Entre thriller fantastique et teen-movie, L’HEURE DE LA SORTIE est un grand film à l’heure où les messages de fin du monde se multiplient.

C’est un soleil de plomb, signant la mort de vastes étendues de blé, qui ouvre L’HEURE DE LA SORTIE. La chaleur suffocante s’infiltre par tous les pores, souille ce qui se trouve sur son tragique chemin. Les  élèves brillants du collège Saint Joseph, qui chassent cet inquiétant rayonnement brûlant leurs corps dégoulinant de sueur, pour dissiper ce malaise envahissant, n’y échappent pas. Quelque chose cloche dans ce petit microcosme scolaire et M. Hoffman (impeccable Laurent Laffite), le mesure, au grand mépris de ceux qui l’accompagnent au quotidien.Photo du film L'HEURE DE LA SORTIES’engage alors un énigmatique jeu de cache-cache, aux quatre coins du village des damnés, entre le professeur et les surdoués. Ces derniers errent au cœur des vestiges annoncés de la civilisation industrielle. II cachent les reliques de ce monde, affreux, répugnant, et s’arrogent le droit de sceller le grand témoignage du gâchis de la modernité. Et l’horreur est révélée au grand jour, le mystère s’efface devant le désespoir quand ils se préparent à quitter la vie face à l’absence d’un futur désirable. À leurs têtes, les compositions dérangeantes de Luàna Barjami et de Victor Bonnel participent, en harmonie avec la bande originale Carpenterienne de Zombie Zombie, à la diffusion d’une humeur crépusculaire qui trouve aujourd’hui un écho dans la société civile. Telles des Cassandres bien éclairées, ils crient dans le vide, mais l’incommunicabilité n’a jamais été aussi prégnante. Les aînés, censés protéger les générations à venir, sont trop occupés à combler leurs vides, absorbés par les écrans lumineux des smartphones, à se se vautrer lamentablement dans les vapeurs enivrantes de l’ivresse alors que le chaos vient silencieusement frapper à leurs portes.

Il est trop tard, il n’y a plus d’avenir.

Flirtant avec brio à la lisère du fantastique, L’HEURE DE LA SORTIE est une déflagration. Sébastien Marnier est déjà un metteur en scène accompli, il saisi ici l’opportunité du genre pour y faire rentrer le monde. Dans ce montage implacable, c’est la violence des images kaléidoscopiques tournant en boucle dans nos journaux télévisés qui enveloppe le long-métrage d’une cohérence démesurée.

L’HEURE DE LA SORTIE vient mettre au placard les dystopies en ouvrant la voie vers un nouveau genre : le film de la fin. Il est certainement trop tard et une barrière a été franchie, le monde doit se préparer à entrer dans une ère post-urgence climatique, comme si les nombreux appels à se réveiller étaient restés sans aucune réponse ou pire, simplement sacrifiés sur l’autel de la course aux profits. La fin semble inévitable, le grand crime contre l’avenir arrive à sa phase terminale et le jour du fléau approche à grands pas. Après le déclin, c’est le déluge qui s’annonce. Mais une bonne nouvelle se dessine en creux, au milieu des ténèbres : l’humanité traversa la catastrophe ensemble, unie face à l’apocalypse.

Sofiane

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L'HEURE DE LA SORTIE, le jour du fléau - Critique
Titre original : L'Heure de la sortie
Réalisation : Sébastien Marnier
Scénario : Sébastien Marnier et Elise Griffon, d'après l'oeuvre de Christophe Dufossé
Acteurs principaux : Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Pascal Greggory
Date de sortie : 9 janvier 2019
Durée : 1h43min
4.0LE JOUR DU FLÉAU
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L’HEURE DE LA SORTIE, le jour du fléau – Critique

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