vie du trublion et drôlissime Jamel Debouzze, dont on se souvient qu’il a travaillé avec ses frères. Or le jeu de Tahar Rahim est tout en pudeur, voire en transparence, sans doute pour contrebalancer la gouaille de Mourad. Le réalisateur ne le montre jamais vraiment en train de rire, ni même de faire rire, et son personnage ne convainc pas. Contrairement aux interprètes de Mourad et de Linda, pour lesquels le spectateur ressent une empathie immédiate. Leurs doutes, leur façon de réagir et leur amour pour Brahim sont particulièrement émouvants. Malgré la présence de nombreux ingrédients, il manque donc à LE PRIX DU SUCCÈS une étincelle, un rire, bref, ce petit supplément d’âme, pour en faire un film poignant.

 

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] LE PRIX DU SUCCÈS
Titre original : Teddy Lussi-Modeste
Réalisation : Teddy Lussi-Modeste
Scénario : Teddy Lussi-Modeste, Rebecca Zlotowski
Acteurs principaux : Tahar Rahim, Roschdy Zem, Maïwenn
Date de sortie : 30 Août 2017
Durée : 1h32 min
3.0Note finale
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