Les réalisateurs sont générationnels. Mes parents ont eu la chance d’avoir Scorsese ou encore Coppola. De grands noms, de grands films, instantanément cultes. De nos jours on pourrait se plaindre et désespérer. Être triste en raison d’une certaine grandeur perdue ? D’une certaine classe perdue ? Il y a de quoi. Rares sont désormais les films portés par de hauts personnages qui ont encore la capacité à nous faire rêver et nous proposer une ambiance unique, pleinement en relation avec leurs auteurs. On pourrait largement déplorer toute cette kyrielle mainstream cinématographique qui nous sert toujours la même sauce. Mais, je ne sais pas vous, quel plaisir ai-je tout de même à vivre mon époque grâce à de grands noms. D’autant plus parce qu’ils se font rares, mais ô combien talentueux !

Merci Christopher Nolan pour ta patte scénaristique ! Merci Paul Thomas Anderson pour ta démesure et ton ampleur salvatrices ! Et Merci Wes Anderson pour ton esthétique et ton talent de conteur ! Car oui, aujourd’hui, célébrons comme il se doit l’enchanteresse force du réalisateur. C’est un devoir que nous devons remplir afin de féliciter l’art, le talent et l’originalité en ces temps d’uniformisation de la réalisation. Oui, nous avons une mission.

Par quoi commencer ? Je ne sais pas vraiment. Il y a tellement à dire. Enfin, si, en fait, je sais. Commençons par cette bouffée d’oxygène que m’a procurée le film. Je parle de son récit, son histoire. J’en avais oublié que la mission du cinéma était de nous divertir. De nous faire nous évader. De nous émerveiller par ce qu’il nous raconte. Bordel que j’ai souris pendant la projection ! Enchanté, subjugué et emporté par simplement une jolie aventure qui se suffit à elle-même en nous parlant en plus d’héritage, du temps qui passe et de transmission.

Wes Anderson est un génie du conte. Et cela, sans contestation aucune. Il nous l’avait déjà prouvé par de nombreuses occasions (FANTASTIC MR. FOX, MOONRISE KINGDOM) et aujourd’hui il signe son statut d’une encre indélébile. Proposer un film reposant sur un scénario typiquement littéraire est de nos jours un exploit. Mais être hors norme, il faut l’assumer. Et bien entendu, le réalisateur l’assume complètement. Ses talents d’écrivain sont indéniables mais ils ne seraient rien sans ses talents de metteur en scène de ses propres écrits. Lui seul sait insuffler un esprit tordant et décalé, un flux verbal unique ou au contraire de longues pauses, des répliques fatales et une temporalité exceptionnelle.

L’histoire se balade en effet sur plusieurs époques différentes. Tout cela est bien entendu extrêmement très fluide et parfaitement mis en scène. Car, en plus d’être un raconteur d’histoire hors pair, Wes Anderson est aussi un fin cinéaste. Il possède une touche graphique et une sensibilité esthétique très personnelles absolument séduisantes et reconnaissables. Elles peuvent aussi s’avérer être un motif de répulsion cependant. Mais comment ne pas tomber amoureux de ses plans parfaits semblant être tirés d’une BD ? Les cadrages sont tous plus sublimes les uns que les autres et chaque scène semble être plus originale et inventive que la précédente. La perfection matérielle absolue servie par des décors enivrants et des costumes renversants.

Photo du film THE GRAND BUDAPEST HOTEL

Le réalisateur nous fait voyager au gré d’une ambiance merveilleuse parfaitement soignée qui se voit relevée et mise en exergue par une approche colorée magnifique. En plus de nous servir une oeuvre parfaitement soignée, il l’allie à une photo parfaite. La claque graphique est forte mais douloureusement jouissive. Quel plaisir de se faire attacher à son siège dans de telles conditions. Même sans être masochiste, on en redemande. Et c’est là toute la force de Wes Anderson. En plus de nous proposer une histoire hors du commun, il nous l’offre emballée dans un joli paquet sucré et attirant qui ne dépareille pas avec son contenu. Il pousse même le vice en utilisant les formats caractéristiques de l’époque où l’action se situe : Cinémascope, 4/3… L’esthétique est à la hauteur du film : dépaysante, unique, rafraichissante, colorée, originale, inoubliable.

Le soin. Voilà comment on pourrait résumer. Le soin est le maitre mot de l’oeuvre. Le réalisateur réussit en effet la parfaite symbiose entre le fond et la forme. Mais ce soin ne se limite pas aux deux domaines précédemment cités. Wes Anderson peaufine tout jusque dans les moindres détails. À commencer par une bande son signée Alexandre Desplat qui est tout simplement réjouissante et qui nous embarque encore plus viscéralement dans ce voyage fabuleux. La qualité de l’ambiance sonore participe en effet à une imprégnation encore plus forte du spectateur. L’audio est sublime et parfaitement adapté. Jamais en trop, la musique dessert chaque scène par sa présence de façon honorable : toujours dans le thème, toujours ajustée.

