Photo du film LES RENCONTRES D'APRÈS MINUIT

Au cœur de la nuit, un jeune couple et leur gouvernante travestie préparent une orgie. Sont attendus La Chienne, La Star, L’Etalon et L’Adolescent.

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de sortie : 13 novembre 2013
Réalisé par
Film français
Avec , , ,
Durée : 1h31min
Extrait :

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Yann Gonzalez, c’est avant tout des courts-métrages sublimes, invariablement reconnus dans les plus hautes sphères artistiques. Entracte, Je vous hais petites filles, Land Of My Dreams ou Les Astres noirs, marquaient déjà une empreinte visuelle, un style, et généraient une véritable attente à l’idée de son premier long-métrage. Si vous lisez Les Cahiers du Cinéma, vous vous en êtes surement rendus compte, pas un mois ne passe sans que soit évoqué le nom du réalisateur niçois.

Personnellement, j’étais plus que sceptique. Si l’idée de base et les quelques images arty disséminées ici et là me donnaient envie, le teaser inaugural me laissait présager le pire. Heureusement, à l’issue d’une séance riche en émotions, j’ai du me rendre à l’évidence, ce que je pensais film d’auteur prétentieux n’est en réalité qu’une comédie érotique visuellement sublime.

Entre série A et série Z, c’est un spectacle cocasse que nous propose le jeune cinéaste. On est sans cesse bousculés du rire aux larmes, du sublime maniéré à la farce crue. S’il est par exemple dur de cacher son plaisir face à une Béatrice Dalle déchaînée, fouettant Eric Cantona la bave aux lèvres et l’oeil fou, Il est aussi dur de réprimer son admiration devant l’inventivité et la maîtrise transpirant de ce premier film. En effet, chaque plan et surtout chaque décor laisse transparaître une recherche stylistique jamais superflue. D’un cimetière Ed Woodien à un intérieur futuriste, toute l’histoire du cinéma semble être référencée.

Photo du film LES RENCONTRES D'APRÈS MINUIT

Les Rencontres d’Après Minuit est une oeuvre à part, dont on ne verra sûrement jamais d’égal.

Je n’ai jamais été particulièrement amateur du cinéma français, et encore moins d’acteurs comme Béatrice Dalle, Niels Schneider, Kate Moran ou Eric Cantona, il est pourtant ici évident qu’ils brillent, déclarant leurs dialogues croustillants et absurdes avec une justesse de tous les instants. Il serait d’ailleurs nécessaire d’appuyer le talent d’écrivain de Yann Gonzalez, tant les sus-cités dialogues portent le film, et parviennent magistralement à faire rimer crudité sexuelle et poésie. Nul doute que le monologue phallique délivré par un Cantona dépressif restera dans les annales, et sera encore cité dans des dizaines d’années.

Cependant, on peut regretter le virage pris par le film dans son dernier quart, se transformant justement en ce que j’appréhendais, un film auteuriste prétentieux. Les situations invraisemblablement dramatiques s’enchaînent, la trame narrative disparaît, et les longs monologues larmoyants s’enchaînent, parfois versant dans un sentimentalisme ridicule à l’image d’une fin absurde et qui prête à sourire par son illogisme.

En définitive, Les Rencontres d’après minuit est une oeuvre à part, dont on ne verra sûrement jamais d’égal. Véritable curiosité filmique, il mêle le sublime et le grotesque dans un tohu-bohu de scènes absurdes, dans le bon sens ou le mauvais. Mais dans un paysage français affligeant, qui peine à se renouveler, on ne peut considérer ce film que comme une bienvenue bouffée d’air pur, et souhaiter tout le bonheur du monde à Yann Gonzalez pour la suite de sa carrière.

Photo du film LES RENCONTRES D'APRÈS MINUIT