Le nouveau film de Xavier Dolan pose son style dès la première minute. MOMMY adopte un format 1:1. Une image carrée qui étouffe considérablement l’action de son film (ah tiens, comme dans La dernière Piste de Kelly Reichardt).
D’emblée, ce choix semble superficiel et emprunté. La première scène, qui voit la caméra danser autour d’une Anne Dorval sous une lumière très Malickienne, on se dit que Xavier Dolan, en bon Tarantino de la mise en scène qu’il est, va nous faire la démonstration de son savoir faire en matière de recopiage de ses illustres maîtres.

Et l’on a pas tort. Le film se poursuit en convoquant Scorsese (les mouvements rapides de caméra), Wong Kar Wai (la photo des intérieurs, les mouvements des personnages), P.T.A (l’accident fortuit – et gratuit, du début du film), ralentis à la Wes Anderson… On a l’impression que Xavier Dolan ne réalise même plus que sa mise en scène n’a rien de personnel tant il s’évertue à constamment reprendre les gimmicks d’autres films, les idées d’autres réalisateurs…
Faire comme.

Photo du film MOMMY © Shayne Laverdiere

© Shayne Laverdiere

Une fois cette constatation faite et digérée, il faut analyser son effet : cette propension au plagiat provoque un véritable spectacle visuel et sans perte de rythme aucune, dans le sens où il s’agit d’une accumulation de beaux effets (musique y compris) et d’un renouvellement permanent.
Un spectacle qui, petit à petit, tend à fusionner avec l’humeur des personnages.
Leur énergie, dans la colère, l’amour, mais aussi dans tout une gamme de sentiments intermédiaires, trouve dans ce melting-pot de mises en scène, un écho idéal.

Xavier Dolan, s’il est un plagiaire doué, est également un dialoguiste et un directeur d’acteurs hors pair.

Il s’amuse donc avec le langage. Le québécois comme le français (et l’anglais, accessoirement), nous concocte des dialogues ahurissants de violence, de douceur, d’humour, d’énergie et de précision, déclamés avec fureur par Anne Dorval et Antoine Olivier Pilon, et nous laisse, spectateurs, à la limite de l’épuisement après chaque scène.
Xavier Dolan utilise également la musique en tant que dialogue, entre les personnages, mais aussi plus ou moins indirectement avec le spectateur, par leur résonance pop immédiate. “Wonderwall” (Oasis), ou “On ne Change Pas” (Céline Dion) ou “Born to Die” (Lana Del Rey) sont des titres très évocateurs pour nos générations, autant qu’ils expriment ce que ressentent Steve, Diane et Kyla.
Xavier Dolan réussit à communiquer grâce à tout cela, le désespoir de ses personnages derrière la violence de leurs échanges. Désespoir social, désespoir affectif… A force d’audace, il réussit même à rendre légitimes certains effets qui pouvaient paraître trop appuyés au début du film, comme par exemple le format de l’image, qui, finalement, au delà du gimmick, contient en quelque sorte les émotions du film (heureusement !).
Judicieux, même si Xavier Dolan peine à trouver la limite entre démonstration formelle et accompagnement des personnages.

“Une mise en scène impersonnelle mais foisonnante, au service d’acteurs illuminés par le talent de dialoguiste, la direction d’acteur et la sensibilité de Xavier Dolan.”