”Wes Anderson signe un véritable petit bijou exceptionnellement enchanteur, d’une inventivité extraordinaire et d’un charme renversant.”

La musicalité retentit aussi dans les dialogues. La prose nourrissant le film participe à sa manière a une tonalité d’ambiance générale. Tantôt fougueuse, tantôt poète, tantôt lente, tantôt vulgaire, la verve des personnages est un régal et nous berce lors de ce voyage ravissant. De là surgit alors une force comique sans égal. L’alternance des rythmes et des registres de langue est sujette à de nombreux moments humoristiques. Le raffinement apporté aux échanges est donc une réelle force qui inscrit encore plus fortement le film dans la comédie. Et ce comique puise aussi sa force en s’alliant à l’exceptionnelle réalisation du film. Nombres de gags visuels vous raviront. Gags qui permettent encore une fois de souligner l’extraordinaire inventivité de Wes Anderson. Un délice liant la méticulosité de la réalisation à un comique capable de se plonger aussi bien dans le burlesque que l’absurde est une chose rare. Rare et extrêmement bien faite ici. Il n’y a alors aucune hésitation à avoir avant de se laisser surprendre et dévorer par le film.

Gloire à la beauté, gloire au récit, gloire au conte, le film se veut donc porteur d’un esprit dandy esseulé face à un monde de plus en plus cruel et dénué d’art. Une philosophie plaisante qui touche à l’humanité et qui sera d’ailleurs appuyé par quelques allusions historiques. Ne vous méprenez pas en pensant qu’il s’agit là d’un pamphlet. Non. Une célébration d’un état d’esprit et d’une façon de faire que je soulignais en introduction. L’art n’est pas mort ! Résistance ! Les personnalités à fort caractère (à l’image de Monsieur Gustave) sont uniques, bouleversantes et changent le monde qui les entoure. Wes Anderson, fort de ce statut, nous signe donc un véritable petit bijou exceptionnellement enchanteur, d’une inventivité extraordinaire et d’un charme renversant.

D’ailleurs, pour preuve, le casting ne s’y est pas trompé. Je listerais bien son impressionnante composition mais il me faudrait surement une page entière. Mais je ne suis pas payé à la page. Je ne suis même pas payé d’ailleurs. Ah tiens, c’est vrai ça. Merde…

CASTING
Titre original : The Grand Budapest Hotel
Réalisation : Wes Anderson
Scénario : Wes Anderson
Acteurs principaux : Ralph Fiennes, Tony Revolori, Jude Law, Adrien Brody, Jeff Goldblum, Willem Dafoe, Harvey Keitel, Edward Norton, Saoirse Ronan
Pays d’origine : États-Unos
Sortie : 26 Février 2014
Durée : 1h40mn
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Synopsis : Le film retrace les aventures de Gustave H, l’homme aux clés d’or d’un célèbre hôtel européen de l’entre-deux-guerres et du garçon d’étage Zéro Moustafa, son allié le plus fidèle.
La recherche d’un tableau volé, oeuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d’un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur de la vieille Europe en pleine mutation.
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Stéphane
Invité
Stéphane

Bonsoir,

n’oubliez pas que le scénario s’inspire des oeuvres de S. Sweig.
Je suis heureux que le film vous ait réjoui, ce qui n’est pas mon cas, en dépit du savoir-faire et de l’univers singulier de W. Anderson. J’ai justement trouvé le film “sucré” et, au fond, son scénario peu surprenant : j’ai fini par m’ennuyer. Cela dit, j’ai apprécié quelques scènes.
Cordialement.

Stéphane
Invité
Stéphane

Bonsoir,

n’oubliez pas que le scénario s’inspire des oeuvres de S. Sweig.
Je suis heureux que le film vous ait réjoui, ce qui n’est pas mon cas, en dépit du savoir-faire et de l’univers singulier de W. Anderson. J’ai justement trouvé le film “sucré” et, au fond, son scénario peu surprenant : j’ai fini par m’ennuyer. Cela dit, j’ai apprécié quelques scènes.
Cordialement.

Léo
Invité

9,9/10 … c’est un petit peu exagéré car même si j’ai A-DO-Ré ce film, je trouve que le scénario est un petit peu lent au début. Mais sinon je suis d’accord sur toute la ligne : côté musique, réalisation, photographie …

[critique] THE GRAND BUDAPEST HOTEL

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