Disons le net : par son manque de nouvelles propositions,  apparaît comme un décalque raté de son prédécesseur et par extension, du style de . Toutefois, pour mieux expliquer l’échec de cette suite, abordons d’abord le phénomène du reboot, puis en quoi la saga Ninja Turtles, en dépit de ses multiples défauts, n’était pas si illogique qu’elle le semblait.

Dans un reboot, il s’agit généralement de récupérer un item générationnel du passé, de le moderniser grâce aux évolutions technologiques, de confier cette relecture à un auteur clairement identifiable dans l’inconscient collectif, et de le recracher sous la forme d’une oeuvre fédératrice de multiples publics – à défaut d’être toujours réussie.

Le succès du reboot est quasi assuré en cela qu’il rassemble plusieurs publics autour de la nostalgie, d’un langage commun à plusieurs générations, et la modernité qui le définit.

Quelques exemples de reboots réussis

Alice au pays des merveilles, du Livre de la Jungle, de Maléfique ou de Star Wars (chez ), ou encore quelques licences super héroïques. Les deux trilogies Spider-Man séparées par 5 ans seulement, se justifiaient par exemple parce qu’elles s’adressaient à deux publics radicalement différents. D’un coté : génération post-Spielberg d’adulescents recherchant un énième « passage à l’age adulte » s’exprimant dans de spectaculaires épreuves… Et de l’autre : la génération gonzo-twitter, adepte de l’efficacité catchy, cynique et désabusée, plutôt que du divertissement construit patiemment sur de l’empathie. C’est encore la même chose avec les X-Men, dont la thématique très sociétale de la différence était encore très présente dans les deux premiers films de Bryan Singer, lorsqu’elle disparut presque complètement dans les deux derniers X-Men au profit de motifs plus stimulants et manichéens mais dénués de seconde lecture, comme le voyage spatio-temporel ou l’association de forces pour vaincre un ennemi invincible.

La saga Ninja Turtles reprend donc quant à elle, les grands principes du reboot. Elle sera produite par un auteur très identifiable – Michael Bay, elle tirera ses scénarios et sa substance d’une série animée (et d’un comics) iconique des 80-90’s, et sera ancrée, comme souvent, dans des thématiques adolescentes modernes.Ninja turtlesLe charme kitsch de la série animée et des films-live en carton pâte, fait donc place à cette esthétique du blockbuster moderne dans ce qu’il a de plus absolu, symbolisé par Michael Bay.
Comme l’explique Tony Zhou dans son Every Frame A Painting consacré à Bay, l’exagérément démesuré est appliqué à TOUT, TOUT LE TEMPS, chez le réalisateur d’Armageddon, de The Rock de Pearl Harbor, des Bad Boys ou des 4 Transformers. L’épique est ce qui définit les protagonistes, leur héroïsme abscons mai sindéniable, les scènes d’actions, ou les improbables scénarios. Le jusqu’au bout-isme Bay-Ien est d’appliquer cette formule du +++ même dans les moments qui ne s’y prêtent pas, comme lors de dialogues fonctionnels, dans les moments intimistes, dans la description de la figure féminine, ou dans le quotidien. Il y a ainsi un certain génie derrière cette mise en scène de l’ordinaire comme un spectacle permanent, qui par conséquent cherche à transcender le terme « spectacle » lors des scènes d’action. Le cinéma de Michael Bay prend certes un atour racoleur, mais peut-être est-il à voir comme le paroxysme de l’évasion recherchée par le spectateur du blockbuster estival. Son cinéma est défini comme vulgaire, mais n’est-il pas aussi celui qui respecte le plus son public ?Michael Bay ExplosionsCela dit, là ou Michael Bay a créée une esthétique qui lui est propre passant par une certaine complexité dans sa réalisation, quelqu’un comme Jonathan Liebesman, réalisateur de Ninja Turtles 1, ne fait que décalquer son iconique grammaire cinématographique sans véritablement réfléchir au jusqu’au bout-isme qu’elle implique. Ainsi, dans les films Ninja Turtles, saturer les jaunes verts et bleus à tout va, dénote au lieu d’iconiser les instants; le sur-découpage des plans jusqu’à l’épilepsie n’est pas un gage de rythme mais au contraire, génère un problème de lisibilité; le cadrage oblique permanent n’a pas d’usage particulier, lorsqu’il sert chez Bay, à placer les situations et personnages en contre-plongée, les rendant d’autant plus iconiques. Chez Jonathan Liebesman, la caméra tourne effectivement autour des personnages, les scènes d’actions sont comme prévu improbables et inutilement explosives, il y a … Mais le Bayhem n’y est malheureusement pas. Et que dire alors de , réalisateur de NINJA TURTLES 2, qui copie non pas Michael Bay, mais Jonathan  Liebesman ?

On ne retiendra de la mise en scène « explosive » de NINJA TURTLES 2, qu’un résultat encore plus brouillon, illisible et quelconque que celle de son prédécesseur.

