Sélectionné à la dernière Quinzaine des Réalisateurs, le second film de après Modris est un conte social acerbe et engagé. , qui est sorti le 30 octobre, est un beau petit choc passé inaperçu.

L’histoire de l’Homme isolé en terres étrangères est un véritable motif du cinéma, permettant – s’il le fallait seulement – un éventail de tentatives narratives et formelles possédant une valeur visuelle forte, et plus généralement un conflit narratif foisonnant. OLEG, second film du letton Juris Kursietis, prend ce principe initial de l’exil pour parler d’une époque qui tendrait pourtant à ce que toutes les nations ne fassent qu’une : derrière l’utopie, le drame social ; derrière le drame social, le thriller anxiogène.

Oleg, personnage-monde, ce Candide d’une Europe moderne façon Espace Schengen, où les frontières, les douanes n’existent plus – ne lui reste que cette fausse-liberté écrasante, celle d’être un gars de l’Est au service des maîtres de l’Ouest. Belgique, terre de rêves, d’accueil ? Plutôt une terreur diurne, sous la couche de glace, étouffante, où ce qui restait d’espoir devient inatteignable. Le format choisi – un 4/3 qu’on va finir par dénommer comme belge – parachève ce décor claustrophobe à l’air libre, où chacun est un ennemi potentiel, où chaque seconde d’avenir un tant soit peu défini finit par s’effacer dans la brume.

Photo du film OLEG

Dans son atmosphère putride, OLEG va puiser dans une mythologie bien connue : son imaginaire, celui des contes et des histoires orales, lui confère un masque à situer entre grotesque et anagogie. OLEG est un morceau de cinéma directif et sûr de lui, aider par sa patte documentaire que lui donne la caméra-épaule de Kursietis. Peut-être est-ce d’ailleurs là sa plus grande réussite : conjuguer brillamment le mystique et le réalisme, comme si le panthéon de l’Europe était finalement composé celui d’une brochette de drames sociaux, sociétaux et culturels.

Resserré mais jamais étroit, OLEG impressionne d’une brutalité tue, où chacun de ses mouvements se retrouve accompagné d’une violence inouïe. Témoignage d’une exploitation, critique d’un état du monde, pamphlet très actuel et profondément politique – OLEG se démarque d’un certain cinéma social de par son onirisme âpre et morbide. Cela tient d’ailleurs plus d’un mélange étrange entre Lindsay Anderson et Le Fils de Saul – pour son parti-pris esthétique – plutôt qu’à quelconque Dardenne ou Loach. Il y a beaucoup de faux-pas, mais juste assez de talent pour nous faire applaudir – et revenir. A découvrir.

Vivien

Votre avis ?

OLEG, symphonie de l'ancien monde - Critique
Titre original : Oleg
Réalisation : Juris Kursietis
Scénario : Juris Kursietis, ,
Acteurs principaux : , ,
Date de sortie :
Durée : 1h48min
3.0Prometteur
Avis des lecteurs 1 Avis