Si l’on devait résumer en un mot le nouveau long métrage d’Edouard Baer OUVERT LA NUIT, ce serait « fantasque ».  Qu’il s’agisse de Luigi (le personnage principal qu’il incarne), de cette balade parisienne nocturne dans laquelle il nous embarque, ou encore de sa galerie de seconds rôles, tout est fantaisiste, original et plaisant. A travers un drôle de road trip, le réalisateur dresse avec humour et apparente légèreté, le portrait d’un de ces hommes singuliers dont on a autant envie de leur tordre le coup que de les embrasser !

Luigi est un directeur de Théâtre complètement lunaire qui semble fuir toutes questions matérielles (trop ennuyeuses et bassement terre-à-terre) au profit de ce qui l’amuse ou le distrait. Néanmoins, il est assez malin pour s’entourer de personnes dévouées qui assurent la réalisation concrète de ses projets les plus farfelus, notamment Nawel (Audrey Tautou), son assistante et meilleure amie. Jusqu’au jour où, une fois de plus, une fois de trop, à force de traiter les problèmes par dessus la jambe, Luigi compromet son théâtre, ses employés et l’estime de ses proches. Il a une nuit pour sauver la mise. Une nuit au cours de laquelle il arpentera Paris dans tous les sens et fera de surprenantes rencontres, accompagné de Faeza (Sabrina Ouazani), une stagiaire de Sciences Po effarée par les méthodes peu académiques de ce dernier.

Photo du film OUVERT LA NUIT

Luigi et Faeza au début de leur périple nocturne

L’élément qui séduit d’emblée dans OUVERT LA NUIT c’est Paris, personnage du film à part entière. Des quartiers chics aux plus populaires en passant par Montreuil, Edouard Baer nous invite à explorer la ville, de nuit, telle qu’il l’aime. Au fur et à mesure de ce périple un peu loufoque, soutenu par une bande son alternant divers univers musicaux allant des cuivres d’une fanfare à des musiques orientales, on se laisse emporter avec délice. De cette joyeuse et moderne mixité, quoique dans un esprit un peu « bobo » qui n’est pas déplaisant, se dégage même une forme de poésie, un moment suspendu.

Au gré des évènements improbables qui s’enchaînent, on découvre également une pléiade de seconds rôles qui, de par leur diversité, leur sensibilité, leur générosité, mais aussi leur susceptibilité ou leurs blessures et déceptions, confèrent à cette œuvre un côté très humain. Et puis, outre la présence amusante mais de moins en moins originale d’un chimpanzé (récemment dans Pattaya et Victoria), il y a deux portraits de femmes intéressants. La première, sous une apparente fragilité, se révèle être d’une solidité à toute épreuve, elle est indiscutablement le pilier de Luigi (Nawel). La seconde au contraire, désarçonnée par le comportement de ce curieux patron qui remet en cause toutes ses certitudes, laisse enfin apparaître un peu de douceur et de féminité cachées derrière sa carapace (Faeza). On est parfois à la limite du cliché mais qu’importe, puisque tout cela s’imbrique parfaitement dans cet univers constamment sur le fil entre l’absurde et le génial dont on se demande s’il va finir par se casser la gueule ou continuer à nous donner du plaisir.

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Mais la plus grande force d’OUVERT LA NUIT, c’est évidemment de nous faire aimer LUIGI, qui, par ailleurs n’est pas sans rappeler Edouard Baer tel qu’il apparaît dans les médias. En effet, on lui retrouve ce côté théâtral caractérisé par une pointe d’exagération et de décalage, et surtout, une sorte d’ironie qui a le bon goût de ne pas être frontale mais dissimulée sous de séduisantes parades. On peut craindre au départ que ce ne soit lassant mais il n’en est rien tant les dialogues sont écrits avec humour et quasi autodérision. Ainsi, comment ne pas être séduite par cet homme qui nous présente la vie comme un grand bal, à la manière d’un personnage de comédie italienne, et envoie valser avec tant de charme tout ce qui le contraint ?

Photo du film OUVERT LA NUIT

Luigi , un personnage auquel on s’attache irrémédiablement …

Tout le talent du réalisateur et interprète est ainsi de nous attendrir en nous laissant percevoir à la fois la solitude profonde dans laquelle le plonge son fonctionnement involontairement “hors normes” et la dépendance aux rapports humains que cela engendre chez lui. Lorsque l’on comprend qu’il est vital pour ce type d’homme de se rassurer sur sa capacité à être aimé, on comprend le mode de séduction qu’il adopte en permanence avec tout le monde et on va même jusqu’à lui pardonner. Si, par moments, cette façon de se foutre de tout peut exaspérer ou blesser, chacun trouve finalement son compte dans cette charmante hypocrisie, voire lâcheté. La force des séducteurs n’est-elle pas, pour obtenir tout ce qu’ils désirent, de parvenir à convaincre l’autre qu’avec lui (ou elle) les choses sont différentes ?

OUVERT LA NUIT est donc un épisode sympathique de la vie de cet irrésistible anti-héros, qui, avec un peu de chance, beaucoup de culot et autant d’aplomb, fini toujours par s’en sortir brillamment. Dans une ambiance un peu sur–réaliste parfois, Edouard Baer nous emmène faire un tour dans la ville et dans la vie des artistes dont le besoin de liberté et les préoccupations décalées en font souvent des êtres aussi insaisissables qu’attachants.

Stéphanie Ayache

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