Ah les premiers films, ces petits exploits. Ces petites œuvres sur lesquelles on passe énormément de temps, que l’on est toujours fier de voir une fois terminée. Ces petits bouts de soi que l’on offre à voir au moment de leurs premières projections, ces moments particulièrement stressants parce que l’on ne sait jamais vraiment comment le public, ce baromètre sans pitié, va réagir. La troisième édition du Champs-Elysées Film Festival a permis l’émergence, ou du moins l’introduction, de nouvelles têtes dans la sphère cinéphilique. R. Malcolm Jones est l’une de ses têtes. Soutenu par Sophie Dulac, la fondatrice et président du CEFF (rien que ça), c’est avec beaucoup d’appréhension qu’il nous a présenté son tout premier long métrage, THE MAGIC CITY. Avec beaucoup de difficultés, celui-ci raconte le quotidien de trois jeunes filles résidant dans un quartier sensible de Miami, Liberty City.

Si je mets d’abord en avant les côtés négatifs du film, c’est avant tout parce que, la fin de la projection venue, c’est beaucoup de ce que l’on retient. Malheureusement. Si l’on comprend vite ce que le jeune cinéaste cherche à nous montrer, on est tenté de vouloir rapidement fuir, s’attendant à ne voir qu’une suite de clichés. Des clichés dont le film regorge. Basé dans un quartier pauvre et dont la majorité des habitants sont afro-américains, THE MAGIC CITY nous montre la pauvreté, la misère, la solitude comme celles-ci ont déjà été dépeintes de nombreuses fois auparavant. Que ce soit dans les films, dans les séries ou bien dans les clips de rap. Des enfants qui deviennent parents trop jeunes. Des pères qui disparaissent tôt ou dont on ignore complètement l’identité. Des enfants livrés à eux-mêmes, qui échouent dans la rue, dans la drogue ou en prison. Des racailles plus ou moins violentes qui, bien évidemment, n’iront jamais se frotter au sympathique épicier qui connaît tout sur tout le monde et fait régner une paix relative. Bref, rien de bien original sous le soleil écrasant de Miami.

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Si le scénario est assez bancale, on peut tout de même noter l’envie de faire quelque chose de différent, d’apporter un petit quelque chose à l’édifice. Grâce à des flashbackes mystérieux et intrigants, R. Malcolm Jones parvient tout de même à nous donner l’envie de voir comment tout cela se termine. Qui va mourir? Qui va finir en prison? Qui va s’en sortir? Autant de questions qui trouvent une réponses à la fin du film, ce que l’on ne peut qu’apprécier. Niveau mise en scène, le réalisateur s’est lancé dans des aventures périlleuses : les plans sont souvent incertains, mal coupés, contradictoires. Le tout finissant souvent pas donner une impression de petit fouillis, de joyeux bordel. Un bordel accentué par une photographie marquée par l’utilisation de différents filtres qui altèrent les plans, leur contenu et leur signification. Mais nous mettrons cela sur le compte du passé de clippeur du réalisateur. Pour la petite info, R. Malcolm Jones a en effet réalisé des clips pour Flo Rida, Avril Lavigne ou encore Chris Brown. Ceci expliquant cela, on s’accommode comme on peut de cette photo soit trop lumineuse soit trop sombre.

« Une seule certitude : le deuxième film de R. Malcolm Jones – s’il en fait un – sera difficilement plus mauvais. »

Si la musique n’a absolument rien d’intéressant, de passionnant ou même de pertinent, elle est sauvée, si je puis dire, par un casting finalement assez convaincant. Si aucune des jeunes actrices ne mérite de récompense pour sa prestation, celles-ci font tout de même de gros efforts pour être crédibles. Ce qui n’est pas chose simple avec un scénario aussi lourd et anxiogène que celui de THE MAGIC CITY. Entre ennui et lenteur, on finit de temps à autre par tomber sur des pépites. Comme cette scène où Tiana (Latrice Jackson), Nia (Lashalle Jackson) et Amiya (Amiya Thomas) enferment Brittany (Coi Collins) dans un placard et promettent de lui faire vivre mille tortures si elle ne leur obéit pas. Si la scène pourrait se révéler dure, elle est surtout très absurde, tant on a du mal à croire que ces filles, certes un peu bizarres, pourraient faire du mal à l’une d’entre elles. Même si celle-ci est la plus « normale » de la bande ! C’est grâce à quelques scènes de ce type que l’on se rend compte que, malgré toutes ces erreurs, ces petits défauts, le premier film de R. Malcolm Jones n’est pas l’horreur attendue et redoutée. Et c’est déjà pas mal !

D’une longueur relative (1h55), THE MAGIC CITY est un film souvent dur à suivre, dans lequel on entre difficilement et duquel on veut régulièrement sortir. Si son casting, tout comme son sujet, ne transcendent pas, on ne peut que noter l’envie du réalisateur d’innover un peu. Même si cela ne fonctionne pas comme l’on aurait voulu, on ne baisse pas pour autant les bras. Une seule certitude : le deuxième film de R. Malcolm Jones – s’il en fait un – sera difficilement plus mauvais.

CASTING

Le champs-Élysées Film Festival 2014

Titre original : The Magic City
Réalisation : R. Malcolm Jones
Scénario : R. Malcolm Jones
Acteurs principaux : Latrice Jackson, Lashalle Jackson, Amiya Thomas, Coi Collins
Pays d’origine : Etats-Unis
Sortie : PROCHAINEMENT
Durée : 1h55mn
Distributeur : Circus Road Films
Synopsis : Nous suivons le destin de trois jeunes filles dans un quartier sensible de Miami, Liberty City. Un été, Amiya, adolescente réservée d’un quartier aisé, part vivre chez sa tante après avoir été abandonnée par sa mère. Elle passe beaucoup de temps avec ses voisines Tiana et Nia, malgré les réticences de son cousin. Un jour, un événement tragique obligera Tiana et Nia à quitter le voisinage et cèlera à jamais l’amitié entre ces trois filles.
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