Le dernier film de Pierre Jolivet, Les hommes du feu, propose une immersion assez décevante au cœur d’une caserne de pompiers, proche du docu-fiction.

Pierre Jolivet, rencontré à Bordeaux pour la présentation de LES HOMMES DU FEU, dit avoir voulu «attraper la réalité de la vie d’une caserne et de ses pompiers, dont il pressentait la dimension cinématographique des situations du quotidien, parfois dramatiques». Conscient «qu’un documentariste ne passerait pas la caserne et qu’on ne le laisserait pas aller dans le feu», il a préféré le support qu’il connait le mieux: la fiction. Il a été inspiré, conseillé, relu et adoubé par ces pompiers à qui il rend en effet un bel hommage, du même genre que celui de Thomas Lilti avec son Médecin de Campagne.

Photo du film LES HOMMES DU FEU

Mais ces bonnes intentions et ces bons sentiments suffisent-ils à faire un bon film, qui parvient à tenir le spectateur en haleine et à le faire vibrer? Hélas, non. Pourtant, les ingrédients sont tous là et le cahier des charges portant sur la vie de ces hommes du feu est respecté de façon très exhaustive, mais …la sauce ne prend pas. On a connu Pierre Jolivet, dont la marque de fabrique est justement le dard qui pique via le thriller social, autrement plus inspiré (Ma petite entreprise, Mains armées). LES HOMMES DU FEU laissent la vague impression, bien que le réalisateur s’en défende, qu’il a voulu trop bien faire. Le fait de faire valider son écriture par les hautes autorités a sans eu comme conséquence de trop le contenir, comme écrasé par le poids de son sujet.

« Dans Les hommes du feu, Pierre Jolivet “attrape la réalité de la vie des pompiers” »

Car filmer caméra à l’épaule des hommes et des femmes courageux, emprunts d’humanité et pour qui être utile donne un sens à leur vie, ne suffit pas. Le réalisateur donne bien à voir quelques moments touchants, en rapport avec la mort, la naissance ou la violence urbaine. Mais l’ennui pointe assez vite le bout de son nez. Car il n’y a pas vraiment d’intrigue dans LES HOMMES DU FEU et le seul suspense consiste à savoir comment Bénédicte (Emilie Dequenne) va s’intégrer dans la petite caserne du Sud-Est, dont la pérennité n’est pas assurée, dirigée par Philippe (Roschdy Zem). Comment elle va gérer son collègue misogyne à qui elle doit prouver sa valeur, Xavier (Michaël Abiteboul, affublé d’un inutile accent du sud), seul personnage que le réalisateur s’est d’ailleurs autorisé à sortir du lot. Comment enfin elle va faire prendre conscience à son mari de l’importance de son travail, qu’elle considère comme un boulot normal. Il y a bien un vague pyromane qui traîne, mais le film est loin de viser un scénario de type Backdraft de Ron Howard, autrement plus spectaculaire.

Chroniques quotidiennes de la vie d’une petite caserne, LES HOMMES DU FEU se révèle un docu-fiction assez décevant, qui plaira à ceux qui veulent connaître le métier de pompier, voire suscitera peut-être quelques vocations.

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] LES HOMMES DU FEU
Titre original : Les hommes du feu
Réalisation : Pierre Jolivet
Scénario : Pierre Jolivet
Acteurs principaux : Roschdy Zem, Émilie Dequenne, Michaël Abiteboul
Date de sortie : 5 juillet 2017
Durée : 1h30min
2.0Décevant
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