cherche à rejoindre la Russie à pied depuis New York. Derrière ce projet téméraire, le réalisateur dresse un portrait délicat de l’Amérique du milieu, aussi indomptable que fragile. La beauté sincère du film est hélas entachée par ses longueurs et sa BO incongrue.

Dans une pièce grise et mal éclairée, un écran retransmet une scène de porno hardcore. Par dessus les gémissements surjoués, le maître des lieux explique à une jeune femme russe pourquoi il ne peut pas l’embaucher. Lillian comprend que son séjour new-yorkais touche à sa fin, mais au lieu de prendre le premier avion, elle décide de retourner chez elle à pied.

Ce pitch improbable s’inspire pourtant d’une histoire vraie : celle de Lillian Alling, qui a tenté l’ en 1927. Le réalisateur Andreas Horvath retranscrit le récit au présent, et fait de Lillian un personnage mystérieux et troublant. Durant toute la durée du film, elle ne prononcera pas un mot. Libre au spectateur de gamberger sur ses motivations réelles, ses pensées, ou son passé. Lillian fonce tête baissée, sans se préoccuper de l’image qu’elle renvoie. La tête de poupée effrayante qu’elle trimbale avec elle, ses collants déchirés et son air farouche lui confèrent un charme hypnotique et atypique.

© 2019 Ulrich Seidl Filmproduktion

Si Lillian ne parle pas, elle sait néanmoins écouter. Les rencontres qui pavent son odyssée nous permettent de découvrir des Américains du commun, des citoyens lambda pourtant si souvent marginalisés. Un shérif à chapeau, protocolaire malgré son cœur tendre, un plouc en Chevrolet, prédateur embusqué, ou encore un collectif d’Indiens, luttant vainement contre un projet d’oléoduc. Impossible de rester indifférent devant ces brefs portraits, instantanés d’une identité chancelante face aux évolutions du monde moderne. Les panneaux d’autoroute religieux (« Souris, ta mère a choisi la vie »), les conversations météo des radios locales et les nombreuses maisons abandonnées renforcent ce sentiment d’isolement, cette impression qu’une partie de l’Amérique s’est figée. En 1927 ou 2019, le périple n’était peut-être pas si différent.

Les paysages que Lillian traverse sont sûrement restés identiques. Forêts hostiles, fleuves paisibles ou montagnes désertiques, l’immensité des décors émerveille et étourdit. L’appel de la nature gronde, on s’imagine quelques instants tout plaquer pour explorer nous aussi des terres jamais foulées, pour se perdre complètement, retrouver notre côté sauvage, prêt à resurgir à la moindre étincelle.

Photo film Lillian

© Ulrich Seidl Filmproduktion

Hélas, quand ces échappées lyriques pourraient être sublimées par une guitare folk au coin du feu, des violons stridents dignes de mauvais thrillers nous ramènent violemment sur terre. Ce choix incompréhensible nuit considérablement au rendu global, et nous laisse le temps de constater chacune des petites imperfections. Le film aurait pu être raboté d’une bonne demi-heure pour éviter les longueurs tout en conservant son charme sauvage.

Valentin Hamon–Beugin

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LILLIAN, odyssée sauvage à travers l’Amérique périphérique - Critique
Titre original : Lillian
Réalisation : Andreas Horvath
Scénario : Andreas Horvath
Acteurs principaux :
Date de sortie :
Durée : 2h08min
3.0intéressant
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