Toujours dans cette logique d’un cinéma moderne et identifiable, on ne peut que constater la cohérence de la direction artistique. En adéquation avec notre époque post-Avatar, ces super-héros parfaitement fantastiques sont par conséquent parfaitement numériques. Si cela permet de leur faire effectuer cascades et mouvements impossibles (et donc extraordinaires en théorie), du point de vue de l’émotion et de l’empathie, il y a un problème de crédibilité que la technologie n’est pas encore parvenue à effacer. L’identification nécessaire à l’empathie passe alors par les réminiscences de l’inconscient collectif. La charte graphique de Michael Bay, le design issu du matériau original, et l’esthétique finale des tortues, pastichant Marcus Fénix, Dom, Baird et autres héros ultra-musculeux de Gears of War. On imagine le raisonnement au sein de l’équipe artistique chargée de donner vie à ces Tortues Ninja 2014, se demandant à quoi ressemblaient les icônes de la jeunesse 2010 pour mieux s’en inspirer, et s’arrêtant le plus naturellement du monde sur les plus gros succès du jeu vidéo – le média de la jeunesse par excellence. Quoi qu’il en soit, cela fonctionne : l’esthétique des tortues et des antagonistes reflète finalement assez bien le ton du film, bourrin, décérébré, privilégiant la caricature extrême à toute précision émotionnelle. Là encore, il y a quelque chose de moderne et de cohérent dans cette définition.

« Ninja Turtles 2, un sous-décalque du style de Michael Bay, desservi de plus par son manque de propositions par rapport au premier volet (!!) »

Quant aux protagonistes, il y a cette sensation de bâclé, d’inachevé. Leonardo, Raffaello, Michelangelo et Donatello sont étrangement définis par leur interchangeabilité renforcée par l’esthétique numérique et caricaturale suscitée, et ce n’est pas cette minuscule caractérisation (le rigolo, le vénère, le geek, et le chef) qui permettra de ressentir de l’empathie pour eux… Même leurs tourments adolescents,  en l’occurrence: accepter sa différence, faire confiance à l’autre, apprendre de ses erreurs et gagner en maturité, ne sont pas exploités par le scénario, se contentant d’énumérer ces émois lors de scènes désespérément plates, plutôt que de les faire interagir avec décors, situations, histoire, personnages… Avec le reste du monde quoi. Les héros ne sont ici pas des avatars fantasmés du spectateur, mais uniquement des vecteurs de l’action, n’existant presque pas en dehors de leur lutte très manichéenne contre Shredder. D’ailleurs parlant bad guys, ceux-ci ne seront ni introduits correctement, ni charismatiques – mention spéciale à Shredder, potentiel gâché par … Son armure.

Ce qui incite à s’intéresser aux personnages secondaires lorsqu’il n’y a pas d’action à l’écran, par défaut plutôt que par intérêt. Un des plaisirs du film vient du scénario relativement malin; l’origin story des mutants nous est contée et revisitée à travers les conflits d’intérêts opposant April (Megan Fox) et Sacks (interprété par ce fantôme de l’inconscient collectif qu’est William Fichtner); deux personnages gagnant, par un développement presque hors-sujet, une profondeur suffisante pour éclipser ceux que l’on pensait être les protagonistes. Même Vern*, en tant que comic-relief trop présent, semble s’affirmer plus que les héros.

*Cela dit, on est à la base ultra-fans de son interprète , responsable de nos plus gros fou-rires en tant que GOB dans la fantastique série Arrested Development. Objectivement, son humour de looser éternel ne s’intègre pas vraiment au film.

Ninja Turtles 2 (4)

Vient alors le problème du second opus, qui reprend l’exact modèle du film précédent. Présenter les héros par leurs caractéristiques (c’est à dire des aptitudes fantastiques mais interchangeables, des clichés, et du caricatural), donner une matière relativement consistante aux personnages secondaires (Casey Jones, Bebop et RockSteady – les véritables reliquats de l’anime des 90’s), basculer un méchant générique sorti de nulle part comme antagoniste principal (Krang), partir en quête d’un artefact X dans des environnements exotiques, en profiter pour proposer des scènes d’actions exploitant correctement ces environnements (à défaut d’être vraiment spectaculaires), et enfin terminer par une « épique » scène finale sous forme de « combat contre le boss »… Pour sauver le monde. Aucune différence, aucune évolution, moins de développements, plus de raccourcis, pas forcément plus d’action, et une réalisation moins travaillée. Si le premier film parvenait encore à limiter l’impression de déjà vu en se limitant à recopier les production Michael Bay précédentes, Dave Green prend le parti de piocher allègrement non seulement dans Ninja Turtles 1 mais également dans le tout venant super-héroïque et vidéoludique, avec des emprunts à Spider-Man, à Uncharted 3 et Furious 7 (la scène de l’avion), mais aussi pour son final, aux Avengers (et à Transformers 3, on l’admet), rendant d’autant plus ridicule le manque d’intensité de l’ensemble.

Au final, bien que l’on ne s’attende pas à grand chose, NINJA TURTLES 2 est une déception. Il ne parvient même pas à être divertissant, ni par l’humour trop à coté de la plaque, ni par le spectacle trop commun et mal emballé, ni par une identification aux problématiques typiques des super-héros, ces éternels adolescents. Si l’on avait quelque chose à sauver de cette débâcle, ce serait Bebop et Rocksteady, toujours aussi cons, et nous plongeant malgré nous dans le souvenir ému de l’anime des 90’s.

Georgeslechameau
D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?
BANDE ANNONCE