En période de partiels, où mes illégalement grasses, illicitement hédonistes et anticonstitutionnellement épicuriennes habitudes de vies passent au second plan au profit de mes illégalement vomitives, illicitement longues et anticonstitutionnellement épuisantes révisions, je me dis que ma vie est triste. Alors je regarde LES BRASIERS DE LA COLÈRE. Et je me rends compte, en regard de celles d’autres, que ma vie n’est tout de même pas si triste, et que, même si ça fait longtemps que je n’ai pas écrit, je suis toujours aussi porté sur l’emphase astronomiquement et déraisonnablement démesurée. Et puis, il y a Christian Bale. Et je suis amoureux de Christian Bale bien entendu. Comme toute personne qui se respecte. Alors au final, je ne suis pas si triste. Non. Je suis toujours simplement le même vil et égomaniaque personnage. Cela faisait juste longtemps que je ne me l’étais prouvé, voilà tout.

Oui, mes inutiles et agaçantes introductions sont elles aussi toujours les mêmes. On ne change pas une équipe qui gagne. Parlant équipe, commençons donc par le casting (les transitions pourries, laborieuses et forcées n’ont pas quitté le navire non plus).On pourrait s’étendre sur la qualité de la distribution ou bien faire plus simple et résumé la force du casting par cette question : se payer le luxe d’avoir Forest Whitaker en second rôle n’est-il pas un indice et une preuve des talents en présence ?
Que préférez vous ? Bon, puisque c’est moi qui décide, on va quand même en parler. Si vous êtes d’un autre avis ou que mon habile interrogation vous a d’ores et déjà convaincu, sauter donc un paragraphe.

Christian Bale, Casey Affleck, Woody Harrelson, Forest Whitaker, Willem Dafoe, Sam Shepard… Bon, bon, bon. Bien entendu, tous sont parfaits. De Casey Affleck, ô combien virilement érotisé en diable en bagarreur meurtri par la guerre, à Woody Harrelson transpirant de robuste et sèche folie, en passant par un magnétique Christian Bale, le film peut donc déjà largement compter sur ces atouts là. D’autant plus que tous sont parfaits. Chacun incarne à sa manière un paumé, un oublié de l’Amérique profonde. La différence de leurs caractères et l’hétérogénéité de leurs personnages se confondent dans une portée plus universelle qui visent à toucher un propos plus global. Leurs destins personnels sont en réalité les mêmes : on assiste à leur bataille dans un monde où ils n’ont pas leur place pour tenter tout de même de s’en faire une. Ici, là, dans cet univers qui ne les a pas épargné, qui les a pris, essoré et détruit. Et chacun incarne une facette de cette Amérique profonde, solitaire et frustrante. Si Christian Bale s’occupe de nous présenter l’américain moyen sans rêve plus grand que celui de travailler dans la même usine que son père et que Casey Affleck nous montre l’aspect de la vie des militaires, Woody Harrelson se complait et réussit avec brio à nous emmener au plus profond des montagnes où l’ordre et la loi ne sont plus les mêmes.

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Le film, en effet, est une plongée viscérale dans les tréfonds de la société pour mieux en étudier et révéler les intrications et l’impact qu’elle a sur les gens. Comme mentionné plus haut, on découvre la vie de ces américains terrés dans leurs montagnes, où la loi et l’ordre sont fait non pas par la police mais bien par le caïd local. La vie plus urbaine est aussi décryptée. Voir Christian Bale et Casey Affleck se démener pour tenter de s’en sortir dans cette petite ville où tout le monde se connait, et qui n’a rien d’autre à proposer que de multiples semblables lotissements aléatoirement parsemés autour d’usines locales, constitue une partie majeure du film. Et une de ses forces. Le film vaut en effet pour son étude de l’impact de la société sur la population (et bien entendu, son impact négatif). Le film constitue alors une douce descente aux enfers dans laquelle la société joue le rôle de levier fondamental. Oppressante, étouffante, cruelle, sèche et fatale elle étend son funeste règne au fur et à mesure et finit par doucement envelopper de tendre inhumanité les protagonistes pour mieux les accompagner, lentement, vers une asphyxie mortelle mais sure. Son étreinte se fait plus ferme au décours du temps, grâce à l’étau que forme ses bras qui se serrent à chaque mésaventures, puisqu’elle se nourrit du malheur progressif des autres.

L’un des aspects les plus frappant du film est alors la multiplicité des formes de violence qu’il présente. D’abord, cette violence sociale qui participe à l’inexorable décrépitude morale et physique des acteurs. Être rejeté, ne pas se sentir à sa place, ne rien avoir et ne même pas avoir la perspective d’une amélioration constitue un poids féroce et un impact psychologique lourd encore moins guérissable qu’une plaie ouverte. Lorsque l’on a tout perdu et que l’on plus rien, jusqu’où peut on aller ? Lorsque, peut importe ce que l’on fasse, rien ne bouge, rien ne change, pourquoi continuer ? Le film est socialement très violent et adresse une bonne claque douloureuse par son installation lente et profonde au sein de l’esprit du spectateur. La violence n’est en effet jamais frontale mais se découvre, se pense. La preuve par le rôle et le destin de Christian Bale qui nous emmène vers la dérive pendant près de deux heures.