Sinon, MOMMY, c’est aussi une histoire. Très personnelle, c’est évident.
Xavier Dolan y parle (encore) de la figure maternelle, mais convoque une espèce d’exhaustivité de sentiments dans la démesure apportée par Anne Dorval au personnage de Die : l’actrice y est comme une boule d’énergie pure, une  femme adolescente au débit volubile,  vulgaire, mais parfois calculé. Elle dissimule dans son langage une intelligence et une douceur difficiles à percevoir. Xavier Dolan n’en fait pas un bourreau ou une victime, mais une Femme, dont l’amour pour son fils lui donne une force et une assurance que seul Steve peut briser.
Steve est le versant exalté de Die (c’est dire l’énergie qui traverse le film !). Il n’arrive pas à exprimer ses sentiments et choisit de les exposer avec violence. Une façon de gagner un certain charisme, d’impressionner sa mère, de gagner son respect et donc son amour. Cette violence malheureusement se dirige autant vers les autres, que vers sa propre mère ou lui même.
Deux personnages entiers que Xavier Dolan ne choisit pas de diriger vers une direction psychologique ou une autre… Il s’agit plutôt pour lui, d’exprimer plusieurs facettes de sa propre sensibilité, et de voir ce qu’il en résulte.
Sa colère, sa douceur, ses turpitudes, à travers Steve, un mélange de mère-idéale, de mère-réalité et de mère-personnage-de-Cinéma à travers Die.

Soit un bordel sans nom d’émotions, un tourbillon, qui par son caractère non-calculé, laisse transparaître une vraie sincérité.
C’est à ce moment que le personnage de Kyla, interprétée avec talent et subtilité par Suzanne Clément, prend de l’importance : c’est une femme au foyer bègue, épuisée par la vie et qui délaisse petit à petit son rôle de femme/mère pour devenir un catalyseur d’émotions dans l’histoire entre Steve et Die. Un personnage qui relance une ligne narrative relativement absente. Elle permet aux deux autres, de définir une direction commune.
Dommage que Xavier Dolan choisisse d’indiquer un peu trop tôt quelle sera cette direction, le manque de surprise que cela provoque ne fait que renforcer la superficialité de sa mise en scène, mise en scène qui avait réussi à disparaître sous l’énergie du film.

Au final, ce qui donne sens à MOMMY c’est la sensibilité de Xavier Dolan et son don pour la direction d’acteurs. La mise en scène ou même son sujet, contrairement à ce qui est suggéré, passent après.
C’est paradoxal, mais aussi efficace. Puis, c’est ce qu’on demande au cinéma, qu’il nous fasse ressentir quelque chose.
Xavier Dolan, sans s’en rendre compte, y est parvenu. Pas comme il devait se l’imaginer, mais tout de même.

CASTING
Titre original : Mommy
Réalisation : Xavier Dolan
Scénario : Xavier Dolan
Acteurs principaux : Anne Dorval, Suzanne Clément, Antoine-Olivier Pilon, Patrick Huard
Pays d’origine : Canada
• Sortie : Prochainement
Durée : 2h14mn
Distributeur : MK2, Diaphana Distribution
Synopsis : Steve sort d’un établissement pour jeunes à problème et revient vivre avec sa mère Diane. Cette famille mono-parentale lutte pour trouver la stabilité familiale.
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Thomas
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Décidément vous êtes sévères (c’est tout de même une qualité), surtout à propos d’un film maitrisé de bout en bout (ce que son auteur n’a pas toujours réussi à faire par le passé). On aurait pu pousser jusqu’à 9/10, non ?

Thomas
Invité
Thomas

Décidément vous êtes sévères (c’est tout de même une qualité), surtout à propos d’un film maitrisé de bout en bout (ce que son auteur n’a pas toujours réussi à faire par le passé). On aurait pu pousser jusqu’à 9/10, non ?

La Rédaction
Rédacteur

On aurait surtout pu éviter de venir faire sa pub gratos, Mr Thomas Nicolon.

Sinon, sévères… pas vraiment.
Comme disait Syndrome dans Les Indestructibles :
“Lorsque tout le monde aura des super-pouvoirs, plus personne ne sera spécial”

Au lieu de mettre des dix partout ce qui au final, diminuerait la valeur des œuvres, on préfère chercher le sens caché sous cette perfection technique, tout en reconnaissant à l’auteur un certain don pour l’image (ou pour le recopiage, au choix).

[critique] MOMMY

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