Photo du film ROBOCOP

La logique voudrait que, lorsqu’un studio se lance dans la production d’un remake de film, qui plus est des années 80, ce soit pour tenter d’égaler l’original. Dès lors, la comparaison est inévitable et le film original placé dans les hautes sphères par les cinéphiles eux-mêmes. En plus d’accentuer nos espérances, cet amour pour le remake rend notre déception plus grande, tout comme notre lassitude face au manque d’originalité des grosses productions américaines qui ne sont, reconnaissons-le, plus que des adaptations d’œuvres préexistantes pour la plupart. Mais entre les cadavres de remakes véritablement ratés (coucou OLD BOY, CARRIE et autres FRIGHT NIGHT), il arrive que l’un d’entre eux s’en sorte pas trop mal. Et c’est manifestement le cas de ROBOCOP. Alors ne nous méprenons pas, ROBOCOP est un mauvais remake, mais c’est un bon divertissement qu’il faut savoir apprécier comme tel, ce que les films précédemment cités n’ont même pas réussi à faire.

2028. Le conglomérat militaro-industriel OCP utilise des drones et diverses machines de guerre (comme l’ED 209) pour faire régner l’ordre mondial. Bien que bloqués par une loi, les dirigeants d’OCP aimeraient que cette technologie soit testée sur le sol américain. En parallèle, à Détroit, le policier Alex Murphy tente d’éliminer le crime. Suite à l’explosion de sa voiture piégée, son corps est mutilé et brûlé à 80%. Sauvé par OmniCorp, filiale d’OCP, Murphy est transformé en cyborg du nom de RoboCop et est spécialement programmé pour rétablir l’ordre.

Je vous l’accorde, le scénario n’a rien d’exceptionnel. Transposer le récit en 2028 n’étant évidemment qu’un prétexte pour justifier les robots, les avancées technologiques et ainsi se permettre des folies visuelles. Chose que nous ne pouvons reprocher au film tant ses prédécesseurs sont nombreux, à commencer par I, ROBOT et ELYSIUM plus récemment. Toutefois, on est ici un peu moins friand de la dimension « film d’anticipation » que Joshua Zetumer a voulu donner au film. Assez manichéen, ROBOCOP fait s’affronter un gentil flic consciencieux et piégé d’un côté et industriels avides, flics ripoux et malfrats sans envergure de l’autre. Au milieu, on retrouve la gentille petite famille américaine et le sympathique docteur et scientifique qui veut aider ses patients et faire avancer ses recherches mais ne fait pas le poids face aux patrons du laboratoire qui l’emploie. A cela, il faut bien évidemment ajouter les militaires accros aux gros engins et aux montées d’adrénaline, et vous avez là une vue d’ensemble de ce ROBOCOP version 2014. Légèrement fouillis, le scénario de Joshua Zetumer ne joue pas en faveur du film mais est rattrapé par la réalisation maîtrisée de José Padilha (voir l’excellent TROUPE D’ELITE). Qui plus est, ce que le film perd en cohérence narrative, il le gagne en profondeur latente.

Photo du film ROBOCOP

Honnête et sans prétention, ROBOCOP est un divertissement fort sympathique à voir entre copains.

Contre toute attente, là où le film devient intéressant, c’est au niveau de la psychologie des personnages. Là encore, le film ne relève sans doute pas d’un grand cinéma métaphorique et transcendant mais possède différents niveaux de lecture qui le font se démarquer du reste de la masse. Alex Murphy, le personnage principal, a beau être dans un corps qu’il rejette au début, il a toujours le volonté d’être celui qui contrôle, celui qui prend les décisions. Que ce soit lorsqu’il est chez lui comme lorsqu’il est sur le terrain. Bien que n’ayant aucune ambition philosophique, ROBOCOP met en avant la possibilité d’un libre arbitre chez les robots à l’instar de I, ROBOT. De manière plus ou moins subtile, le film pose la question « Qu’est-ce qui différencie les hommes des robots et les robots des hommes ? » De manière instinctive, nous serions tous en mesure de répondre « la conscience », ce que fait le Dr Norton (Gary Oldman, LA TAUPE, DES HOMMES SANS LOI) dans le film. Mais quand il s’agit de sécurité nationale, et encore plus de notre propre sécurité, voulons-nous sincèrement nous préoccuper des possibles cas de conscience de ceux qui nous protègent ? Dès lors que cette question est lancée, le film s’ouvre à un nouveau niveau de lecture. Social, politique et dramatique à la fois, ROBOCOP est un film accessible qui peut être perçu et compris de différentes manières et se permet une critique de la société qui l’a produit. Et n’est-ce pas à cela que l’on reconnaît un bon film ?

Pour incarner ce héros nouvelle génération, la Metro-Goldwyn-Mayer a choisi le quasi-inconnu Joel Kinnaman (THE DARKEST HOUR, SECURITE RAPPROCHEE). Et je dis bien « quasi-inconnu » car les plus sériephiles d’entre ont déjà reconnu l’interprète de Stephen Holder dans la série THE KILLING. Sans être un acteur bankable au physique de jeune premier, l’acteur suédo-américain de 34 ans fait le boulot et convainc dans ce rôle de justicier enfermé dans un corps qui n’est pas vraiment le sien. Les gros plans sur son visage sont pertinents et facilitent l’identification. Et pour que votre spectateur réussisse à s’identifier à un gentil policier américain qui a tout perdu sauf son visage, ses poumons et sa main droite, croyez-moi, il faut le faire ! Face à lui, une jolie brochette de seconds rôles forcément secondaires mais pas nécessairement dispensables. On retrouve donc ici Gary Oldman en docteur au grand cœur. Michael Keaton (VERY BAD COPS, NEED FOR SPEED) en PDG avide de profits. Abbie Cornish (LIMITLESS, SUCKERP UNCH) en épouse déterminée. Samuel L. Jackson (DJANGO UNCHAINED, OLD BOY) en présentateur de reality-show hargneux et grossier. Et pour finir, Jay Baruchel (COSMOPOLIS, C’EST LA FIN) en jeune loup du marketing facilement apeuré. Tous ensemble, ils créent une œuvre organique accentuée par des mouvements de caméra (panoramiques et travellings) toujours très biens choisis. Ces derniers choix apportant du cachet à la réalisation et de l’envergure au projet.

Photo du film ROBOCOP

Un peu avare en scènes d’action (« l’important c’est la qualité et non la quantité » diront les plus enthousiastes d’entre nous), ROBOCOP est finalement loin du blockbuster annoncé et redouté. A des années-lumière des réalisations de Michael Bay, le Brésilien José Padilha a su s’émanciper de l’héritage légué par Paul Verhoeven. Honnête et sans prétention, ROBOCOP est un divertissement fort sympathique à voir entre copains. Plein de bons sentiments sans être mielleux, le film possède les défauts d’un remake et les qualités d’un blockbuster. Que pouvions-nous demander de plus ?

Affiche du film ROBOCOP

Les services de police inventent une nouvelle arme infaillible, Robocop, mi-homme, mi-robot, policier électronique de chair et d’acier qui a pour mission de sauvegarder la tranquillité de la ville. Mais ce cyborg a aussi une âme…

Titre original : RoboCop
Réalisation : José Padilha
Scénario : Joshua Zetumer
Acteurs principaux : Joel Kinnaman, Michael Keaton, Samuel L. Jackson, Abbie Cornish, Gary Oldman, Jay Baruchel
Pays d’origine : Etats-Unis
Sortie : 5 Février 2014
Durée : 1h57
Distributeur : StudioCanal
Bande-Annonce :

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