On a cependant avec Casey Affleck une transition vers la violence plus directe. Il reste une part de violence psychologique par ses traumatismes de soldats qui le conduiront vers la violence plus concrète au cours de combats clandestins. Il est la transition et le milieu entre Christian Bale et Woody Harrelson qui lui nous présente seulement un versant cru et féroce de la violence.

« Scott Cooper sait alterner les moments sentimentaux, violents ou tout simplement de vide pour toujours trouver la justesse matérielle qui sert alors au mieux son idée. »

Alors certes je présente ce film comme violent. Mais cette violence est supportable et bien amenée grâce à la réalisation. En témoigne cette hallucinante et frappante scène d’introduction qui met en scène justement Woody Harrelson faisant ce qu’il sait le mieux faire : être violent. Mais la mise en scène de l’œuvre réussit à distancer et montrer la cruauté qui se dégage par de multiples formes au cours du film : pas insoutenable comme un film de torture, pas rigolote comme un Tarantino, mais juste présentée là comme nécessaire. La violence fait partie intégrante du casting et n’est qu’une conséquence logique par la destruction des destinées qu’elle entraine et par le seul moyen vers lequel se tourner lorsque l’on finit par être dépassé qu’elle constitue.

Et Scott Cooper trouve le génie nécessaire de la mise en scène pour servir au mieux son propos. Il sait alterner les moments sentimentaux, violents ou tout simplement de vide pour toujours trouver la justesse matérielle qui sert alors au mieux son idée. Le film repose donc sur un rythme maitrisé, lent, efficace et parsemé de moments d’éclats. Chef d’orchestre, il nous présente la vie sur un rythme proche de la perfection par sa véracité. Aussi, il est nécessaire de féliciter ses qualités techniques de réalisateurs qui sont de belles promesses pour l’avenir. En témoignent deux situations qui laissent bouche bée : la première, lorsque Christian Bale pénètre dans la maison de Woody Harrelson, et la deuxième étant l’amorce de la scène finale où Christian Bale, fusil en main, tend son piège.
Et pour finir sur la réalisation, je précise juste que le tout est magnifiquement emballé par un thème musical très juste, collant parfaitement à l’univers et longtemps obsédant.

Alors pourquoi être si dithyrambique si ce n’est pour ne mettre que 8/10 ? Parce que je suis un con etc etc, nous sommes certes déjà passé par là et je ne peux qu’acquiescer, mais cette fois-ci, en plus, c’est parce que quelque chose me dérange. Ce quelque chose étant la fin du film. L’œuvre bascule en effet de la chronique sociale puissante à la cavale vengeresse et impacte alors la qualité globale du film. Enfin, je trouve. Mon père n’est pas d’accord et me soutient qu’elle s’inscrit dans une certaine logique face notamment à la violence sociale et son poids qu’elle assoit lourdement sur les épaules de chacun. Il n’a pas tort, et ça mérite débat, mais je suis en convalescence littéraire et je n’ai plus la force d’aligner des lignes.
Déjà que les précédentes n’étaient pas géniales…

CASTING
Titre original : Out Of The Furnace
Réalisation : Scott Cooper
Scénario : Brad Ingelsby, Scott Cooper
Acteurs principaux : Christian Bale, Woody Harrelson, Casey Affleck, Sam Shepard, Willem Dafoe, Forest Whitaker
Pays d’origine : Etats-Unis
Sortie : 15 Janvier 2014
Durée : 1h54mn
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Synopsis : >À Braddock, une banlieue ouvrière américaine, la seule chose dont on hérite de ses parents, c’est la misère. Comme son père, Russell Baze travaille à l’usine, mais son jeune frère Rodney a préféré s’engager dans l’armée, en espérant s’en sortir mieux. Pourtant, après quatre missions difficiles en Irak, Rodney revient brisé émotionnellement et physiquement. Lorsqu’un sale coup envoie Russell en prison, son frère cadet tente de survivre en pariant aux courses et en se vendant dans des combats de boxe. Endetté jusqu’au cou, Rodney se retrouve mêlé aux activités douteuses d’Harlan DeGroat, un caïd local sociopathe et vicieux. Peu après la libération de Russell, Rodney disparaît. Pour tenter de le sauver, Russell va devoir affronter DeGroat et sa bande. Il n’a pas peur. Il sait quoi faire. Et il va le faire, par amour pour son frère, pour sa famille, parce que c’est juste. Et tant pis si cela peut lui coûter la vie.
BANDE-ANNONCE