Taxi Sofia nous plonge dans une Bulgarie où vivre est une réelle épreuve de tous les instants.

Les radios ne parlent que de ça. De ce chauffeur de taxi qui a tué son banquier, puis s’est suicidé. Elles sont en boucle dans tous les taxis de Sofia. Le film en suit 5 dans leur nuit tumultueuse et leurs boucles hasardeuses. Le quatrième long métrage de fiction, de Komandarev, appartiendrait presque à un genre, celui du film de taxi. Genre principalement iranien (Panahi, Kiarostami) mais pas que (Jarmusch…). Loin de nous l’idée de comparer, tant les regards diffères; tant aussi la qualité est inférieure chez le cinéaste bulgare. Il a la main lourde, on lui laisserait pas saler un plat.Photo du film TAXI SOFIA

Pourtant au début on pense que c’est une qualité. Ce prologue frisant avec le ridicule avait fait naître en nous l’espoir fou d’une parodie. Un pastiche de toute cette vague Hanekienne, sentencieuse et irrespectueuse de ses personnages. Komandarev y met en scène le fait divers qui servira de fil rouge radiophonique au film. En 10 minutes ce pauvre conducteur de tacos est rabaissé par tous. Chaque mot sonne comme une claque derrière sa caboche. On commence doucement avec sa fille qui lui reproche, à mi-mot, de ne pouvoir lui payer des vacances en Autriche.

Puis on continue avec une lycéenne qui l’embobine, prétextant un malaise de sa grand-mère, pour qu’il la dépose en bas de l’hôtel, où elle va se prostituer. La supercherie découverte il décide de la ramener à l’école illico. Elle s’énerve, fait l’apologie de l’argent facile, et le réduit à sa condition de travailleur précaire. On termine en apothéose lors du rendez-vous avec le banquier. Celui-ci pour lui accorder un prêt, lui réclame un pot-de-vin faramineux. Lorsqu’il refuse, il se montre violent et menaçant. S’en est trop, il va chercher un flingue et le tue. Une fois assis dans son taxi, il se suicide. Comme si le personnage s’était dit “Je sais ce qui m’attends dans ce genre de film. On va s’acharner sur moi durant 1h30,  je préfère me supprimer. Le réal va jubiler de ses petits stratagèmes. En plus il va sans doute y avoir une sélection à Cannes… non c’est trop le bordel”. Attitude que nous recommandons à tous les personnages de Haneke, Loznitsa, Lafosse, Franco

Photo du film TAXI SOFIA

En se tuant on pense qu’il coupe court de manière tragi-comique à cette option cinématographique. On imagine le film bifurquer de façon totalement surprenante. Changer radicalement son traitement, et déjouer toutes les attentes. Mais non, la suite nous prouve que ce prologue était on ne peut plus sérieux. Il suit 5 taxis à Sofia dans leur galère, ce qui lui permet au moins de diffracter ses mauvaises intentions. La relation chauffeur passager, qui est au centre du film, est filmé comme un combat. Forcément l’un des deux doit non seulement perdre, mais en plus être humilié.

Pour cela, il pousse ses scènes jusqu’au bout, les situations finissant systématiquement par de la violence, physique ou symbolique. Et c’est avec la bonne excuse de la dénonciation de l’état désastreux d’un pays gangréné par le népotisme, le racisme et la crise, qu’il s’acharne sur chacun de ses personnages. Faisant ainsi passer sa misanthropie pour un regard incisif et lucide. On peut même se demander si cette manière de dénoncer le système n’est pas presque complice, tellement le film manque de tendresse et de compassion. Sa forme est un marteau qui tape aussi dur sur la tête des pauvres gens que le système lui-même. Son récit claustrophobie vire même au cynisme lorsqu’un chauffeur de taxi, par ailleurs professeur, traite avec légèreté une tentative de suicide. Quand il arrive sur le pont, l’homme a passé la barrière, il a déjà un pied dans le vide. Il s’approche comme s’il allait chercher un sac de courses, les bras ballants, pas paniqué du tout. Une fois le désespéré, sain et sauf,  à la place du mort, il lui confie froidement qu’il est son 5e suicidaire de l’année. En fait rien de plus qu’une routine.

Ce réalisateur de 51 ans, avec se film, a fait sa première apparition à Cannes cette année, en section Un certain regard. C’est attristant de constater qu’il monte les marches du plus prestigieux festival du monde, avec un produit déjà vu et formaté. Un film résolument contre ses personnages, comme on en compte malheureusement une dizaine sur la croisette, en cette édition 2017.

Guillaume Pavia

Votre avis ?

 

[CRITIQUE] TAXI SOFIA
Titre original : Taxi Sofia
Réalisation : Stephan Komandarev
Scénario : Stephan Komandarev
Acteurs principaux :Vassil Vassilev, Ivan Barnev, Assen Blatechki
Date de sortie : 11 octobre 2017
Durée : 1h48min
1.0Note finale
Avis des lecteurs 2 Avis

Laisser un commentaire

Please Login to comment
avatar
  S'abonner  
Notifications :

[CRITIQUE] TAXI SOFIA

0