Interro surprise : Si l’humain devient inhumain, dois-je garder espoir en cherchant de l’humanité dans une intelligence artificielle ? Vous avez une heure et demie.

En 1977 déjà, Julie Christie se retrouvait prisonnière d’une maison gérée par une intelligence artificielle, dans l’avant-gardiste Génération Proteus de Donald Cammell. C’est à présent au tour de Maika Monroe, d’être recluse dans une immense propriété chargée de domotique, mais à la différence du film de Cammell, la protagoniste est ici retenue contre son gré par un savant fou, et va chercher un allié en TAU, une I.A pas vraiment exempte de coquetterie puisqu’elle s’exprime avec la voix so british de Gary Oldman. Une différence d’approche entre les deux récits d’anticipation distants de quarante ans, qui situe chacun des films dans son époque. Dans les années soixante-dix, l’idée qu’un ordinateur, cette chose complexe dont le grand public savait si peu, puisse développer une conscience, relevait du cauchemar. De nos jours, après des décennies à présenter les machines comme des menaces au cinéma, il est plus judicieux de traiter avec davantage d’ambiguïté notre rapport à ces objets, ces programmes et ces voix qui peuplent notre quotidien.

Avec TAU, Federico D’Alessandro signe son premier long métrage en tant que réalisateur, après des années à officier au poste de directeur des effets visuels pour les films du MCU, La Momie ou encore Terminator Genisys. Fort de ce savoir-faire, D’Alessandro entend bien composer une œuvre esthétique, et ce même si le récit confine au huis clos et circonscrit l’action au décor de la luxueuse maison d’Alex, le scientifique mégalomane. Pour rendre son décor plus inquiétant, l’habiller d’une aura science-fictionnelle et le rendre plus dynamique, le réalisateur a choisi les sempiternelles lumières mauves, turquoise ou orange, de l’école Blade Runner 2049, Altered Carbone, Mute etc. A ce choix esthétique qui nous donne la fâcheuse impression que les films de genre Netflix se suivent et se ressemblent, il faut ajouter une absence flagrante de prise de risque concernant les autres éléments de SF présentés à l’idée. Si l’aspect générique du robot Arès le rend assez peu intimidant, pour ce qui est de l’interface géométrique de TAU, ça n’est pas vraiment de meilleur aloi puisqu’elle apparaît comme un recyclage des formes symboliques lumineuses créées par D’Alessandro pour Doctor Strange.Difficile de discerner si le cinéaste habitué au cahier des charges des blockbusters, agit par paresse ou par soucis d’efficacité. Mais il faut reconnaître que TAU ne laisse à aucun moment place à l’ennui et qu’il remplit de manière assez habile les quatre-vingt-dix minutes qu’il a à sa disposition. Maika Monroe a parfaitement intégré le concept de la final girl, et dépasse son statut de proie et de victime avec force et détermination, tout en gardant la part de fragilité qui permet au spectateur de s’identifier. Au-delà de la violence et la terreur que génère sa captivité, le personnage de Julia réussit à installer une dimension de conte philosophique dans son histoire. Aidant Tau à élargir sa conscience du monde et de lui-même, Julia se rapproche progressivement de sa propre liberté, et peut ainsi se souvenir qu’elle est un être humain, alors que son geôlier la traite comme un cobaye, un objet d’étude dont il est préférable d’ignorer les émotions et les intentions.

Grâce à la voix de Gary Oldman et à l’interprétation de Maika Monroe, on s’intéresse à cette idée qu’une machine puisse se révéler plus humaine que l’homme qui l’a conçue. Mais de là à dire que la relation entre Julia et Tau nous émeut, il y a hélas un pas que la réalisation d’Alessandro n’a pas su franchir. Tau change de place dans le récit en l’espace de quelques minutes, devenant trop facilement une présence amicale et bienveillante pour Julia, quand on aurait préféré que l’IA garde plus longtemps une part ambiguïté, comme cela était par exemple le cas dans Ex Machina (Alex Garland, 2015). Même constat pour Alex l’antagoniste, trop inhumain et dénué de charme pour créer des interactions troublantes avec Julia, et dont l’absence de nuances participe également au fait que l’enjeu et la thématique du film semblent traités en surface. On regrette que Federico D’Alessandro et Netflix n’aient pas fait preuve de davantage d’ambition.

Arkham

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TAU, même les intelligences artificielles ont besoin d'amis – Critique
Titre original :Tau
Réalisation : Federico D'Alessandro
Scénario : Noga Landau
Acteurs principaux : Maika Monroe, Ed Skrein et Gary Oldman
Date de sortie : le 29 juin 2018 sur Netflix
Durée : 1h37min
2.5Note finale
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