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Dans une Argentine encore imprégnée du traumatisme des « 500 bébés volés », et alors qu’en Amérique latine certaines femmes sont condamnées à 20 ans de prison pour une fausse couche, le sujet de la maternité est brûlant. Malena veut devenir mère, plus qu’un désir frustré c’est un besoin impérieux, obsédant, vain peut-être. Et sa quête désespérée est tantôt magistrale, tantôt en demi-teinte.

Un chat noir, des larmes, du mauvais temps, autant de mauvais présages pour l’héroïne qui se tient devant un panneau indiquant deux chemins possibles. Elle est cadrée à travers la vitre de sa voiture dès son apparition, première occurrence de ce gimmick qui ponctue le long-métrage. Elle existe au travers de plantes, derrière une fenêtre, une porte ou des barreaux. Le cadre est souvent rétréci, flouté sur un bord. Ainsi elle est sans cesse enfermée, et quand parfois un travelling lui est réservé sans obstacle, elle est seule – sublimée par une Bárbara Lennie exceptionnelle. Dans l’attente de la libération, elle ne peut pas respirer puisque rien n’existe encore concrètement. La seule qui voit son nom valorisé, c’est Marcela, elle qui possède l’unique forme de pouvoir puisqu’elle est celle qui apporte la vie. Pedro, le bébé, souffre du mensonge d’un faux nom dès son arrivée au monde ; Male n’est appelée que par sa fonction de “doctora” les deux tiers du temps, et même son chat ne s’appelle que “Chat” – sans pourtant être un hommage à Holly Golightly. L’identité trouve peu de place.

Photo du film NOTRE ENFANTLe thriller fonctionne puisqu’il est imprévisible sur le mode opératoire, tout va mal se passer, la question est de savoir de quel côté les problèmes vont surgir. Le rythme est surprenant alors qu’il inverse les rapports de vitesse. Les événements majeurs ont lieu en l’espace d’une seconde, par procuration, par téléphone, par pulsion. La caméra les suit avec calme et se retrouve d’autant plus paniquée lorsqu’apparaissent des sauterelles hitchcockiennes ou un contrôle policier. Cependant en parallèle, le temps d’exposition de la solitude ou les plans fixes sur les paysages s’allongent sur plusieurs minutes, contemplatifs ou impuissants.

La dichotomie des couleurs quant à elle hurle à l’interprétation, entre un vert médical flashy et un orange profondément chaleureux -qui partagent parfois l’espace de l’image sans aucune forme de dégradé. Les tons verdâtres sont les lumières de l’hôpital, la pluie, les bureaux quand le rouge est sur les visages, on marche vers ces secondes nuances colorées dans lesquelles baignent les visages mais surtout le corps de l’enfant. Des rayons sont parfois même éblouissants, à l’accouchement ou lorsqu’une décision pousse à faire un grave demi-tour. La lumière est partout et pas seulement pour éclairer, elle est aussi omniprésente pour ne permettre à aucun danger de rester dans l’obscurité.Photo du film NOTRE ENFANTCette adoption, c’est une incursion dans la “mafia”. Elle est teintée d’illégalité, de misère, de mensonge, de faute d’amour, figés dans la dernière image donnée du foyer. Les mauvaises décisions planent sur l’ensemble, chacun faisant involontairement ou non le plus de tort possible à l’autre. Le mal se développe insidieusement, on abîme une voiture, on insinue les reproches. Tout crie à l’héroïne qu’elle doit arrêter la procédure mais tous savent qu’elle fera tout pour la continuer, alors tous font pression. Aucun personnage ne s’extirpe du vice, entre un mari lâche, des médecins corrompus, une famille profiteuse. Malena de son côté semble faire tous les pires choix, mais le climat est si abusif autour d’elle que d’autres issues semblent difficilement envisageables. Et pour cause, Diego Lerman souligne intelligemment que tous ses protagonistes sont confrontés à une tragédie personnelle ou à des inégalités sociales terribles, rendant difficile de condamner leurs actes dans ce système si défectueux, où riches et pauvres vacillent.Photo du film NOTRE ENFANT

Pour Malena, c’est le bébé de la dernière chance, tout ce qui la raccroche à la vie. Il sera sa renaissance ou elle ne sera plus, quitte à l’adopter par instinct de survie. Mais à l’instant où elle pénètre dans la triste clinique d’un avatar de l’infirmière Ratched, ce nouveau-né lui promet autant de bonheur que celui d’Ellen Ripley. Et lorsque joie il y a malgré tout, elle est floutée en arrière-plan derrière les larmes de la surrogate. Deux dialogues entre les mères, biologique et adoptive, qui s’arrachent le statut de maman sont d’ailleurs des moments de grâce, d’une véhémence saisissante. Dans de beaux décors naturels ou des pièces miteuses, les personnages parlent peu mais toujours intensément, vibrants. Toute la rage est contenue.

Mais à force de non-dits, il reste peu à dire dans cette densité fondamentale qui donne l’impression d’être sous-exploitée. Et si l’on comprend que le réalisateur veut dire beaucoup avec peu, l’usage de la retenue est moins efficace que dans Refugiado ou Tan de repente. Les scènes créent un enfer qui tient en haleine, mais la frustration grandit à mesure que les grandes étapes filent sans que l’on ait le temps de s’attarder sur toutes ces thématiques tendues. Le chantage tient en trois phrases, l’arrestation en trente secondes, le climax en trois minutes et bien que de nouveau la subtilité soit bienvenue, le cœur ne se serre pas autant qu’il aurait pu.

Manon

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NOTRE ENFANT, deux femmes et un couffin - Critique
Titre original : Notre enfant
Réalisation : Diego Lerman
Scénario : Diego Lerman, Maria Meira
Acteurs principaux : Bárbara Lennie, Daniel Aráoz, Claudio Tolcachir
Date de sortie : 18 avril 2018
Durée : 1h35min
3.0Frustrant
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